A. de Lamartine

Résumé

A. de Lamartine Revue des Deux Mondes

Le livre de M. d’Estourmel ne sera pas seulement un charmant délassement d’esprit pour ces lecteurs qui, craignant les fatigues et les périls des longues traversées, aiment à faire voyager leur imagination aux dépens d’autrui, il sera encore un utile à-propos pour les hommes politiques dont l’horizon s’étend au-delà des frontières si étroites de la France. Il leur apprendra qu’il y a dans le monde d’autres Français que ceux qui sont nés sur le sol de la patrie, et que la puissance morale d’une grande et généreuse nationalité comme la nôtre s’étend bien au-delà de ce qu’on appelle la nation.
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La nationalité d’un peuple se compose des sympathies, des attachemens, des souvenirs, des espérances, que des peuples en apparence étrangers nourrissent pour la nation dont ils ont éprouvé ou dont ils attendent l’utile ou glorieux patronage. Voyez les Polonais en Europe, voyez les Maronites en Asie : l’amour de la France est une partie de leur patriotisme, et cet attachement est aussi une partie de la force de la France au dehors. Abandonner ces patronages, c’est abandonner une partie de sa force, c’est abdiquer une partie de sa nationalité.
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Cette communauté de souvenirs, de noms et d’images est une sorte de patriotisme de l’imagination. La Bible le savait quand elle faisait dire aux fils de Jacob : « Nous avons été voyageurs ensemble dans la terre de Chanaan. » Avoir couché sous la même tente ou dormi sous le même mur, c’est presque une amitié.
Et maintenant, si nous partions de nouveau pour visiter une second fois, après dix ans d’absence, cet Orient que nous avons abordé avec tant d’espérances, quitté avec tant de regrets, et où nous avons laissé tant d’amis, que verrions-nous ?
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