Andrée Viollis

Andrée Viollis

Résumé

Portrait de Andrée Viollis Andrée Viollis Criquet

Le vent sauvage entre dans les cheveux de Camille, dans sa bouche ouverte, dans ses manches, sous son jersey. Elle le sent autour de son cou, sous ses bras, entre ses doigts ; il fouette, il est frais, il est bon, il est vivant ; il veut la prendre, l’enlever, l’emporter comme un morceau d’écume. Elle résiste, accrochée au mât qui gémit et se balance, debout sur l’avant dont le beaupré plonge : des giclées d’embrun rejaillissent, la cinglent au visage, remplissent ses yeux et son nez, ruissellent sur ses joues, le long de son cou.
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Portrait de Andrée Viollis Andrée Viollis Criquet

Mais une bouflée de vent arrache soudain le béret de Camille, gonfle sa pèlerine, déploie la voile qui claque et se tend. Le bateau s’arrête, craque, se soulève, retombe dans la vague avec un son mat, puis cingle, preste, dans un bruissement de soie qu’on déchire. La mer, tout à l’heure plate et muette, semble partout s’éveiller, frissonner ; des vagues pointent, se gonflent en sillons, se creusent en coquilles, la crête dressée, la voix hargneuse ; les îlots que l’on apercevait de loin, immobiles et mornes, s’animent et tanguent avec des profils d’animaux grimaçants
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Portrait de Andrée Viollis Andrée Viollis Criquet

Mais on entend un trot pesant dans le couloir ; quelqu’un approche, trébuche, se rattrape avec un cri rauque, ouvre la porte bruyamment.
Madame Dayrolles s’est soulevée sur ses coussins, M. Dayrolles s’éveille en grognant et tante Éléonore, debout dans l’embrasure, son lorgnon de travers sur son visage rouge et suant, s’écrie, tragique :
— Ah ! j’ai encore déchiré mon jupon !
Elle relève sa robe sur ses vastes mollets, autour desquels tirebouchonnent des bas de coton blanc, — des bas de son trousseau, d’une qualité extra-solide — et montre d’un geste de mélodrame un pan de volant décousu.
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