“ Étienne s’était levé, et tous deux partirent pour Montsou. Les jours de paie aux Chantiers de la Compagnie, Montsou semblait en fête, comme par les beaux dimanches de ducasse. De tous les corons arrivait une cohue de mineurs. Le bureau du caissier étant très petit, ils préféraient attendre à la porte, ils stationnaient par groupes sur le pavé, barraient la route d’une queue de monde renouvelée sans cesse. Des camelots profitaient de l’occasion, s’installaient avec leurs bazars roulants, étalaient jusqu’à de la faïence et de la charcuterie. ”
Montsou
Définition et enjeux
Citations sur “Montsou”
“ Cinq heures sonnaient, ils avaient le temps d’attendre que le pavé fût libre pour aller, en face, dîner chez les Hennebeau, où Cécile, rentrée sûrement, devait les attendre. Mais, dans Montsou, personne ne semblait partager leur confiance : des gens éperdus couraient, les portes et les fenêtres se fermaient violemment. ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ Et, en effet, la colère, la faim, ces deux mois de souffrance et cette débandade enragée au travers des fosses, avaient allongé en mâchoires de bêtes fauves les faces placides des houilleurs de Montsou. À ce moment, le soleil se couchait, les derniers rayons, d’un pourpre sombre, ensanglantaient la plaine. Alors, la route sembla charrier du sang, les femmes, les hommes continuaient à galoper, saignants comme des bouchers en pleine tuerie. ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ M. Grégoire achevait son chocolat, sans hâte. Il répondit paisiblement : — Jamais !... Tu sais bien que je ne veux pas spéculer. Je vis tranquille, ce serait trop bête, de me casser la tête avec des soucis d’affaires. Et, quant à Montsou, ça peut continuer à baisser, nous en aurons toujours notre suffisance. Il ne faut pas être si gourmand, que diable ! Puis, écoute, c’est toi qui te mordras les doigts un jour, car Montsou remontera, les enfants des enfants de Cécile en tireront encore leur pain blanc. Deneulin l’écoutait avec un sourire gêné. ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ Et Chaval fut emporté avec les camarades. Il bouscula Catherine, il l’accusa de ne pas courir assez fort. Elle voulait donc qu’ils restassent seuls dans la fosse, à crever de faim ? car les brigands de Montsou étaient capables de casser les échelles, sans attendre que le monde fût sorti. Cette supposition abominable acheva de les détraquer tous, il n’y eut plus, le long des galeries, qu’une débandade enragée, une course de fous à qui arriverait le premier, pour remonter avant les autres. Des hommes criaient que les échelles étaient cassées, que personne ne sortirait. ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves. Devant lui, il ne voyait même pas le sol noir, et il n’avait la sensation de l’immense horizon plat que par les souffles du vent de mars, des rafales larges comme sur une mer, glacées d’avoir balayé des lieues de marais et de terres nues. ”
“ Une allusion fut discrètement faite aux morts dont la boue du Voreux avait à peine bu le sang : c’était une leçon nécessaire, et tous s’attendrirent, quand les Grégoire ajoutèrent que, maintenant, le devoir de chacun était d’aller panser les plaies, dans les corons. Eux, avaient repris leur placidité bienveillante, excusant leurs braves mineurs, les voyant déjà, au fond des fosses, donner le bon exemple d’une résignation séculaire. Les notables de Montsou, qui ne tremblaient plus, convinrent que la question du salariat demandait à être étudiée prudemment. ”
