Comtesse Dora d’Istria

Résumé

Comtesse Dora d’Istria Revue des Deux Mondes

Plus d’une fois elle me vanta ce site, abrité par les noyers voisins contre les ardeurs du soleil, orné de quelques cyprès élancés, et dont les tombes ; suivant le poétique usage de la Suisse, sont entourées ou couvertes de belles fleurs soigneusement entretenues. J’avais toujours vu les hommes, même les plus résolus, n’envisager la mort qu’avec une terreur puérile et fuir toutes les images qui pouvaient les y faire penser. Eléonora était bien différente : la vie avait évidemment perdu toute valeur à ses yeux. L’expérience, la religion, la philosophie, fortifiaient chaque jour son détachement.
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Comtesse Dora d’Istria Revue des Deux Mondes

Éléonora de Haltingen s’était fixée à Veytaux, au commencement de novembre 1856, avec sa mère et une vieille dame de compagnie. Elle avait conservé tous ses charmes. On pouvait la regarder comme le type achevé d’une beauté allemande, type qu’on retrouve, chose remarquable, admirablement peint dans nos ballades roumaines. C’était bien cette belle Hélène aux cheveux dorés, qui inspire au soleil, son divin frère, une passion si violente qu’il veut renoncer pour elle à son trône éblouissant. Seulement, sous le beau ciel de la Roumanie, tout respire la vie et la vigueur
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Une après-midi, comme je revenais avec Éléonora de la terrasse de l’église, le soleil apparut sur la crête du mont Sonchaud. Les sapins qui surgissaient de la neige revêtirent alors les plus belles teintes. Des masses entières de ces arbres restaient dans l’obscurité ; quelques-uns étaient d’un jaune vert, d’autres portaient à la pointe comme une auréole fantastique. En arrivant à Veytaux par le sentier qui traverse les vignes le long d’un ruisseau murmurant, nous trouvâmes une vue encore plus belle.
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