“ Père Ubu Non, je veux une grande diligence afin d’y déposer cette aimable enfant et de la reconduire à sa demeure. Mère Ubu Père Ubu, tu n’as aucune suite dans les idées. Je vois que tu te gâtes, tu tournes à l’honnête homme. Tu as pitié de tes victimes, tu deviens fou, Père Ubu ! — Et puis, tu laisses traîner ce cadavre que l’on va voir. Père Ubu Eh ! je m’enrichis... comme d’habitude. Je continue mon travail d’esclave. Nous la fourrerons dans la voiture... Mère Ubu Et le Pissembock ? Père Ubu Dans le coffre de la voiture, pour faire disparaître les traces du crime. ”
Résumé
“Ubu enchaîné”, est une œuvre de Alfred Jarry. Des thèmes tels que Père Ubu, Mère Ubu ou Pissembock y sont abordés.
Citations de Ubu enchaîné (Alfred Jarry)
“ Pissedoux Compagnons, en avant ! Vive la liberté ! Le vieux galérien de Père Ubu est emmené dans le convoi, les prisons sont vides, il n’y reste plus que la Mère Ubu qui tortille de la lisière, nous sommes libres de faire ce que nous voulons, même d’obéir ; d’aller partout où il nous plaît, même en prison ! La liberté, c’est l’esclavage ! Tous Vive Pissedoux ! Pissedoux Je suis prêt à accepter votre commandement ; nous envahirons les prisons, et nous supprimerons la liberté ! Tous Hurrah ! Obéissons ! En avant ! en prison ! Scène II LES MÊMES, MÈRE UBU, LE GEÔLIER. Pissedoux Tiens ! ”
“ Mère Ubu Et tes projets d’esclavage, les voilà propres ! Tu voulais cirer les pieds à ces gens, ce sont eux qui te baisent les mains ! Ils sont aussi peu dégoûtés que toi ! Père Ubu Madame notre épouse, gare à vos oneilles ! Nous sévirons quand nous aurons plus de loisir. Attends un peu, je vais les congédier noblement, comme aux heureux temps où je remplissais à déborder le trône de Venceslas... — Corne finance, tas de sagouins ! voulez-vous foutre le camp ! Nous n’aimons point que l’on nous fasse du tapage, personne ne nous a encore fait de tapage, et ce n’est pas vous qui commencerez ! ”
“ Père Ubu Et on est en train de me forger, Madame, mon grand carcan de fer à quatre rangs ! Mère Ubu Comment est-il fait, Père Ubu ? Père Ubu Madame ma femelle, il est de tout point semblable au hausse-col du général Lascy, qui vous aidait à loucher, en Pologne ; mais il n’est point doré, car vous m’avez recommandé d’être économe. C’est tout du solide, du même métal que nos boulets, non point du fer-blanc ni du fer doux, mais du fer à repasser ! Mère Ubu Idiote brute ! Mais tes boulets aux pieds sont une stupide invention ; tu vas te ficher par terre, Père Ubu. Quel tapage ! ”
“ Mère Ubu Comment, Père Ubu, tu veux assommer les passants ? Père Ubu Ô non ! ils n’auraient qu’à me rendre les coups ! Je veux être bon pour les passants, être utile aux passants, travailler pour les passants, Mère Ubu. Puisque nous sommes dans le pays où la liberté est égale à la fraternité, laquelle n’est comparable qu’à l’égalité de la légalité, et que je ne suis pas capable de faire comme tout le monde et que cela m’est égal d’être égal à tout le monde puisque c’est encore moi qui finirai par tuer tout le monde, je vais me mettre esclave, Mère Ubu ! ”
“ Mère Ubu Il y a toujours le petit balai ? Père Ubu Je ne m’en sers plus fort souvent. Ceci était bon quand j’étais roi, pour faire rire les petits enfants. À présent nous avons plus d’expérience et remarquons que ce qui fait rire les petits enfants risque de faire peur aux grandes personnes. Mais, de par ma chandelle verte ! cette sonnette est insupportable ; nous savons suffisamment que Madame est là ; un maître bien stylé ne doit pas faire de tapage hors de saison ni hors du service. Mère Ubu S’il ne reste rien à manger, tu pourrais peut-être lui offrir à boire, Père Ubu ? ”