“ Ils arrivaient à la fosse, lorsqu’ils virent un porion se planter sur une passerelle du criblage, pour les recevoir. Tous connaissaient fort bien le père Quandieu, le doyen des porions de Montsou, un vieux tout blanc de peau et de poils, qui allait sur ses soixante-dix ans, un vrai miracle de belle santé dans les mines. — Qu’est-ce que vous venez fiche par ici, tas de galvaudeux ? cria-t-il. La bande s’arrêta. Ce n’était plus un patron, c’était un camarade ; et un respect les retenait devant ce vieil ouvrier. — Il y a des hommes au fond, dit Étienne. Fais-les sortir. ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ Malgré sa voix ferme, une inquiétude croissante le pâlissait, à la vue du flot toujours montant des mineurs. On devait le relever à midi ; mais, craignant de ne pouvoir tenir jusque-là, il venait d’envoyer à Montsou un galibot de la fosse, pour demander du renfort. Des vociférations lui avaient répondu. — À mort les étrangers ! à mort les Borains !... Nous voulons être les maîtres chez nous ! Étienne recula, désolé. C’était la fin, il n’y avait plus qu’à se battre et à mourir. Et il cessa de retenir les camarades, la bande roula jusqu’à la petite troupe. ”
“ Lentement, on le vit sortir de l’ombre, suivi du cheval jaune, qui montait six nouvelles berlines pleines. — Il y a des fabriques à Montsou ? demanda le jeune homme. Le vieux cracha noir, puis répondit dans le vent : — Oh ! ce ne sont pas les fabriques qui manquent. Fallait voir ça, il y a trois ou quatre ans ! Tout ronflait, on ne pouvait trouver des hommes, jamais on n’avait tant gagné... Et voilà qu’on se remet à se serrer le ventre. Une vraie pitié dans le pays, on renvoie le monde, les ateliers ferment les uns après les autres... ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ C’était une idée de la Maheude, qui comptait souvent trop sur le bon cœur des gens. Elle décida la Brûlé et la Levaque à l’accompagner ; quant à la Pierronne, elle s’excusa, elle raconta qu’elle ne pouvait quitter Pierron, dont la maladie n’en finissait pas de guérir. D’autres femmes se joignirent à la bande, elles étaient bien une vingtaine. Lorsque les bourgeois de Montsou les virent arriver, tenant la largeur de la route, sombres et misérables, ils hochèrent la tête d’inquiétude. ”
“ Étienne, alors, l’interrompit. — Vous vous trompez, monsieur le directeur. Pas un charbonnier de Montsou n’a encore adhéré. Mais, si on les y pousse, toutes les fosses s’enrôleront. Ça dépend de la Compagnie. Dès ce moment, la lutte continua entre M. Hennebeau et lui, comme si les autres mineurs n’avaient plus été là. — La Compagnie est une providence pour ses hommes, vous avez tort de la menacer. ”
“ On changea d’entretien. Cécile revint sur ses cousines, dont les goûts la préoccupaient, tout en la choquant. Madame Grégoire promit de mener sa fille voir ces chères petites, dès le premier jour de soleil. Cependant, M. Grégoire, l’air distrait, n’était pas à la conversation. Il ajouta tout haut : — Moi, si j’étais à ta place, je ne m’entêterais pas davantage, je traiterais avec Montsou... Ils en ont une belle envie, tu retrouverais ton argent. Il faisait allusion à la vieille haine qui existait entre la concession de Montsou et celle de Vandame. ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ Devant les flammes qui s’effaraient, le vieux continuait plus bas, remâchant des souvenirs. Ah ! bien sûr, ce n’était pas d’hier que lui et les siens tapaient à la veine ! La famille travaillait pour la Compagnie des mines de Montsou, depuis la création ; et cela datait de loin, il y avait déjà cent six ans. Son aïeul, Guillaume Maheu, un gamin de quinze ans alors, avait trouvé le charbon gras à Réquillart, la première fosse de la Compagnie, une vieille fosse aujourd’hui abandonnée, là-bas, près de la sucrerie Fauvelle. ”
Frédéric Masson,
Napoléon et son fils
(1904)
“ Pour la considération et la convenance, Madame de Montesquiou était ce qu'il fallait : « C'était, a-t-on dit avec un désir de malignité, une personne à qui les devoirs étaient nécessaires. » Heureuses, celles-là ! Toutefois, de sa naissance et de ses alliances n'avait-elle point reçu, pris et gardé quelque hauteur ? Son mari, ses fils, ses beaux-frères étaient ralliés à l'Empire, mais sa soeur et tous ses entours restaient intransigeants : l'oncle de son mari, l'abbé de Montesquiou, était, à Paris, le correspondant attitré du comte de Lille ”
Collectif, Lectures romanesques
