“ Oui, je te vois près de moi, je vois tes cils sur tes prunelles d’un gris plus délicieux que tout le bleu du ciel et des fleurs, tes lèvres qui ont la chair et le goût d’un fruit merveilleux, tes joues où le rire met deux creux adorés, je te vois belle et désirée, mais fuyante et qui glisses ; et, quand j’ouvre les bras, tu t’en es allée, et je te découvre loin, bien loin, sur la longue plage blonde, pas plus grande, dans ta robe rose et sous ton ombrelle, qu’un brin fleuri de bruyère. Oh ! toute petite, telle que je t’ai vue, un jour, du haut du Campanile, sur la place du Dôme, à Florence. ”
Anatole France
Résumé
Le Lys rouge (1894), unique roman mondain d'Anatole France, explore les enjeux de l'amour, de la jalousie et des conventions sociales à travers les destins de Thérèse, une épouse infidèle, et de Jacques Dechartre, un sculpteur passionné.
Inspiré par la vie de l'auteur, le roman mêle autofiction et réflexions esthétiques, se déroulant entre Paris et Florence, où le symbole du lys rouge incarne à la fois le charnel et la mort. L'œuvre, à la fois roman à clé et critique sociale, marqua le succès immédiat de France, illustrant sa maîtrise du dialogue et de l'analyse psychologique.
Citations de Le Lys rouge (Anatole France)
“ Thérèse s’écria : — Je n’ai que le temps de m’habiller pour le dîner. Et elle s’échappa devant les lions de pierre, laissant à son ami comme une vision de conte de fées. Dans le salon, après le dîner, M. Berthier D’Eyzelles lisait le journal, et la princesse Seniavine, devant la table de jeu, faisait une réussite. Thérèse, les yeux mi-clos sur un livre et sentant aux chevilles la piqûre des épines enjambées dans les taillis, derrière la Gerbe-de-l’Oise, se rappelait en frissonnant l’ami qui l’avait prise dans les feuilles comme un faune jouant avec une nymphe. ”
“ Elle se regarda une dernière fois dans la glace et descendit au jardin. Dans le jardin, planté d’ifs comme un cimetière heureux, Dechartre disait des vers de Dante en regardant Florence : « À l’heure où notre esprit, plus étranger à la chair... » Près de lui, Choulette, assis sur la balustrade de la terrasse, les jambes pendantes et le nez dans sa barbe, sculptait la figure de la Misère sur son bâton de vagabond. Et Dechartre reprenait les rimes de la cantique : « À l’heure où notre esprit, plus étranger à la chair et moins obsédé de pensées, est presque divin dans ses visions... » ”
