Résumé

Henry Fielding Tom Jones ou Histoire d’un enfant trouvé…

Jacques, dit le vieillard, vous n’êtes pas réellement marié ?
— Non, sur mon honneur, je vous ai dit la pure vérité.
— Mon cher enfant, s’écria l’oncle en l’embrassant, cette nouvelle m’enchante. Je n’ai senti de ma vie un plus grand plaisir. Si vous aviez été marié, je vous aurois aidé à vous tirer d’une mauvaise affaire ; mais il y a bien de la différence entre une chose faite et une chose qui est encore à faire. Ouvrez les yeux à la raison, Jacques, et ce mariage vous paroîtra si déraisonnable, si insensé, que je n’aurai besoin d’employer aucun argument pour vous en détourner.
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L’honneur n’est point intéressé dans ces sortes d’affaires.
— Pardonnez-moi, mon cher oncle, je ne puis être de votre avis. Non-seulement l’honneur, mais la conscience, mais l’humanité y sont intéressés. Si je manquois aujourd’hui de parole à cette jeune fille, je suis convaincu qu’elle en mourroit de douleur. Je me regarderois comme son meurtrier, oui comme son meurtrier ; et ne seroit-ce pas commettre le plus cruel des meurtres, que de lui briser le cœur ?
— Lui briser le cœur, dites-vous ? Non, non, Jacques, les cœurs des femmes ne se brisent pas si aisément.
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Ô mon cher oncle ! donnez-moi, je vous prie, des ordres que j’aie quelque mérite à exécuter. Croyez-moi, il n’est qu’une circonstance qui pût m’engager à vous désobéir : ce seroit celle où vous m’ordonneriez de causer à ma Sophie le plus léger déplaisir. Si j’ai le malheur de ne pouvoir jamais obtenir d’elle mon pardon, c’en est bien assez pour m’accabler, sans que j’y joigne encore l’amer regret d’être l’auteur de ses peines. Posséder ma Sophie est le plus grand, l’unique bonheur que le ciel puisse m’accorder encore ; mais je ne veux le devoir qu’à elle seule.
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