“ Car, ô mon fils, la vie humaine est trop charnelle Pour être toujours forte et pour être éternelle... Le corps n’est rien, et l’âme est tout. Après les jours D’ici-bas, par les uns vécus dans les amours, Et par les autres dans la haine insatiable, Quand le corps, étant fait de boue et périssable, Retourne dans le fond de l’ombre et du néant, L’âme surgit alors comme un œil de géant, Et monte. Mais quand l’homme a méconnu le rêve, Et que sur lui le jour mortuaire se lève, L’âme suit au tombeau le corps évanoui, Et, n’ayant pas prévu le ciel, meurt avec lui. ”
Adelphe Froger
Résumé
"À genoux", poème d'Adelphe Froger, explore les thèmes universels de l'âme, de la mort et de l'amour à travers des images lyriques et métaphoriques. Les vers, riches de références à la nature, aux astres et à l'éternité, interrogent la condition humaine, la fragilité du corps et la force spirituelle.
L'œuvre allie mélancolie et émerveillement, décrivant un parcours où l'âme, déchirée par les émotions et les souvenirs, aspire à une transcendance. Les citations mettent en lumière une réflexion sur la brièveté des joies terrestres et la recherche d'une lumière divine, illustrant la tension entre le corps et l'esprit.
Citations de À genoux (Adelphe Froger)
“ Viens-tu des mers, de la montagne ou de la plaine, Des nuages d’argent ou des astres de feu ? » Elle me répondit alors : « Je viens de Dieu ! Écoute-moi : Depuis le jour où je suis née, Je marche ; je n’ai pas encore vu la journée Du repos ; je n’ai pas encore vu le moment De m’arrêter. Je marche infatigablement. Les mers, les bois, les monts, ces affreux réceptacles D’orages et de vents, ne sont pas des obstacles. Mais j’ai vu des pays si beaux sur mon chemin Que je ne suis pas lasse encore, et que demain Je recommencerai ma route dès l’aurore ! » ”
“ À Toi qui, de ton ciel d’airain jamais obscur, Entoures de clartés mon front d’esclave impur, Maîtresse de mon cœur, belle entre les plus belles ! À Toi qui sais charmer les sens les plus rebelles Et qui sous tes pieds blancs le long de tes chemins Foules des cœurs brisés qui sont des cœurs humains ; À Toi, femme en qui rien des femmes ne surnage, Éprise de chaos, de bruit et de carnage, Pareille seulement pour la grandeur aux dieux À Toi j’ai dédié ces vers mélodieux. Le son de la musique est cher aux âmes fortes. ”
“ Les sourires, les voix, les chansons et les danses, Et la lenteur de nos baisers ; Vous vous rappellerez les longues solitudes Sur les monts ou dans les grands bois, Et nos moindres regards, nos moindres attitudes, Tous ces souvenirs d’autrefois ! Puis dans la brume où l’âme invisible frissonne Vous refermerez vos doux yeux, Et vous écouterez l’éternité qui sonne À la grande horloge des cieux. Alors vous vous direz que tout ce que l’on pleure N’a peut-être point existé, Et que les plus beaux ans ne durent pas une heure Quand on songe à l’éternité. ”
“ Emporté dans son cœur comme un aigle en son aire, Quand, m’ayant ébloui déjà par son essor Sublime, elle eût fait luire à mes yeux le trésor De ses regards, de ses baisers, de ses caresses, Et bien lié mon cœur avec ses longues tresses, Et longtemps savouré son triomphe sanglant ; Et lorsqu’ensuite, avec son grand air nonchalant, Heureuse, satisfaite, indiciblement grave, Elle m’eût repoussé du pied comme un esclave, Alors je m’écriai : « Qu’importe ? suis-je las ? » Est-on jamais lassé du mal d’amour ? Hélas ! ”
“ XXII LE BAISER Nul ne connaît assez la puissance divine Du baiser, qui n’est pas de celles qu’on devine, Mais de celles qu’on sent par l’âme et par le cœur. L’amour est un combat où nul ne sort vainqueur, Et dans lequel tout mot qui passe, toute larme, Tout rêve, tout aveu, tout délire est une arme Que le Destin avec de longs raffinements Enfonce dans le corps douloureux des Amants. Mais le baiser ! hélas ! ”
“ J’ai vu toutes leurs chairs avec mes yeux de chair. Ce qui fait qu’aujourd’hui même j’y songe encore, Et que maintenant, ivre encor de cette : aurore Superbe tant de fois contemplée en ces temps Évanouis, je vois en moi leurs chairs, j’entends En moi leurs voix ! Et c’est pourquoi maintenant même, Sous le ciel lumineux et beau que toujours j’aime, En cet âge qui n’a plus rien de la beauté, Je vis du souvenir de ma divinité. ”
