Résumé

Portrait de G. Valbert G. Valbert La Réception d'Ernest Renan à l'Académie française

M. Renan parlait pour lui. Quoiqu’il ne croie pas à la philosophie, il aime à philosopher ; quoiqu’il estime que la métaphysique est un rêve, il se plaît à rêver. Bien différent en ceci de l’homme dont il célébrait la gloire sévère, il y a en lui un poète et un mystique, à qui la terre ne suffit pas. L’infini le hante, et quand sa raison, désespérant d’atteindre la vision qui l’obsède, s’arrête au bord de l’abîme, il s’élance sur les ailes de la foi, du désir et de l’espérance dans cet éternel par-delà que Hegel appelait a une nuit où tous les chats sont gris.
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Il est heureux que le soin et l’honneur de louer dignement Claude Bernard aient été dévolus à M. Renan ; personne ne pouvait se tirer mieux que lui de ce cas difficile et périlleux. Il n’est pas besoin d’avoir étudié à fond la physiologie pour faire l’éloge d’un grand physiologiste ; il suffit de savoir ce qu’est et ce que vaut la science, d’en connaître les méthodes, de les avoir soi-même appliquées ; toutes les sciences se ressemblent, et il n’y a pas deux manières d’être savant.
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On y retrouve sa poésie, ses aspirations mystiques ; on y retrouve surtout son scepticisme, qui est le fond de l’homme. Nous attestons ici les mânes de Gorgias, de Protagoras, de Prodicus, d’Euthydème, que M. Renan est de leur famille et qu’il est plus grand qu’eux tous. Ce mystique est profondément sceptique, son sourire le dit assez. Quand il rêve, il ne prend qu’à moitié ses visions au sérieux ; aussi en a-t-il de rechange, dont il s’éprend ou se déprend au gré de son humeur. Laïs ne le possède point, c’est bien lui qui possède Laïs.
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