“ Père Ubu Hé, Pissedoux, mon ami ! te voilà sans abri, courant les chemins avec tes trois va-nu-pieds. Tu viens mendier des secours au coffre de nos phynances. Tu n’auras même pas celui de la diligence pour ta nuit de noces avec mademoiselle Pissembock. Elle est libre aussi, elle n’a d’autre prison que son oncle, ce n’est pas très imperméable quand il pleut. ”
“ Éleuthère et Pissembock Au secours ! Mère Ubu, (accourant) . Voilà ! Voilà ! Père Ubu. Je t’obéis. Mais que fais-tu avec ton attirail à chaussures ? Elle n’a pas de chaussures. Père Ubu Je veux lui cirer les pieds avec la brosse à cirer les pieds. Je suis esclave, cornegidouille ! Personne ne m’empêchera de faire mon devoir d’esclave. Je vais servir sans miséricorde. Tudez, décervelez ! (La Mère Ubu tient Éleuthère. Le Père Ubu se précipite sur Pissembock.) ”
“ LES MÊMES, PISSEDOUX. (Pissedoux enfonce la porte. Bataille grotesque avec les Ubs.) Pissedoux Esclave... Tiens, sergent des hommes libres, vous êtes domestique ici ? Annoncez Monsieur de Granpré. Père Ubu Madame est sortie ! Monsieur Pissedoux. Ou plus exactement ce n’est pas aujourd’hui le jour où nous lui permettons de recevoir personne. Je vous défends de la voir. Pissedoux C’est le moment de prouver que je sais par cœur ma théorie d’indiscipline. J’entrerai, après vous avoir corrigé par le fouet ! (Il tire de sa poche un fouet à chiens.) ”
“ Deuxième Homme libre Me taire ? Nous sommes les hommes libres ! (Gueulant.) Vive le roi ! le roi ! le roi ! Hurrah ! (La porte s’ouvre. Les Argousins commencent à sortir.) Scène VI LES MÊMES, ARGOUSINS, PÈRE UBU, MÈRE UBU. Père Ubu (s’arrêtant stupéfait sur le seuil, au haut du perron,avec la Mère Ubu) . Je deviens fou, cornegidouille ! Que signifient ces cris et ce tapage ? Et ces gens ivres comme en Pologne ? On va me recouronner et me rouer encore de coups ! ”
“ Soliman Et le Père Ubu ? Le Vizir Le Père Ubu prétend qu’on lui a volé ses boulets de forçat en route. Il est d’une humeur féroce et manifeste l’intention de mettre tout le monde dans sa poche. Il casse toutes les rames et effondre les bancs afin de vérifier s’ils sont solides. ”
“ Père Ubu Alors, Mère Ubu, attache le bout de la chaîne de notre collier à l’anneau de fer du vestibule, et accroche dans l’escalier l’antique écriteau : Prenez garde au chien. Je vais mordre les gens, s’ils ont l’audace de s’introduire, et leur marcher sur les pieds. ”
“ Père Ubu Et d’abord, qui êtes-vous pour donner des ordres ? Ici ne commandent que les esclaves. Avez-vous quelque grade en esclavage ? Pissedoux Un caporal, un militaire, esclave ! Je ne suis qu’esclave d’amour. Éleuthère de Grandair, la belle cantinière des hommes libres, ma fiancée, est en effet ma maîtresse, si vous l’entendez ainsi. Père Ubu Cornegidouille, monsieur ! Je n’y pensais pas. Je suis ici esclave à tout faire. Vous me rappelez mes devoirs. Ce service est de mon ressort ; je vais m’en acquitter au plus vite à votre place... ”
“ Mère Ubu Mais... Père Ubu Tais-toi, ma douce enfant — ... fera de la tapisserie sur des chaussons de lisière. Et comme nous aimons assez peu à nous inquiéter de l’avenir, nous souhaiterions que cette condamnation fût perpétuelle, et notre villégiature près de la mer, en quelque sain climat. Pissedoux (à Pissembock) . Il y a donc des gens que cela embête d’être libres. Pissembock Vous vouliez bien épouser ma nièce ! Mais jamais je ne la sacrifierai à un homme que déshonore le nom de Pissedoux. Pissedoux Jamais je n’épouserai une fille dont l’oncle est indigne même du nom de Pissembock ! ”