“ « C’est ce misérable Montesquiou qui vient de tuer le prince ! » — Bon. Si je pleurai, vous le croirez sans peine, car j’adorais mon père. Cependant, au bout de six mois, je songeai que j’avais peut-être autre chose à faire que de pleurer, je pris un congé, et je vins à Paris... — Ah ! ah ! fit le roi de Navarre, tu ne nous avais jamais dit ça ! — Ma foi, l’occasion est bonne, et je la saisis. Je vins donc à Paris où j’appris bientôt que ce Montesquiou était le capitaine des gardes de M. le duc d’Anjou. ”
Jules Claretie,
Brichanteau comédien
(1913)
“ Il est félibre. Du malheureux Montescure, élève de l'École de Toulouse, et du Romain passant sous le joug, le maire, M..., j'allais vous le nommer, mais il ne mérite que l'anonymat, ne se souciait pas plus qu'un poisson d'une pomme, comme dit Hugo. On l'avait parfaitement laissé crever de faim quand il vivait, Montescure ; mais, lui, mort, on se rappelait qu'il était né à Garigat-sur-Garonne, à deux pas de Toulouse, on se disait qu'une inauguration donnerait du relief à la ville et à son premier magistrat. De là l'achat du Romain passant sous le joug et la fonte de la statue. ”
Frédéric Masson,
Napoléon et son fils
(1904)
“ C'est en France un bruit qui court, et que les complices des coalisés ont soin d'accréditer. Même des braves gens y sont pris. Est-il vrai que, soir et matin, Madame de Montesquiou fasse dire au Roi de Rome après ses prières : « Mon Dieu ! faites que papa nous accorde la paix pour le bonheur de la France ! » Est-il vrai qu'elle le lui fasse répéter devant l'Empereur ? Qu'y peut-il ? Il ne veut pourtant rien entendre et il passe. L'enfant est si gentil et si gai, si bruyant et si diable, si bien tel qu'il le veut parce que c'est son fils. ”
“ C’était l’avis de Napoléon, qui s’y entendait. — C’est vrai, c’est bien vrai, soupira le général de La Briche, ému, les larmes aux yeux. Montessuy, gagnant son fauteuil, passa devant eux ; Larivière lui tendit la main. — On dit que c’est vous, Montessuy, qui avez fait échec à Garain. Tous mes compliments. Montessuy se défendit d’exercer aucune action politique. Il n’était ni sénateur, ni député, pas même conseiller général dans l’Oise. Et, lorgnant la salle : — Regardez, Larivière, il y a dans cette baignoire, à droite, une bien jolie femme, brune, avec des bandeaux plats sur les joues. ”
Jules Claretie,
Brichanteau comédien
(1913)
“ Pauvre Montescure ! Ce banc où vous êtes, j'y ai vu, depuis l'Ouverture, bien des gens assis. Personne ne regarde le Romain vaincu de ce malheureux Montescure ! Le grand art n'a pas de chance aujourd'hui... Et Dieu sait pourtant les espoirs que Montescure bâtissait sur cette figure ! Une commande, une médaille, une place au Luxembourg, dans le Musée ou dans le jardin. Ah ! sa tête allait, allait, s'enflammait. Du reste, il avait constamment la fièvre. ”
Robert de Montesquiou,
Les Perles rouges
“ Toutes les fleurs de Lis dont un Bourbon est ceint Et dont Ingres joncha le bleu de Louis Treize, Sont dans ce blanc jet d’eau qui s’irrite et s’apaise... Le vent le courbe, un pleur l’accroît, rien ne le vainc. Un Lis est toujours Lis, même bourbeux ou feint ; Aux mains de Louis Quinze ou de sainte Thérèse. Dieu qui juge les Bons et les Méchants, soupèse Dans le bouquet dernier le sang dont il est teint. Si le sang fut requis par le Lis, Dieu le broie ; Dieu l’aime, si son sang pour d’autres fut versé, Et les Cieux infinis s’en sont fait une joie. ”
François Sacase, Montesquieu à l'abbaye de Nizor (1867)
“ Montesquieu était rentré le 4 octobre suivant dans son séjour favori de la Brède , car, sous cette date, il écrivit encore au même abbé de Guasco : « Votre lettre, mon cher comte , m'apprend que vous êtes à Paris ; et je suis étonné moi-même de ce que je n'y suis point. Le voyage que j'ai été obligé de faire à l'abbaye de Nizor * avec mon frère , qui a duré près d'un mois , a rompu toutes mes mesures, et je n'y serai qu'à la fin de ce mois ou au commencement de l'autre ; car je veux absolument vous voir et passer quelques semaines avec vous avant votre départ. » ”
Frédéric Masson,
Napoléon et son fils
(1904)
