Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein

Élements biographiques

Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein Mémoires de Madame la marquise de La Rochejaquelein…

Je me rendis à midi chez Mme de Lamballe ; la Reine y arriva, m’embrassa ; nous entrâmes toutes trois dans un cabinet. La Reine, après une conversation pleine de bonté pour moi, me dit en riant : « Et vous, Victorine, que comptez-vous faire ? J’imagine que vous êtes venue ici, comme tout le monde, pour émigrer ? » Je lui répondis que c’était l’intention de M. de Lescure, mais qu’il resterait à Paris, s’il pouvait espérer être plus utile à Sa Majesté. À ces mots, la Reine réfléchit un instant et me dit d’un air très sérieux : « C’est un bon sujet, il n’a pas d’ambition, qu’il reste. »
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Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein Mémoires de Madame la marquise de La Rochejaquelein…

À peine étaient-ils en marche, que je vis arriver un patriote de Bressuire qui se glissait en tremblant le long des murs du château, en répétant à demi-voix : « Ils y sont, ils y sont ! — Qui, lui-dis-je ? — Les Brigands, dans Bressuire ; ils sautent à cheval par-dessus les murs, par-dessus les maisons. » Je le laissai s’affliger avec les autres gens de la ville, et je fis partir secrètement un domestique à bride abattue pour chercher M. de Lescure, qui revint au bout d’un quart d’heure. Je passai ce temps à causer avec tout ce monde qui mourait de peur.
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Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein Mémoires de Madame la marquise de La Rochejaquelein…

Jamais on n’a vu une mort aussi angélique et aussi courageuse. On ne pouvait plus mettre de titres sur son tombeau, mais les habitants du pays y firent graver d’une voix unanime : Ci-gît la mère des pauvres, éloge au-dessus de tous les autres.
Son petit-fils la regretta beaucoup. Elle avait fait, onze ans avant sa mort, dans un temps où son fils n’avait encore aucune dette, une espèce de testament, qui n’était nullement obligatoire, et beaucoup trop magnifique pour la position où se trouvait M. de Lescure, par les dettes de son père à payer, et plus encore par la révolution.
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