Jean de Gourmont

Élements biographiques

Jean de Gourmont L'art d'aimer (1925)

Si je t’aime, c’est que je sens en toi un attachement de maître qui doute de son autorité. C’est moi, ton esclave, qui ai vaincu ton orgueil. Songe, Raymond, que tu es pour moi l’être le plus parfait ! Alors, lorsque je te vois tout tremblant d’émotion devant ma beauté offerte, quel orgueil j’ai d’être moi-même !
— Oui, Simone ; on aime les êtres pour le sentiment de puissance qu’ils nous donnent. Il faut que l’amour soit cela : une double exaltation. Les êtres sont dans la vie ce que l’amour les a faits, et ils ne redescendent jamais du faîte où l’amour les a fait monter.
Source : Gutenberg

Jean de Gourmont L'art d'aimer (1925)

Elle m’aime donc, se dit-il, puisqu’elle m’attend avec impatience. Mais je ne suis peut-être pour elle que l’eurythmie de sa chair et de sa sensibilité. Les hommes s’enorgueillissent d’être l’amant d’une belle femme. Ils ne sont souvent pour elle que cela : le régulateur de leur horlogerie sensuelle.
Raymond s’agenouilla près de Simone, étendue sur son divan : ses lèvres suivaient rêveusement la ligne de ses bras nus, qu’il souleva pour boire déjà un peu de son parfum secret, au creux de ses aisselles. Un peu de l’odeur de Rite se mêlait à sa rêveuse aspiration...
Source : Gutenberg

Jean de Gourmont Muses d’aujourd’hui

Il faudrait ajouter que cette suggestion est la poésie même, et qu’il n’y eut jamais de poésie sans elle. Un vers est, avant tout, la traduction spontanée d’une sensation ; c’est comme un cri où l’inflexion de la voix exprime la nuance et le degré de l’émotion. C’est cette musicalité du vers qui recrée en nous cet état de sensibilité qui fut celui du poète à la seconde de l’inspiration. C’est ce qui fait que la poésie ne peut pas être traduite ; cela n’est possible que pour les vers trop raisonnables et qui n’ont pas cette réverbération lumineuse des pierres précieuses, spécialement taillées.
Source : Wikisource

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