“ De temps en temps sa voix s’élève dans les airs, Mais nul ne peut répondre à ses sanglots amers. Est-ce une illusion ? Une barque s’avance ! À son humide proue un fanal se balance. La vierge sent l’espoir renaître dans son cœur ; Elle s’attache à l’arbre avec plus de vigueur, De crainte de périr tout près d’être sauvée. Alerte le rameur ! La barque est arrivée !... Mais quel démon la guide ? Il ouvre un œil brutal, Et, sur sa bouche passe un rire qui fait mal. Alors, dans sa terreur, Henriette s’écrie : — Ô Tribul, sauve-moi !...Sauve-moi, je t’en prie ! ”
Léon Pamphile LeMay
Résumé
Les épis, de Léon Pamphile LeMay, est un recueil poétique qui mêle nature, spiritualité et conflits humains. À travers des thèmes comme les flots, le ciel ou les sanglots amers, l’œuvre explore l’angoisse, l’espoir et la recherche de paix.
Des personnages tels que Henriette, Damas ou Ounis incarnent des luttes intérieures et des dilemmes moraux, souvent liés à des images de ruisseaux, de rameaux et de clameurs. Le texte, riche en métaphores religieuses et en paysages symboliques, reflète une quête de sens dans un monde en proie à l’effroi et à la transformation.
Citations de Les épis (Léon Pamphile LeMay)
“ Ô prière inutile ! En vain ma voix implore, Il faut une victime, une victime encore !... Ô Damas ! ô Damas ! réponds, où donc es-tu ? Que devient ton amour ? Que devient ta vertu ? Ton esprit égaré rêve-t-il d’harmonie ? Damas, n’entends-tu pas un râle d’agonie, Une plaintive voix qui va s’affaiblissant ? N’entends-tu pas, Damas, un adieu saisissant Qu’un souffle ému peut-être emporte sur son aile ? Que berce en s’éloignant la vague solennelle ? Damas, tu ne vois pas, pleins d’amour et d’effroi, Ces regards suppliants qui se lèvent vers toi ! ”
“ D’Ounis le beau guerrier qui possède son cœur. Ounis ne cacha point un sourire moqueur Quand elle lui parla du Christ et du baptême. Maintenant sur leur tête est tombé l’anathème, Puisque tous deux ils sont au pouvoir du vainqueur. Des voix hurlent là-bas, d’autres chantent en chœur. C’est le rugissement des bourreaux qui s’étonnent, C’est l’hymne de la mort que les captifs entonnent ; Irenna, seule, pleure et maudit sa beauté. La haine épuise enfin toute sa cruauté. Tout bruit meurt. L’Iroquois dort. Un rire farouche Comme un reflet d’enfer passe encor sur sa bouche. ”