“ Père Ubus’avance et ne dit rien.Mère Ubu Quoi ! tu ne dis rien, Père Ubu. As-tu donc oublié le mot ? Père Ubu Mère... Ubu ! je ne veux plus prononcer le mot, il m’a valu trop de désagréments. ”
“ Père Ubu Corne finance ! c’est sans doute notre fidèle maîtresse. Les gens sages, afin de ne point perdre leurs chiens, leur pendent un grelot au cou, et il est prescrit aux bicyclistes de s’annoncer, de peur d’accident, par une clochette qu’on entende au moins à cinquante pas. De même, on juge de la fidélité d’un maître quand il carillonne pendant cinquante minutes. Il veut dire : Je suis là, soyez en repos, je veille sur vos loisirs. Mère Ubu Mais enfin, Père Ubu, tu es son valet de chambre, son cuisinier, son maître d’hôtel ”
“ L’Avocat général L’enleva, de complicité avec sa mégère d’épouse, dans une diligence... Le Défenseur Se vit séquestré avec sa vertueuse épouse dans le coffre d’une diligence... Père Ubu (à son Défenseur) . Monsieur, pardon ! taisez-vous ! vous dites des menteries et empêchez que l’on écoute le récit de nos exploits. Oui, Messieurs, tâchez d’ouvrir vos oneilles et de ne point faire de tapage : nous avons été roi de Pologne et d’Aragon, nous avons massacré une infinité de personnes, nous avons perçu de triples impôts, nous ne rêvons que de saigner, écorcher, assassiner ”
“ Le Président Prévenu, votre âge ? Père Ubu Je ne sais pas bien, je l’ai donné à garder à la Mère Ubu, et il y a si longtemps, elle a oublié même le sien. ”
“ Nous sommes libres. — N’oublions pas que notre devoir, c’est d’être libres. Allons moins vite, nous arriverions à l’heure. La liberté, c’est de n’arriver jamais à l’heure — jamais, jamais ! pour nos exercices de liberté. ”
“ Père Ubu Voilà le carcan qui se dégrafe et les menottes qui me passent par-dessus les mains. Je vais me trouver en liberté, sans ornements, sans escorte, sans honneurs, et forcé de subvenir moi-même à tous mes besoins ! ”
“ Mère Ubu Ces gens vont nous embarquer comme des bestiaux, Père Ubu ! Père Ubu Tant mieux, je vais faire le veau en les regardant ramer. Mère Ubu Ça ne t’a pas réussi d’être esclave : personne ne veut plus être ton maître. ”
“ Pissembock Ce ne serait pas convenable, ma nièce. Ma petite Éleuthère, il ne faut pas laisser les hommes libres prendre trop de libertés. Un oncle, s’il n’empêche rien, est une pudeur vivante. On n’est pas une femme... ”
“ L’indiscipline aveugle et de tous les instants fait la force principale des hommes libres. ”
“ De plus, ils prétendent occuper avant vous les galères de Soliman. Les Argousins Je me révolte aussi ! — Vive la servitude ! — Nous en avons assez ! Nous voulons être esclaves à notre tour, foutre ! Père Ubu (à un Argousin) . Eh ! voici notre boulet, de grand cœur. Nous vous le redemanderons quand nous serons moins fatigué. (Il donne ses boulets à porter à deux Argousins, à sa droite et à sa gauche. Les Forçats, sur leurs supplications, chargent de leurs chaînes les Argousins. Tumulte lointain.) ”
“ Première vieille fille Mais les pauvres sont des gens libres, errants, qui viennent en grand équipage de béquilles sonner de porte en porte, alors tout le monde se met aux fenêtres et vous regarde leur faire l’aumône dans la rue. Frère Tiberge (tendant la main) . Pour les pauvres prisonniers ! Le Père Ubu a dit qu’il se fortifierait dans la prison avec la Mère Ubu et ses nombreux disciples si l’on ne subvenait mieux aux douze repas qu’il entend faire par jour. ”
“ Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu ! Aussitôt j’ suis lancé par-dessus la barrière, Par la foule en fureur je me vois bousculé Et j’ suis précipité la tête la première Dans l’grand trou noir d’ous qu’on n’ revient jamais. — Voilà c’ que c’est qu’ d’aller s’ prom’ ner l’ dimanche Ru’ d’ l’Échaudé pour voir décerveler, Marcher l’ Pinc’-Porc ou bien l’ Démanch’-Comanche, On part vivant et l’on revient tudé. ”
“ Frère Tiberge Il ne sied pas aux messagers de douceur d’apporter le trouble nulle part, même par un léger bruit. Je viens implorer votre habituelle charité pour de nouveaux pauvres : les pauvres prisonniers. ”
“ Vous savez mieux que moi la théorie de la liberté. Vous prenez celle de faire même ce qui est ordonné. ”
“ Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu ! Nos deux marmots chéris, barbouillés d’ confitures, Brandissant avec joi’ des poupins en papier, Avec nous s’installaient sur le haut d’ la voiture Et nous roulions gaîment vers l’Échaudé. — On s’ précipite en foule à la barrière, On s’ fich’ des coups pour être au premier rang ”
“ Premier Homme libre, (au Deuxième) . Où allez-vous, compagnon ? À l’exercice, comme chaque matin ? Eh ! vous obéissez, je crois. Deuxième Homme libre Le Caporal m’a défendu de jamais aller à l’exercice, le matin, à cette heure-ci. Je suis un homme libre. J’y vais tous les matins. Premier et Troisième Hommes Libres Et c’est ainsi que nous nous rencontrons comme par hasard tous les jours, pour désobéir ensemble, de telle heure à telle heure. ”
“ King, Queen : celui, celle qui porte un carcan de métal au cou, des ornements tels que chaînes et cordons aux pieds et aux mains. Tient une boule représentant le monde... ”
“ Pissedoux Il y a de la besogne, si je veux lui battre dos et ventre. Quelle surface ! Père Ubu Eh ! quelle gloire ! Cette lanière obéit à toutes les courbes de ma gidouille. Je me fais l’effet d’un charmeur de serpents. ”
“ Éleuthère Et vous mon oncle P..., p...ourquoi n’êtes-vous plus mort ? Pissembock Comment, pppourquoi ? ”
“ Père Ubu Voilà, madame notre épouse. Allez rendre témoignage à notre maîtresse de notre galanterie et notre générosité. En égouttant soigneusement toutes ces choses vides, j’espère que vous trouverez de quoi lui offrir de notre part un verre de vin.xxx (La Mère Ubu, rassurée, commence d’obéir. De l’une des bouteilles s’échappe une énorme araignée. La Mère Ubu se sauve en poussant des cris perçants. Le Père Ubu s’empare de la bête et la met dans sa tabatière.) Scène III La chambre d’Éleuthère.ÉLEUTHÈRE, le corps de PISSEMBOCK. Éleuthère Hélas ! ”
“ Pissembock (« ensemble ») . Ne t’effraye pas, ma chère enfant, tu as maintenant deux oncles. Tous Enfin, nous voilà chez nous ! (La porte cède, ils entrent. Le Geôlier s’enfuit. La Mère Ubu sort. La porte se referme. La Mère Ubu reste prise par son boulet. Éleuthère passe son bras armé de petits ciseaux par le guichet et coupe la chaîne.) Scène III Le convoi des forçats à travers la Sclavonie.ARGOUSINS, FORÇATS, PÈRE UBU. Père Ubu Nous périssons, cornegidouille ! ”
“ Le Président Ça ne fait rien. — La Cour... condamne François Ubu, dit Père Ubu, aux galères à perpétuité. Il sera ferré à deux boulets dans sa prison et joint au premier convoi de forçats pour les galères de Soliman. ... Condamne sa complice, dite Mère Ubu, au ferrage à un boulet et la réclusion à vie dans sa prison. Pissedoux et Pissembock Vivent les hommes libres ! ”
Termes fréquents
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