“ Quand nous parlons de révolution, nous n’entendons pas seulement la lutte armée. Toute lutte contre l’autorité existante, contre l’organisation sociale actuelle, que cette lutte soit agressive ou passive ; qu’elle soit le fait de la force ou de l’idée, que le but s’atteigne en dépit des lois existantes, sans pour cela tomber sous leur coercition, ou bien en les violant ouvertement, quelles qu’elles soient ; du moment qu’elle tend à la disparition d’une iniquité, à la disparition d’un préjugé, toute lutte aide à la Révolution sociale, tout pas en avant est un coup d’épaule donné à sa marche. ”
Jean Grave
Élements biographiques
Jean Grave (1854-1939), figure centrale de l’anarchisme français, incarne l’engagement militant et intellectuel d’une génération en quête de liberté sociale. Ancien socialiste devenu communiste libertaire, il anime durant trente-deux ans les rédactions de Le Révolté, La Révolte et Les Temps nouveaux, organe doctrinal du mouvement anarchiste.
Son œuvre, marquée par La Société mourante et l’anarchie (1893) et Les Aventures de Nono (1901), critique le fétichisme de la loi, prône la solidarité et dénonce l’égoïsme. Son parcours, entre révolution et concession, révèle une pensée radicale, tournée vers une société sans hiérarchie, où l’égalité et la libre association guideraient l’avenir.
Citations de Jean Grave
“ La neige tombait toujours drue et froide, cinglant les visages, s’attachant aux vêtements, se fondant à la chaleur du corps qu’elle enveloppait d’une humidité glaciale. Caragut ne dérageait pas. Par moments l’envie le prenait de jeter son fusil dans la cour et de se refuser à la manœuvre coûte que coûte. N’était-ce pas idiot-de les tenir ainsi, sans nécessité aucune ? Mais, il se raisonnait, soutenu par l’espérance toujours logée en quelque coin du cerveau de l’homme, se disant que ses misères auraient une fin ; mais le moindre choc eût suffi pour donner lieu à l’explosion. ”
Jean Grave,
Les Aventures de Nono
“ Son corps était agité d’un tremblement convulsif, ses yeux fixés sur un émouchet qui, après avoir plané un instant dans les airs, commençait à descendre en spirales de plus en plus serrées pour fondre sur la pauvre bestiole affolée. Prompt comme la pensée, Nono leva sa badine et comme l’émouchet allait atteindre sa proie, d’un coup sec il le jeta à terre la poitrine brisée. La peur avait tellement paralysé le pinson qu’il était tombé à terre, le corps agité de petits frissons. Nono le ramassa tout palpitant et le prit délicatement dans ses mains en l’embrassant. ”