“ « Il jette les yeux sur l'enfant qui gît sur le tapis, le croit mort, ne dit pas un mot à son sujet, ne s'occupe que de sa femme. » Pourtant, Mme de Montesquiou a ramassé l'enfant ; elle le frotte, lui souffle dans la bouche des gouttes d'eau-de-vie, le couvre de serviettes chaudes ; après sept minutes, il pousse un premier cri. On le regarde plus soigneusement alors : c'est un enfant mâle, né à terme, qui pèse neuf livres et est long de vingt pouces. L'Empereur, se détachant du lit de sa femme, vient embrasser son fils, le prend dans ses bras, le présente à l'Impératrice. ”
“ Elle entendit le pas pesant et sûr de son père dans l’escalier. Elle cacha sa lettre, et ouvrit la porte. Montessuy, très câlin, lui demanda si elle n’allait pas mieux : — Je venais, lui dit-il, te souhaiter le bonsoir et te demander une chose. Il est probable que je trouverai demain Le Ménil aux courses. Il y va tous les ans. C’est un homme d’habitudes. Si je le rencontre, vois-tu, mignonne, un inconvénient à ce que je l’invite à passer quelques jours ici ? Ton mari pense qu’il sera pour toi une distraction agréable. ”
François Sacase, Montesquieu à l'abbaye de Nizor (1867)
“ Une tradition s'est transmise dans la contrée où s'élevait autrefois l'abbaye de Nizor, et elle y-dore encore. Des esprits inattentifs ont cru longtemps que Montesquieu écrivit, dans cet asile de la pensée austère et religieuse, non le plus léger, mais le plus hardi de ses écrits et celui où il a prodigué ces témérités de pinceau qu'il se reprocha plus tard lui-même. Assurément, il serait vain d'y insister; il y a là plus qu'un anachronisme moral. Depuis plus de trente ans déjà, le bruit que firent à leur apparition les Lettres persanes avait retenti à tous les souffles de la renommée. ”
Théophile Gautier,
Loin de Paris
“ Montès, le grand Montès, que cette solennelle occasion avait appelé dans l’arène, bien qu’il soit riche et marié et retiré du cirque, fit avec ce taureau ce manége de cape où nul torero ne l’a surpassé. Il faut voir l’aisance suprême de Montès, agitant son manteau sur le mufle de la bête furieuse, lui entourant les cornes comme d’un turban, et faisant tourbillonner de mille manières les plis éclatants du taffetas ; puis, lorsque le monstre exaspéré se précipite sur lui, se drapant de la façon la plus majestueuse et l’évitant par un imperceptible mouvement de corps. ”
Emmanuel de Las Cases,
Mémorial de Sainte-Hélène
“ « Voilà, au fait, observait l’Empereur, des manières différentes de celles de M. de Villeroi à Louis XV : Regardez tout ce peuple, mon maître, il vous appartient ; tous ces hommes que vous voyez-là sont les vôtres. » Madame de Montesquiou était adorée de cet enfant ; quand on voulut la renvoyer de Vienne, il fallut employer la ruse et le tromper ; ce fut jusqu’à craindre pour sa santé. ”
Pierre Louÿs,
Œuvres complètes de Pierre Louÿs…
(1929 - 1931)
“ Montesquiou, plus sot qu’il n’est impertinent, Tous regardent entrer un homme à l’âme vile, Gide, sieur de la Roque et de Cucuverville, Dont les cheveux sont longs : comme un jour sans putain Et qui tient dans ses doigts l’étoile du matin. ”
Paul Acker,
Petites Confessions
“ À travers la fenêtre, on apercevait, à demi enterré dans le sol du jardin, le marbre fameux où se baignait, dit-on, à Versailles, la Montespan, et, un peu plus loin, à peine à quelques mètres, des femmes en culotte filaient, derrière les premiers arbres du Bois, sur leurs bicyclettes légères, contraste affligeant et propre à de philosophiques méditations. Long et souple, la langue pendante entre les dents pointues, un lévrier blanc entra. « Voici le comte », dit avec un sourire M. de Yturri, et, en effet, comme je relevais la tête, M. de Montesquiou apparut. ”
Paul Acker,
Petites Confessions
“ Le lévrier tournait autour de lui en se plaignant ; il le flatta d’une caresse, et la bête docile s’étendit à terre sur une fourrure. La conversation, d’abord égarée vers des sujets divers et contingents, revint bientôt à l’Amérique, M. de Montesquiou, une main dégantée, s’accoudait au bras du canapé sur lequel il s’asseyait. M. de Yturri, un ami et moi formions devant lui une manière de demi-cercle. ”