“ Je la pris dans mes bras comme on prend une lyre. C’est l’amour qui nous fait semblables à des dieux. Le baiser ne meurt pas sur la bouche ; il y creuse Pour des jours éternels un sillon glorieux. Je ne troublerai pas cette minute heureuse Par l’évocation des souvenirs perdus. Mais je veux en combler mon âme douloureuse, Pour que sur tant de jours dont nous fûmes mordus, Ô cher cœur ! elle vive et brille et plane encore, Comme sur un gibet surchargé de pendus Et d’horribles corbeaux inassouvis, l’aurore. ”
“ Cependant que la Mort te prend, triste rêveur, Triste rêveur, entends du fond des hautes salles S’élever jusqu’à toi dans les grands soirs d’été, Comme des floraisons d’Égypte colossales, Les senteurs de la joie et de la volupté, Les rires et les cris d’amour et les cadences, Et ce tournoiement lent, montant comme un essor, La valse langoureuse entre toutes les danses, Quand frissonnent les bras sous les bracelets d’or. ”
“ Qui s’étend par delà des millions de lieues. Maintenant je suis loin de mes montagnes bleues. Et les autres là-bas m’appellent chaque soir. » Et les yeux du Serpent disaient : « Oh ! tout est noir ! Ce pays est mauvais, froid, sombre, impitoyable. Et je m’y sens mourir d’une plaie effroyable. Moi, j’étais déjà vieux quand ils m’ont emmené ; Je ne reverrai pas la terre où je suis né, Ni les sources, ni les grandes oasis calmes Où j’entendais chanter ces rêveuses, les palmes, Ni le beau ciel que tant d’étoiles inondaient ! » Et les deux exilés, tristes, se regardaient. ”
“ Est-il des chants plus doux à l’âme que les tiens ? Je me rappelle un soir que j’étais seul près d’elle. Silence des grands soirs monotone et fidèle, Garde en toi pour toujours ce souvenir divin. Je me rappelle un soir que j’étais seul près d’elle, Un soir mélancolique au milieu du ravin. Garde en toi pour toujours ce souvenir divin, Il tombait de la lune un fleuve d’améthystes. Un soir mélancolique au milieu du ravin. Oh ! comme par moments les cœurs deviennent tristes ! ”
“ Consolaient les vivants pendant leurs heures tristes, Quand les Musiciens s’éloignaient un moment, Les Hommes qui restaient écoutaient lentement, Lentement, au travers du vent plein de musiques, Sonner au loin le chœur immortel des rhythmiques Vagues de la mer bleue où dormaient les yeux clos Des Étoiles. Puis ils éclataient en sanglots, Tordant avec un bruit profond leurs chevelures Et sentant dans leurs cœurs remonter leurs brûlures Rouges. Jusqu’au moment où les Musiciens Recommençaient. ”
“ Alors, Se rouvrent lentement mes yeux dans le remords De survivre à tant d’âme éteinte et dans la honte De descendre toujours quand l’amour toujours monte. Et je me revois seul comme aux jours écoulés, À cause de mes vieux rêves qui sont allés Retrouver les joyeux astres dans la nuit brune Et dormir avec eux sous la divine lune. Je vois encor monter sur moi pleines d’ennuis Mes nouvelles amours et mes nouvelles nuits, Pleines d’enchantements vagues et de chimères, Puis les femmes dont les lèvres m’étaient amères Alors, et qu’aujourd’hui j’aime jusqu’à mourir. ”
“ Qui de son trône fait d’astres et d’améthystes Versait de la clarté sur les nations tristes ! À Tomyris, ce beau guerrier dont les pieds blancs Ne voulaient se poser que sur des rois sanglants ! À tous ces corps divins de l’aube orientale Qui passaient lentement dans leur pourpre fatale Comme un immense flux et reflux de clartés ! Oh ! la rendre pareille à toutes ces beautés, Mettre son front plus haut que tout, dans une aurore, Pour qu’elle charme et pour qu’elle éblouisse encore Les hommes, dans mille ans, prosternés et pieux, Comme elle charme et comme elle éblouit mes yeux ! ”
“ Qui déjà nous étreint de toutes parts, aura Fait de tout notre monde un vaste Sahara. Nous gémirons longtemps vers l’obscurité sourde Des nuits où nous serons pour toujours ; et la lourde Lumière de la lune envahira nos cœurs. Cependant que malgré tous nos efforts, vainqueurs, Les Dieux bons, les grands Dieux généreux et sublimes, Nous saisiront et nous tireront des abîmes, Et, nous rendant le bien pour le mal, nous feront Divins comme eux, avec des astres sur le front. ”
