Amédée Fraigneau

Élements biographiques

Amédée Fraigneau Rouen Bizarre

Tandis que le Rouen qui s’amuse ne craint plus d’avoir trop chaud au théâtre ou au café ; tandis que les bals s’organisent et que les sportsmen du patin attendent avec impatience l’abaissement de la température qui leur permettra de tracer des arabesques sur la glace, tout le Rouen qui souffre, le Rouen des gueux et des meurt-de-faim, le Rouen des sans-travail et des sans-domicile voit avec terreur commencer la saison où il fera froid, où le vent de la nuit mordra la chair à travers les déchirures des vêtemens en loques.
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Amédée Fraigneau Rouen Bizarre

Quel est le Rouennais qui n’a pas aperçu le soir, en hiver, en traversant la place de l’Hôtel-de-Ville, de dix heures à minuit, une ombre noire se dessinant dans le lointain sur la neige et s’étendant quelquefois de plusieurs mètres à partir de l’entrée du poste de police ?
En approchant, on reconnaît un entassement d’hommes et de femmes. On voit des pantalons en loques, des robes de toile usées, décousues, déchirées, sous lesquelles les membres amaigris par les privations de toutes sortes, par les jeunes désespérés et par les nuits passées sous les ponts, tremblent de froid.
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Amédée Fraigneau Rouen Bizarre

Le spectacle du quartier des hommes est lugubre ; celui du quartier des femmes est horrible. Elles sont là, échevelées, le corsage béant ; quelques-unes n’ont pas de souliers ; d’autres pressent dans leurs bras des marmots de trois, quatre ou cinq ans ; il y a des bébés maigres, rachitiques, qui oublient en dormant qu’ils ont eu faim dans le jour et qu’il faisait bien froid sur les quais. Comme dans la pièce d’en face, des malheureuses sont allongées par terre, autour du poêle ; les chevelures défaites trainent dans la poussière du sol.
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