“ Fixe ta demeure à Djillik, entre la coupe et la corde des instruments, dans un jardin qui remplit de satisfaction l’ouïe et la vue. Fais jouir tes yeux de la contemplation de ses beautés ; et exerce la pensée entre les parterres et le fleuve. Regarde à Damas les teintes dorées qu’y revêt le soir, et écoute les mélodies des oiseaux sur les arbres. Et dis à celui qui blâme un homme de ses plaisirs : « Laisse-moi ; car à mes yeux, tu ne fais pas partie des êtres humains. » Il dit également à propos de Damas : Cette ville est un paradis dans lequel l’étranger oublie son pays natal. ”
Damas
Définition et enjeux
Damas, ancienne ville syrienne, est souvent perçue comme un lieu de beauté et de sérénité, croisement de cultures et de rêves. Ibn Battûta la dépeint comme un « paradis » où « l’étranger oublie son pays natal », tandis que Frédéric Martel évoque une « ville des Mille et une Nuits » baignée de lumière et de végétation.
Jules Hoche la compare à « une étoile ou un diamant », et Alphonse de Lamartine la rattache au mythe de l’Éden. Ces visions révèlent Damas comme un symbole universel de magnificence et de mélancolie, où le passé et l’imaginaire s’entrelacent.
Citations sur “Damas”
Frédéric Martel,
Mes voyages : Orient, par Frédéric Martel fils
(1859)
“ Placée au milieu d'une oasis très-étendue, Damas, avec sa végétation sans pareille, nous apparaît comme une ville des Mille et une Nuits ; le soleil dore toute la campagne et fait ressortir les nuances diverses de tous ses arbres fruitiers en fleurs ; au loin, les sables amoncelés m'apparaissent semblables à des pyramides. ”
Jules Hoche, Le pays des croisades (1885)
“ Damas est comme une étoile ou un diamant qui brille sur le front de l'univers ; Damas est le but de tout voyageur. La joie et le plaisir ont choisi cette ville pour demeure. Là sont des palais et des fleuves, des jardins et des nappes d'eau; là mûrissent des fruits de toutes couleurs, là vous rencontrez des visages de la beauté la plus parfaite. Damas est le plus délicieux des quatre paradis terrestres. ”
Collectif, Revue des Deux Mondes
“ Damas, c’est le seuil du désert, la fontaine paradisiaque où cent mille nomades, perpétuellement renouvelés, viennent se mêler à trois cent mille musulmans sédentaires ! Un rêve, vieux comme le monde, repose sous ses peupliers, au bord du rapide torrent. Damas, si jeune, si vieille, étalant ses misères et son immortel prestige au milieu des grandes collines fauves, nous éblouit et nous attendrit. Une des patries de l’imagination, une des résidences de la poésie, un des châteaux de l’âme. ”
“ Ô prière inutile ! En vain ma voix implore, Il faut une victime, une victime encore !... Ô Damas ! ô Damas ! réponds, où donc es-tu ? Que devient ton amour ? Que devient ta vertu ? Ton esprit égaré rêve-t-il d’harmonie ? Damas, n’entends-tu pas un râle d’agonie, Une plaintive voix qui va s’affaiblissant ? N’entends-tu pas, Damas, un adieu saisissant Qu’un souffle ému peut-être emporte sur son aile ? Que berce en s’éloignant la vague solennelle ? Damas, tu ne vois pas, pleins d’amour et d’effroi, Ces regards suppliants qui se lèvent vers toi ! ”
Alphonse de Lamartine,
Voyage en Orient
“ Je comprends que les traditions arabes placent à Damas le site du paradis perdu : aucun lieu de la terre ne rappelle mieux l’Éden. La vaste et féconde plaine, les sept rameaux du fleuve bleu qui l’arrosent, l’encadrement majestueux des montagnes, les lacs éblouissants qui réfléchissent le ciel sur la terre, la situation géographique entre les deux mers, la perfection du climat, tout indique au moins que Damas a été une des premières villes bâties par les enfants des hommes, une des haltes naturelles de l’humanité errante dans les premiers temps ”
Alphonse de Lamartine,
Voyage en Orient
“ Tant que la terre portera des empires, Damas sera une grande ville, et Stamboul la capitale du monde ; à l’issue du désert, à l’embouchure des plaines de la Cœlésyrie et des vallées de Galilée, d’Idumée et du littoral des mers de Syrie, il fallait un repos enchanté aux caravanes de l’Inde : c’est Damas. Le commerce y a appelé l’industrie : Damas est semblable à Lyon, une vaste manufacture ; la population est de quatre cent mille âmes selon les uns, de deux cent mille selon les autres. ”