“ Et des odeurs d’opium parfumaient nos pensées. Ce qui fait que je vins très-confiant m’asseoir Près de vous dans le vague et pâle et triste soir. J’avais rêvé de vous tout le long de ma route. Ce soir-là vos deux grands yeux bleus avaient sans doute De bien tendres et bien ardentes visions ! Oh ! les étranges mots d’amour que nous disions ! Un moment un corbeau traversa les ténèbres. Oh ! dans la nuit le vol des grands oiseaux funèbres ! Comme il nous inquiète et comme il nous poursuit, Le vol des grands oiseaux funèbres dans la nuit ! ”
“ Plus fort pour galoper tous les jours jusqu’aux soirs Vers le sombre pays de ses cavaliers noirs. Depuis ce temps je vois dans mes rêves superbes De grands chevaux, teignant de sang les touffes d’herbes Demi-morts et sentant la nuit tomber sur eux, Mais calmes et levant vers le ciel ténébreux Leurs yeux graves où brille une lueur dernière, Secouer sur le front des Reines leur crinière. ”
“ Les femmes sont le mur contre qui tout vient choir. Et maintenant le ciel vers qui je marche est noir. Car j’eus comparé vite en mon cœur de poète Les étoiles du ciel aux grands yeux de ta tête. Mais le ciel, qu’est le ciel ? Regarde. Le voilà. Tes yeux sont bien plus beaux que les astres qu’il a, Encor que les lueurs n’en soient pas éternelles. ”
“ Chanteront les plaisirs sacrés et les ivresses Des jours nouveaux. Loin, oh ! bien loin du monde obscur chargé de crimes, Ils chanteront. Et le ciel sera plein de strophes et de rimes Comme leur front. Et lentement dans l’air des astres imphysique, Oh ! lentement, Lentement montera la divine musique Du ciel charmant. Tous ceux que dans leurs cœurs séduisirent les Lyres Par leurs doux sons, Revivront dans ce ciel le front plein de délires Et de chansons ”
“ Nous voici tous, guerriers superbes, lutteurs noirs, Sur les foules, sur les peuples morts, dans les soirs Nébuleux nous lever comme des rêveries, Au milieu des vallons mystiques, des prairies, Des lacs pâles teintés de violet pareils À de lointains couchants d’automne, des soleils Magnifiques où luit l’idée inexprimable Et douce, de l’azur clair et de l’adorable Ciel plein d’astres où Dieu fait paître le troupeau Des Anges. ”
“ Nos pas pesants, hautains et durs, et dans nos lents Voyages retrouvant sur ces plaines sacrées Les palmes d’autrefois déjà considérées ; Forts de la force horrible humiliée et fous Du rêve inviolable et chaste, devant tous Les hommes, par un fier et grand battement d’ailes Escaladant, ainsi qu’on fait des citadelles, Le haut mur de blancheur, d’amour et de vertu Que depuis sept mille ans on n’a pas abattu Encore. Et c’est dans la divine bataille, ivre De rêve, qui dans l’air primordial se livre. ”
“ Que je livre au milieu de l’ombre à ma pensée, Lorsque je n’en puis plus sous les coups du destin, Dans l’épuisement triste et dans le mal infâme, Pour me rendre le cœur d’aller jusqu’au matin, Je respire ces fleurs sanglantes de son âme. ”
“ XX LES DEUX PARTS J’ai divisé mon cœur en deux : j’en ai donné Une part, la plus large hélas ! et la meilleure, À l’Être invulnérable aux pieds de qui je pleure, L’autre à la Poésie, Ange qui m’a damné. ”
“ En rêveront pendant toute l’éternité. C’est ainsi que dans les parfums, dans la musique, Dans la splendeur, ce flux d’hommes démesuré, Le cœur trempé trois fois dans la force imphysique, Marchera gravement pour le combat sacré. ”
“ « Où sont toutes les femmes Qui venaient là, faisant avec leurs belles âmes Sur notre froide et lourde et triste obscurité Choir le rayonnement divin de leur beauté ? Où sont elles ? où sont nos sœurs ? où sont nos mères ? Et ces femmes au vol radieux, les Chimères, Où sont-elles ? Mais où sont les neiges d’antan ? » Et sous l’ongle effroyable et morne de Satan Nous tomberons ; et comme une pointe de glaive Nous sentirons saigner en nous l’immense rêve. ”
“ Sur cette terre où tout cependant est si triste, Un venin plus puissant, plus lâche, plus subtil Que cet amour bouillant, formidable, égoïste, À qui la belle Bien-Aimée au cœur de dieu A soumis tout un an notre âme de trappiste ? ”
