“ C’est Blanche que je trouve de beaucoup la plus malheureuse. Elle perd un mari qui lui plaisait. MARIE Rien ne dit qu’elle le perdra. JUDITH Tout le dit, au contraire. Blanche ne se mariera pas, c’est clair comme le jour. À sa place, je n’attendrais pas que M. de Saint-Genis me redemandât sa parole, je la lui rendrais moi-même. MADAME VIGNERON Regarde, mon enfant, que de sottises tu as dites en cinq minutes. Tu m’as blessée d’abord, tu as découragé une de tes sœurs et tu fais pleurer l’autre. JUDITH, allant à Blanche. Tu m’en veux ? BLANCHE Non, je ne t’en veux pas. ”
Henry Becque
Résumé
Théâtre complet d’Henry Becque, publié en plusieurs volumes, rassemble des pièces qui explorent les tensions entre amour et raison, tradition et modernité. À travers des personnages comme Blanche, Judith ou Madame Vigneron, l’auteur dévoile les enjeux familiaux, les rivalités de dot et les ambiguïtés morales liées à la fabrique.
Les dialogues percutants, comme celui où Blanche dénonce l’hypocrisie des mariages d’intérêt, révèlent une critique acérée des conventions sociales. Ce recueil, à la fois dramatique et introspectif, met en lumière les conflits intimes et les luttes économiques qui façonnent les destins des personnages.
Citations de Théatre complet (Henry Becque)
“ BLANCHE C’est-à-dire que tu as fait de la fabrique de M. Teissier ce qu’elle est. Sans toi, elle lui coûtait de l’argent ; avec toi, Dieu sait ce qu’elle lui en a rapporté. Tiens, papa, si M. Teissier était un autre homme, un homme juste, après le mérite que tu as eu et la peine que tu t’es donnée, voici ce qu’il te dirait : Cette fabrique m’a appartenu d’abord, elle a été à tous deux ensuite, elle est à vous maintenant. VIGNERON Bon petit cœur, tu mets du sentiment partout. Il faut en avoir du sentiment et ne pas trop compter sur celui des autres. ”
“ Reste-t-elle à votre service ou au nôtre ? HÉLÈNE Ne vous occupez pas d’Adèle, je sais qu’elle doit bientôt nous quitter. MADAME DE LA ROSERAYE , à Hélène. Adieu. HÉLÈNE Vous partez décidément ? MADAME DE LA ROSERAYE Oui. HÉLÈNE Je vous ai dit des folies tout à l’heure, ma bonne mère, mais vous savez le peu d’importance qu’ont mes paroles. Je ne regrette rien ; je ne suis ni un monstre ni une victime ; le bonheur de la maison est entre mes mains, il ne s’échappera pas par ma faute. MADAME DE LA ROSERAYE Je ne veux pas me torturer la tête aujourd’hui, et j’ai confiance dans l’avenir. ”