Anonyme, Le Livre des mille nuits et une nuit
“ « Par Allah ! si tous les jeunes gens de Damas sont comme toi, cette ville est une région du paradis, et la portion du ciel au-dessus de Damas est le paradis même ! » Et nous arrivâmes de la sorte au palais du roi Sabour-Schah, auprès duquel il m’introduisit, et qui, en effet, sourit à mon visage, et me dit : « Que le visage de Damas soit le bienvenu dans mon palais ! » Et il me dit : « Comment t’appelles-tu, ô bel adolescent ? » Et je répondis : « Ton esclave Hassân, ô roi du temps ! » ”
Maurice Barrès,
Un jardin sur l’Oronte
“ Dans les délices de Damas comme dans les carnages de Qalaat, il se sentait une âme durement rétractée. Les maisons blanches, les mosquées, l’eau brillante, les épaisses verdures et la lumière qui les baigne sont un cadre indifférent, si l’absente ne vient pas s’y plaire, et les orangers, les lauriers, les roses n’exhaleront que du désespoir jusqu’à ce que la Sarrasine les respire. Guillaume reconnaissait dans Damas d’innombrables éléments de bonheur, mais il les contemplait comme un orchestre silencieux à qui personne n’est venu donner le signal. ”
“ Ce poëte a composé beaucoup d’autres vers sur Damas. Voici maintenant, sur cette ville, ce qu’a écrit Abou’louahch Séba’, fils de Khalk elaçady : Dieu veuille abreuver Damas par une nuée bienfaisante, qui verse sur cette ville une pluie abondante et continue ! Dans le monde tout entier et dans ses horizons, rien n’égale la beauté de cette ville. La Zaourâ de l’Irâk (Bagdad, ou le Tigre) préférerait faire partie de Damas, au lieu d’appartenir à la Chaldée. Son sol est aussi beau que le ciel, et ses fleurs sont comme les points lumineux qui brillent à son orient. ”
Joseph Vianey, Les Sources de Leconte de Lisle…
“ Il nous transporte un matin dans la cité des khalyfes et nous la dépeint telle qu’elle fut aux plus beaux jours de sa splendeur. Dans la plaine embaumée, parmi les caroubiers, les jasmins et les palmes, elle monte, la royale Damas, comme un grand lys empli de gouttes d’or ; ses tourelles pétillent, ses dômes reluisent, des toits plats de ses maisons les cigognes fidèles Regardent le soleil jaillir d’un bond puissant. ”
Roger de Scitivaux, Voyage en Orient (1873)
“ Vue ainsi comme une apparition, Damas semble un lieu de délices, une ville enchantée, un paradis terrestre. L'horizon se perd du côté de Palmyre dans des profondeurs infinies. — On suit longtemps l'écharpe verte des jardins, dont les nuances dégradées accompagnent le ruban d'argent des rivières et vont disparaître avec elles dans les lacs du désert et dans des mers de sable. Quelques ondulations de montagnes se dessinent dans la brume lumineuse pour rompre l'uniformité de ces grandes lignes, et complètent ce paysage admirable qui encadre la Perle de l'Asie. ”
L' Arioste, Roland furieux. Tome 3 (1822)
“ Parmi toutes les villes les plus riches et les plus peuplées du Levant, Damas doit être distinguée. Distante de sept journées de Jérusalem, elle est située dans la plaine la plus riche et la plus fertile : cette plaine n'éprouvant jamais les ri, gueurs de l'hiver, a l'aspect toujours riant ; l'aurore et le soleil la colorent et la fécondent sans cesse par leurs premiers rayons. ”
François Lacoste, Le Glaneur sur le chemin de Jérusalem… (1875)
“ De ce point élevé, — 509 — on voit Damas, la ville infidèle, qui déroule la multitude de ses constructions, avec ses dômes et ses nombreux minarets sur les bords multipliés de son fleuve. Et, par-delà les remparts croulants, l'oeil satisfait se repose sur une immense ceinture de jardins dont la puissante végétation présente les plus riches produits de l'Orient : les vergers en fleurs, les prairies sillonnées de cours d'eau, les forêts d'orangers entremêlés de bosquets de myrtes et de gigantesques palmiers. ”
Anonyme, Les Mille et Une Nuits
“ Il faut que vous ayez l’esprit bien préoccupé. » « Madame, reprit Bedreddin, je me souviens, il est vrai, d’avoir été près de vous ; mais je me souviens aussi d’avoir depuis demeuré dix ans à Damas. Si j’ai en effet couché cette nuit avec vous, je ne puis pas en avoir été éloigné si long-temps. Ces deux choses sont opposées. Dites-moi, de grâce, ce que j’en dois penser ; si mon mariage avec vous est une illusion, ou si c’est un songe que mon absence ? » « Oui, Seigneur, repartit Dame de beauté, vous avez rêvé, sans doute, que vous avez été à Damas. » ”
