Jean-Baptiste Boyer d’Argens

Jean-Baptiste Boyer d’Argens

Résumé

Portrait de Jean-Baptiste Boyer d’Argens Jean-Baptiste Boyer d’Argens Thérèse philosophe (1748)

« Ah ! mon cher ami, s’écria-t-elle, ne m’abandonne pas : c’est mon amour pour toi, c’est le plaisir qui a dérangé mon organe ; me quitteras-tu dans cet heureux moment ? Manon, ma chère Manon, secours-moi : montre-lui ta petite moniche ; elle lui rendra la vie, elle me la rendra à moi-même, car je meurs, s’il ne finit. Place-la, mon cher Bibi, dit-elle à son amant, dans l’attitude voluptueuse où tu mets quelquefois la comtesse ma sœur ; l’amitié de Manon pour moi me répond de sa complaisance. »
Pendant toute cette singulière scène, je n’avais cessé de rire jusqu’à perdre la respiration.
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Portrait de Jean-Baptiste Boyer d’Argens Jean-Baptiste Boyer d’Argens Thérèse philosophe (1748)

Je vous ai conté hier, ma chère Thérèse, à peu près toutes les misères de ma vie ; vous avez vu le mauvais côté de la médaille ; ayez la patience de m’écouter : vous en connaîtrez le bon.
Il y avait longtemps, poursuivit-elle, que mon cœur était bourrelé, que je gémissais de la vie indigne, humiliante, dans laquelle la misère m’avait plongée, et où l’habitude et les conseils de la Lefort me retenaient, lorsque cette femme, qui avait eu l’art de conserver sur moi une sorte d’autorité de mère, tomba malade et mourut. Chacun me croyant sa fille, je restai paisible héritière de tout.
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Portrait de Jean-Baptiste Boyer d’Argens Jean-Baptiste Boyer d’Argens Thérèse philosophe (1748)

Il est donc évident que la jalousie n’est pas une passion que nous tenions de la nature : c’est l’éducation, c’est le préjugé du pays qui la fait naître. Dès l’enfance, une fille, à Paris, lit, entend dire qu’il est humiliant d’essuyer une infidélité de son amant ; on assure à un jeune homme qu’une maîtresse, qu’une femme infidèle blesse l’amour-propre, déshonore l’amant ou l’ami. De ces principes, sucés pour ainsi dire avec le lait, naît la jalousie, ce monstre qui tourmente les humains en pure perte, pour un mal qui n’a rien de réel.
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