“ Même aux fauves senteurs qui montent de la mer, Au parfum d’un vieux gant qui pourtant m’est bien cher Parce que j’y retrouve une ancienne relique, À l’opium qui donne un cœur mélancolique, Je préfère, ô cher corps, le parfum de ta chair. ”
“ Que les autres, le front couronné d’asphodèles, Réjouissent leur cœur dans les amours fidèles, Et qu’ils chantent, et qu’ils s’enivrent, et que leurs Âmes divines soient exemptes des douleurs Intolérables dont l’âme des hommes souffre ! ”
“ Encor tout imprégnés de l’odeur de ses lèvres, Débordants de couleurs, de parfums et d’accords, Rhythmiques comme les reflux de son grand corps, Et si beaux qu’aujourd’hui, portant sa dure chaîne, Mon cœur désenchanté les reconnaît à peine ! ”
“ Et surtout, ô mon cœur ardent ! pour la Beauté. Et plus tard, quand le Dieu noir m’aura remporté, Les peuples à venir qui chanteront la gloire Des morts, après la palme acquise et la victoire, Ne sauront pas si j’ai seulement existé. ”
“ Quand le bal sinueux promène ses beaux couples, Hommes aux bras puissants et femmes aux reins souples, À travers le frisson des lustres et l’ardeur Des valses étalant partout leur impudeur ; Quand j’écoute, portant en moi ma plaie immense, L’écho de quelque vieille et plaintive romance, De quelque chant aimé jadis, dont les accords Comme des flots de mer bercent tous ces beaux corps ”
“ Et les lamentables Colombes Qui viennent, quand le jour est clos, Dormir sur la pierre des tombes, Voyant que le sang de mon cœur Coulera, pleines d’épouvante, Se mettront à gémir en chœur Sur mon amour encor vivante. ”
“ Dans toute sa grandeur et dans toute sa force ! Comme on est près du ciel ! comme tout vous est cher ! Comme on sent palpiter la sève dans l’écorce ! Comme on sent refluer l’âme au fond de la chair ! ”
“ Par la prévision triste des jours futurs, Par l’attachement morne à la chair féminine. Dans mon cœur par l’orgueil d’une ancienne origine, Par le rêve, et par la douleur, et par l’ennui De vivre encor quand tout mon espoir s’est enfui ! ”
“ Indomptable, immobile et muet, comme ceux Des roches dans la nuit sur le mont solitaire. Les hommes tout autour de moi, contemplateurs De ma beauté, trônaient sur d’immenses hauteurs Et remplissaient de moi leurs âmes de statues. ”
“ Comme un dernier vestige au dessus d’un tombeau ! Il en est des amours humains comme des fleuves. Ils roulent, sous les yeux du temps, ce grand vainqueur, Dans leur lit éternel leurs vagues toujours neuves. L’amour change, mais c’est toujours le même cœur. ”
“ Qui me font tressaillir encor dans les ténèbres, Étant restés en moi comme elle les chantait. Une phrase de valse infiniment divine Évoque dans mon cœur triste, quand tout se tait, La respiration faible de sa poitrine. ”
“ Ô mon cher être, nos deux âmes qui sont sœurs, Nos deux âmes en qui l’amour met ses douceurs, Toute pleines du grand désir d’être immortelles, Avides de parfums et de lumière, et telles Qu’aucun rêve ici-bas ne les peut assouvir, S’épuisent en efforts suprêmes pour gravir Le haut sommet que Dieu seul pour elles éclaire. ”
“ Ensuite et pour toujours m’enfouir dans la neige Des tombes ! Il faudra que je te dise encor : Je t’aime ! et que ce cri, comme le chant d’un cor Douloureux ou la voix funèbre d’une cloche, Mugisse dans ton cœur comme dans une roche ! ”
“ C’est dans les profondeurs de tes beaux yeux que j’erre. L’amour y fait tomber sa lueur étrangère, Faite des purs rayons de tous les soleils morts ; Et j’y vois, à travers des vagues de remords, De regret, de tristesse et de fierté suprême, Passer les visions éclatantes que j’aime. ”
“ Ce monde toujours empli de ténèbres Ne m’a point donné ce que je rêvais. Prends-moi donc, suprême Ange aux yeux funèbres ! Et remporte-moi dans les cieux promis Où refleuriront mes rêves célèbres. Loin, loin ! loin de tous mes plus chers amis, Dans un ciel, comme un bois, plein de lauroses Et de vieux palmiers toujours endormis. ”
“ Bénis, tes yeux pareils aux soleils d’où tu vins Et ton front grave et ta poitrine diaphane ! Car ce sont ces beautés qui dans le cœur profane Des hommes font surgir un jour, comme un soleil, Le rêve souverain, magnifique et vermeil ! ”
Termes fréquents
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