Le Jeune voyageur dans la Syrie… (1854)
“ Les rues de Damas sont, en général, étroites et tortueuses, ce qui les met à l'abri de l'ardeur du soleil. Dans un grand nombre de huttes, bâties de briques noncuiles, nous verrons de pauvres gens occupés à travailler pour la magnifique manufacture de soie de Damas. Regardez ce vieillard courbé sur son métier à tisser: la couleur de sa figure diffère peu de celle de la cabane de boue qu'il habite, et contraste avec sa barbe et son turban, blancs comme la neige ; sa main flétrie semble à peine capable de faire mouvoir le peigne de son métier. ”
Hugues Oltramare, La sainte Bible : Ancien Testament (1877)
“ Prophétie contre Damas. Sur Damas. 23 Hamath et Arpad sont confuses, Car elles ont appris une mauvaise nouvelle, elles tremblent ; C'est une mer en tourmente, Qui ne peut se calmer. Damas est défaillante, elle se tourne pour fuir, 24 Et l'effroi s'empare d'elle ; L'angoisse et les douleurs la saisissent, Comme une femme en travail. — Ah elle n'est pas abandonnée la ville glorieuse, 25 La ville qui fait ma joie ! — C'est pourquoi ses jeunes gens tomberont dans les rues, 26 Et tous ses hommes de guerre périront en ce jour, Dit l'Éternel des armées. ”
“ Quant à Damas, c’est le paradis de l’Orient, et le point d’où s’élève sa lumière brillante ; le dernier pays de l’islamisme que nous avons visité, et la nouvelle mariée d’entre les villes, que nous avons admirée dans sa splendeur, et sans voile. Elle était ornée par les fleurs des végétaux odorants, et apparaissait tout éclatante dans les vêtements de brocart de ses jardins. Elle occupait un rang éminentpour la beauté et était parée, dans son siège nuptial, des ornements les plus jolis. ”
Jacques Weulersse, Paysans de Syrie et du Proche-Orient (1946)
“ Et Damas même, qui se rapproche le plus de la notion idéale d'oasis, en est encore fort éloignée : le désert la frôle, la borde, mais ne l'englobe pas : par la vallée du Barada, par les plateaux du Kalamoun, par l'Hermon, par les plaines fertiles du Hauran, elle tient solidement au monde montagnard et sédentaire. La puissance de la ville qui y est née déborde également le cadre d'une oasis; Damas est une capitale méditerranéenne autant qu'une métropole du désert; autant qu'une oasis, ses jardins sont une opulente banlieue suburbaine. ”
“ Seigneur ! que ferai-je ? Et le Seigneur me répondit : Levez-vous, et allez à Damas ; et on vous dira là tout ce que vous devez faire. 11 Et comme le grand éclat de cette lumière m’avait aveuglé, ceux qui étaient avec moi me prirent par la main, et me menèrent à Damas. 12 Or il y avait à Damas un homme pieux selon la loi, nommé Ananie, à la vertu duquel tous les Juifs qui y demeuraient, rendaient témoignage. ”
Pierre Mille,
Nasr'Eddine et son épouse
(1918)
“ HISTOIRE RÉCONFORTANTE DE CHEIK ABDALLAH, DE SON ÉPOUSE INFIDÈLE ET D’UN NÈGRE NOIR— Il existe à Damas, continua Mohammed, un vieux cheik qui a épousé une jeune femme. Et le pays est trop beau pour être bon pour les maris. Les sources froides, les peupliers droits, princes vêtus de vert, les jardins où les jardiniers vont à l’aube ouvrir les vannes des rigoles — ils chantent en les ouvrant, ils chantent avant d’aller dormir sous les arbres frais, et l’eau des rigoles danse et chante toute seule de pure volupté après leur départ : voilà Damas ! ”
A. de Macedo, Pèlerinage aux Lieux Saints, suivi d'une excursion dans la Basse Égypte… (1857)
“ Si réellement Damas est, comme disent les Arabes, le paradis du monde, je conçois la cause des angoisses que j'éprouvais à son approche; car on ne peut pas entrer dans le paradis sans passer par les épreuves des peines du purgatoire. Nous descendîmes de diligence dans une spacieuse station, et nous nous trouvâmes au milieu d'une cohue de peuple qui nous barrait le passage et nous empêchait de prendre nos valises, dont bien des gens voulaient nous débarrasser de force. Ajoutez à cela un tapage épouvantable de la foule, se heurtant,-se bousculant et ne s'épargnant pas les horions. ”
Édouard Delessert,
Voyage aux villes maudites : Sodome…
(1853)
