Aloysius Bertrand

Élements biographiques

Aloysius Bertrand,  Gaspard de la nuit/Édition 1920

“ L’ANGE ET LA FÉE
Une fée est cachée en tout ce que tu vois.
Victor Hugo.
Une fée parfume la nuit mon sommeil fantastique des plus fraîches, des plus tendres haleines de juillet, — cette même bonne fée qui replante en son chemin le bâton du vieil aveugle égaré, et qui essuie les larmes, guérit la douleur de la petite glaneuse dont une épine a blessé le pied nu.
La voici, me berçant comme un héritier de l’épée ou de la harpe, et écartant de ma couche avec une plume de paon les esprits qui me dérobaient mon âme pour la noyer dans un rayon de la lune ou dans une goutte de rosée.
La voici, me racontant quelqu’une de ses histoires des vallées et des montagnes, soit les amours mélancoliques des fleurs du cimetière, soit les joyeux pèlerinages des oiseaux à Notre-Dame-des-Cornouillers.
”
Source : Wikisource

Aloysius Bertrand,  Gaspard de la nuit: Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot

“ Comme ricana le fou qui vague, chaque nuit, par la cité déserte, un oeil à la lune et l'autre—crevé!
—«Foin de la lune! grommela-t-il, ramassant les jetons du diable, j'achèterai le pilori pour m'y chauffer au soleil!»
Mais c'était toujours la lune, la lune qui se couchait,—et Scarbo monnayait sourdement dans ma cave ducats et florins à coups de balancier.
Tandis que, les deux cornes en avant, un limaçon qu'avait égaré la nuit cherchait sa route sur mes vitraux lumineux.
IV LE NAIN. —Toi, à cheval!
—Eh! pourquoi pas!
”
Source : Gutenberg

Aloysius Bertrand,  Gaspard de la nuit/Édition 1920

“ CHÈVREMORTE [19]
Et moi aussi j’ai été déchiré par les épines de ce désert, et j’y laisse chaque jour quelque partie de ma dépouille.
Les Martyrs, livre X.
Ce n’est point ici qu’on respire la mousse des chênes et les bourgeons du peuplier, ce n’est point ici que les brises et les eaux murmurent d’amour ensemble.
Aucun baume, le matin après la pluie, le soir aux heures de la rosée ; et rien pour charmer l’oreille que le cri du petit oiseau en quête d’un brin d’herbe.
Désert qui n’entend plus la voix de Jean-Baptiste ! Désert que n’habitent plus ni les ermites ni les colombes !
Ainsi mon âme est une solitude où, sur le bord de l’abîme, une main à la vie et l’autre à la mort, je pousse un sanglot désolé.
”
Source : Wikisource

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