“ Soudain la fée étend le bras, agite sa baguette, et aussitôt s’opère une nouvelle métamorphose. Si le père Raton reste rat, voilà dame Ratone changée en perruche. Rata en paon, Ratane en oie, et le cousin Raté en héron. Mais, toujours sa mauvaise chance, et, au lieu d’une belle queue d’oiseau, c’est une maigre queue de rat qui frétille sous son plumage ! Au même moment, une colombe s’enlève légèrement du groupe des seigneurs : c’est Ratine ! Que l’on juge de l’hébétement du prince Kissador, de la colère de Gardafour ! ”
Jules Verne
Résumé
Hier et demain, recueil de nouvelles publié en 1910 par Jules Verne (avec des contributions de son fils Michel), marque un tournant sombre dans son œuvre. Ce recueil, composé de six récits, explore des thèmes oniriques et critiques, comme la métamorphose fantastique de La Famille Raton ou les enjeux sociaux dans Le Humbug.
Les textes, souvent imprégnés d’absurde et de dérision, révèlent une vision plus sceptique de l’humanité, contrastant avec l’optimisme des voyages scientifiques de l’auteur. Publié sous le nom de Jules Verne, le recueil mêle fiction fantastique et réflexions sur la condition humaine.
Citations de Hier et demain (Jules Verne)
“ Ils ne peuvent avoir que de mauvais desseins. En effet, le prince Kissador est à leur tête, suivi de l’enchanteur, qui a quitté ses vêtements de guide. La famille Raton se sent perdue, à moins que ceux de ses membres qui ont des ailes ne s’envolent à travers l’espace. « Fuis, ma chère Ratine, lui crie son fiancé. Fuis !... Laisse-moi aux mains de ces misérables ! — T’abandonner... Jamais ! » répond Ratine. Et, d’ailleurs, c’eût été trop imprudent. Une flèche aurait pu percer la colombe, et aussi la perruche, le paon, l’oie, le héron. Mieux valait se cacher dans les profondeurs du sphinx. ”
“ « Sans doute, pense-t-il, après avoir été rat, redevenir mollusque, cela ne laisse pas d’être pénible. Mais il faut se faire une raison et prendre les choses comme elles viennent ! » Dans la deuxième huître, grimace une figure contrariée, dont les yeux jettent des éclairs. En vain cherche-t-elle à s’élancer hors de sa coquille. C’est dame Ratonne, et elle dit : « Être enfermée dans cette prison d’écaille, moi qui tenais le premier rang dans notre ville de Ratopolis ! Moi qui, arrivée à la phase humaine, aurais été grande dame, princesse peut-être !... Ah ! le misérable Gardafour ! » ”