“ Damas, lorsqu'on arrive par la plaine, et qu'il brille au soleil avec tous ses toits éclatants de blancheur, fait assez l'effet de ce que nous voyions alors. C'était un à peu près de ville orientale, comme un de ces tableaux qui, s'ils n'ont pas le mérite de la vérité matérielle, ont du moins celui d'une physionomie qui rappelle l'original à s'y méprendre. ”
Baptistin Poujoulat, La Vérité sur la Syrie et l'expédition française… (1861)
“ Vous savez combien l'orfèvrerie et l'horlogerie sont en renom à Damas : eh bien ! tous ces magnifiques et riches magasins de bijoux, de montres, que j'avais admirés autrefois dans les bazars de Damas, appartenaient aux chrétiens. Toutes ces richesses ont disparu; elles sont tombées entre les mains des Druses, des Kurdes , des Bédouins, et surtout, remarquez-le bien, entre les mains des musulmans de Damas, qui savaient bien, eux, où elles étaient. Le crime des musulmans de Damas est plus énorme que celui des Druses. ”
Olivier, Voyage autour du monde : contenant la description géographique et pittoresque des divers pays… (1858)
“ Damas s'élève au pied du Liban oriental, dans une vaste prairie qu'arrosent de nombreux ruisseaux. Les Turcs l'appellent Dimichk-al-Cham, du nom même de la Syrie qui est Cham. « Damas, dit Balbi, est une des plus anciennes villes du monde, puisqu'elle est mentionnée dans l'histoire d'Abraham. Plus fortunée que ses contemporaines, Ninive, Babylone, Memphis, Damas, sans avoir jamais atteint la renommée de ces anciennes capitales, non-seulement leur a survécu, mais elle est encore restée une des villes les plus belles et les plus florissantes de l'Orient. » ”
“ C’est l’appel, c’est l’adieu d’une mourante vierge ; Damas, c’est ton amie ! Elle est là, sur la berge, Qui lutte vaillamment, et par un long effort, S’épuise à repousser l’étreinte de la mort ! Mais si tu n’entends pas sa douloureuse plainte, Un autre la comprend. Seul, il vogue sans crainte Au milieu des débris qui flottent sur les eaux. Il aime la tempête. Il aime les fléaux. Il rit à ces malheurs qui frappent d’aventure Des gens qui n’ont pour lui qu’une parole dure. ”
Georges Hanno, Les villes retrouvées (1881)
“ Vous vous croyez à peine en Orient dans ces environs de Damas , et surtout au sortir des âpres et brûlantes régions de la Gaulonitide et de l' Iturée . Ce qui remplit l' âme , c' est la joie de retrouver les travaux de l' homme et les bénédictions du ciel . Depuis l' antiquité la plus reculée jusqu' à nos jours toute cette zone qui entoure Damas de fraîcheur et de bien-être n' a eu qu' un nom , n' a inspiré qu' un rêve : celui de « paradis de Dieu 1 . » ”
Amédée de Damas, Voyages en Orient par le R. P. de Damas… (1870)
“ Et cependant, en nous rappelant Jérusalem, nous trouvons Naplouse charmante par comparaison. Les Orientaux l'admirent, et l'ont surnommée Damas en miniature ou la petite Damas. Au fait, ce n'est plus un tombeau dans un désert pierreux ; c'est la vie au sein d'une ravissante nature, et rien ne serait aisé comme d'en faire une ville superbe. Descendant d'Hébal et de Garizim, les plus belles eaux répandent autour d'elle fraîcheur et fécondité ; de beaux arbres lui prodiguent les fleurs, les fruits, les ombrages si rares en Palestine. ”
Anonyme, Le Livre des mille nuits et une nuit
“ « Pour moi, l’éloignement devient plus doux que le séjour ; mon œil ne verra plus ni mon oreille n’entendra les choses qui me rappellent la douce amie perdue ! » Alors le roi Omar Al-Némân comprit les causes du chagrin de son fils Scharkân et se mit à le consoler et lui dit : « Ô mon enfant, que ton souhait soit satisfait ! Et comme le point le plus important de tout mon empire est la ville de Damas, voici que je te nomme gouverneur de Damas, à partir de ce moment ! » ”
Fulcran Vigouroux, Dictionnaire de la Bible - Vigouroux
“ Site. — Damas est située dans une vaste plaine, appelée El-Ghoûtah, bornée au nord, au nord -ouest et au sud par des montagnes, et ouverte à l’est du côté du désert. C’est une admirable oasis qui a été célèbre de tout temps, et dont la beauté réalise, aux yeux des Arabes en particulier, l’idéal de toutes les magnificences terrestres. Bien plus, c’est le reflet du paradis pour les disciples du Coran, qui conçoivent le ciel comme un splendide jardin, arrosé d’eaux vives, plein de fruits et embaumé de senteurs. ”
