Gustave Michaut

Résumé

Gustave Michaut Revue des Deux Mondes

Comme tous les autres êtres, l’homme n’est qu’un agrégat de molécules destinées à se séparer un jour ; quand il se flatte d’être immortel, il méconnaît à la fois et sa nature et la Nature même. Sa seule fin normale est le plaisir : le principe de tous ses désirs, le but de toutes ses actions, l’unique règle de sa conduite, c’est la recherche du bonheur. A tant de siècles de distance, par delà la tradition chrétienne, c’est un écho de la philosophie d’Épicure et de Lucrèce. « Athéisme, » a dit Sainte-Beuve, et là contre Senancour protesta plus tard avec force, presque avec colère.
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Or la littérature que rêve Senancour, c’est précisément une littérature permanente, une littérature qui ne s’asservisse point à reproduire la variété des sensations présentes, mais l’unité de l’âme ; qui ne s’attache point à l’actualité transitoire, aux modifications de surface, mais au fond immuable de l’homme, qui s’adresse enfin à tous les hommes, mais, si j’ose dire, par soustraction et non point par addition : en manifestant l’identité morale du genre humain par la seule étude de ce qui est commun à tous, de ce qu’il y a d’essentiel dans l’âme humaine.
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Assurément, Senancour ne redevient pas à la mode ; il semble pourtant qu’il redevienne un peu d’actualité. Le moment est peut-être favorable, — avant qu’il ne retombe une seconde fois dans la demi-obscurité qui semble faite pour lui, — de chercher à résoudre l’énigme de sa destinée, de se demander comment s’expliquent ce culte fidèle de quelques-uns et cette indifférence de la foule, de voir enfin si cette fortune contradictoire ne vient pas de ce qu’il y aurait aussi de contradictoire dans sa vie, dans sa pensée et dans son œuvre.
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