“ C’est Blanche que je trouve de beaucoup la plus malheureuse. Elle perd un mari qui lui plaisait. MARIE Rien ne dit qu’elle le perdra. JUDITH Tout le dit, au contraire. Blanche ne se mariera pas, c’est clair comme le jour. À sa place, je n’attendrais pas que M. de Saint-Genis me redemandât sa parole, je la lui rendrais moi-même. MADAME VIGNERON Regarde, mon enfant, que de sottises tu as dites en cinq minutes. Tu m’as blessée d’abord, tu as découragé une de tes sœurs et tu fais pleurer l’autre. JUDITH, allant à Blanche. Tu m’en veux ? BLANCHE Non, je ne t’en veux pas. ”
Henry Becque
Élements biographiques
Henry François Becque (1837-1899), né à Paris, est un dramaturge français considéré comme le pionnier du « théâtre cruel », un mouvement marqué par une analyse implacable des rapports sociaux et une dénonciation des injustices.
Son œuvre, notamment Les Corbeaux (1882) et La Parisienne (1885), combine réalisme brutal et ironie sociale, explorant les tensions entre les classes, le destin individuel et les hypocrisies de la bourgeoisie. Auteur de pièces, de poésie et de mémoires, il a également marqué la scène par ses polémiques, notamment avec les Dumas, et son héritage demeure dans l’histoire du théâtre français.
Citations de Henry Becque
“ MADAME DE SAINT-GENIS Méfiez-vous de votre notaire. MADAME VIGNERON Oh ! madame. MADAME DE SAINT-GENIS Ne faites pas : Oh ! Madame Vigneron, je connais messieurs les officiers publics. On ne sait jamais s’ils vous sauvent ou s’ils vous perdent, et l’on a toujours tort avec eux. MADAME VIGNERON Que direz-vous donc, madame, quand vous saurez que M. Bourdon, mon notaire, est en même temps celui de M. Teissier ? MADAME DE SAINT-GENIS Je vous dirai d’en prendre un autre. MADAME VIGNERON Non, madame ; j’ai en M. Bourdon une confiance aveugle, je ne le quitterai que lorsqu’il l’aura perdue. ”
“ Madame Vigneron, Teissier MADAME VIGNERON, pleurant, son mouchoir à la main. Quel malheur, monsieur Teissier, quel épouvantable malheur ! Mon pauvre Vigneron. C’est le travail qui l’a tué ! Pourquoi travaillait-il autant ? Il ne tenait pas à l’argent ; il ne dépensait rien pour lui-même. Ah ! il voulait voir ses enfant s heureux pendant sa vie et leur laisser une fortune après sa mort. Un silence. TEISSIER Est-ce avec votre autorisation, madame, que Mme de Saint-Genis s’est présentée chez moi pour connaître la situation qui vous était faite par le décès de votre mari ? ”
