“ Vous êtes priés seulement de faire deux parts de vos feux : la première pour moi, la seconde pour Guy. L’une doit servir à m’incendier ; l’autre, vous la glisserez, s’il vous plaît, dans une enveloppe d’amiante, et vous l’enverrez à l’adresse de M. Romain, le Véronèse. — Que vos flammes rôtissent le balai de ce libertin, ô jeunes hommes, dit Martial, et qu’il connaisse les brûlures cuisantes de la jalousie ! — Qu’il nous revienne, et qu’il nous donne le spectacle d’un mari amoureux ! continua Romain. — Amoureux, répéta Hélène, et... — Et... et ? cria le chœur des amis. ”
Résumé
Juliette Adam, dans Laide, examine la tension entre art et vie à travers le destin d'Hélène, une jeune femme dont la métamorphose physique éveille passions et conflits chez les artistes qui l'entourent : Romain, le peintre, Martial, le sculpteur, et Guy, son amoureux.
Le roman, parsemé de dialogues percutants et de réflexions sur la beauté, questionne l'amour, l'ambition et la paternité, tout en décrivant des relations complexes entre créateurs et modèles. L'œuvre, marquée par des thèmes de jalousie et de dévouement, conclut sur la force de l'art comme miroir des émotions humaines.
Citations de Laide (Juliette Adam)
“ Ah ! disait le sculpteur, je suis aussi troublé que le jour où je demandai mon Hélène en mariage. J’espérais, je n’espérais pas. J’étais heureux et inquiet. Romain, qu’est-ce que notre art auprès de la vie ? Qu’est-ce que ta peinture, qu’est-ce que mon marbre auprès de ce que ma fille tout à l’heure va être à nos yeux ? Si, comme l’écrit sa nourrice, elle a retrouvé la beauté de son enfance, nous allons voir mon adorée compagne véritablement ressuscitée. Romain, y songes-tu ? nous pourrons adorer vivante la plus belle des femmes. Je serai un père amoureux, je t’en préviens, un père jaloux. ”
“ Pauvre père, il a un tel appétit de paternité que, comme Saturne, il dévorerait des cailloux, croyant dévorer ses enfants. — Le caillou que tu désires lui offrir à ta place, c’est donc moi ? repartit Hélène, empressée de placer un mot qui pût faire croire à sa liberté d’esprit. — Goguenarde ! comme il t’aimera, ce grand Romain, lorsque tu seras sa fille, la femme de son fils ! Son rêve le plus caressé a toujours été que je te prisse pour épouse, mais il n’ose s’en ouvrir à toi, ignorant jusqu’à quel point notre intimité m’autorise à te confesser mon égoïsme. Voilà pour moi et pour mon père. ”
“ Répondez : lequel d’entre vous ne préfère à son ambition l’amour, de quelque façon qu’il le conçoive, esclave ou libre, et ne déclare supérieure à la gloire la femme, tel visage qu’il lui sache, qu’il lui veuille ou qu’il lui rêve ? — L’amour d’une morte même vaut mieux que la gloire vivante, répliqua Martial. En cela, Guy, tu dis vrai. — L’amour paternel aussi est un amour, ajouta Romain. Je le préfère au succès le plus brillant. Chacun des invités, jeune ou vieux, pensa tout haut, et répondit par une affirmation à la question de Guy. Seule, Hélène se tut. ”
“ Enfin, je n’épouserai que toi, Hélène, et je te demande en mariage ! Elle essaya, par un effort suprême, de ne paraître ni abasourdie ni bouleversée. Certaines paroles de Guy avaient soulevé en elle d’insurmontables répulsions, d’autres avaient fait bondir son cœur de joie. La proposition du fils de Romain était le témoignage d’une foi touchante et flatteuse dans l’amitié désintéressée de la fille de Martial, un retour à la tendresse de leur enfance. C’était la consécration d’une fraternité qui avait paru à Hélène, jusque-là, plus enviable que l’amour passager de Guy pour ses favorites. ”
“ S’admirer soi-même, s’aimer, être lisible, écrite, sculptée, être lumineuse, être un chef-d’œuvre, éblouir, frapper, émouvoir, se graver rien qu’en marchant, telle qu’on est, au milieu des hommes ; obtenir ce qu’on veut par un sourire, que ce soit possible ou non, juste ou injuste, inspirer ce qu’on désire par un regard, enfin pouvoir être aimée d’amour par Guy, voilà mes irréalisables désirs, voilà les joies de la marquise ! Bientôt Hélène congédia sa nourrice, malgré les supplications de celle-ci, qui refusait de laisser sa chère fille en cet état nerveux. ”
“ Il songe à ce passé rempli d’amour, au vide présent, que le culte de son art seul a pu combler, et il se dit que le jour où il cessera d’être un artiste il ira rejoindre la morte. Il évoque le temps où, dans cette maison bâtie pour elle, Hélène, sa femme, belle de l’antique et pure beauté grecque, respirait, aimait, vivait ! Envahi par ses souvenirs qui se représentent tous à la fois comme pour rendre sa douleur plus lourde, Martial n’entend pas entrer Romain. Le peintre s’appuie sur le dossier du fauteuil où est son ami et laisse tomber sur lui des regards compatissants. ”
Juliette Adam,
Laide
(1878)
“ Tu es donc bien irrévocablement l'ennemie des femmes et tu leur souhaites mon amour le plus inconstant. Je ne remplirais pas ton vœu et la mission que tu me donnes si je me mariais, n'est-ce pas ? — Marié, s'écria Hélène avec véhémence, tu ne serais plus mon vengeur ! — Il ne faut, en tous cas, reprit-il, jamais épouser la femme qu'on aime. Je suis de l'avis d'Héloïse que le mariage est le tombeau de l'amour, et j'ai toujours cru que les plaisirs de la passion deviennent plus sensibles lorsqu'on ne les mêle pas aux vulgarités de l'existence. ”
“ Pour peu qu’il souffre de quelque grande épreuve à ces moments-là, un insurmontable dégoût de vivre prend un artiste. Il doute de son œuvre passée, il s’acharne à en réduire les mérites, il s’indigne contre l’indulgence des autres : « Si je n’ai plus de talent, je n’ai plus de consolations ! s’écrie tout haut Martial avec désespoir. » Le tremblement de sa voix le fait tressaillir, il redresse le front. Ses yeux se fixent sur un portrait de femme signé par Romain, la seule peinture qu’il y ait dans l’atelier. ”
“ Ces gens que vous allez recevoir, pour lesquels vous prenez tant de peine et qui vous ont tant fait souffrir chez votre père, est-ce qu’aujourd’hui, chez vous, ils seront plus aimables ? — Je m’arrange pour leur enlever tout prétexte de compassion, car c’est le sentiment qui m’a le plus blessée dans le cœur des autres. D’ailleurs j’ai besoin de me distraire. Ton devoir est d’aider à mon courage, nourrice. Souffle dessus pour le ranimer, non pour l’éteindre. — Je ne demande pas mieux, mon Hélène, répondit Joséphine. Seulement je crains les feux de paille. ”
“ Si chaque artiste, sensible comme il l’est d’ordinaire, se dit Hélène, devait s’attendrir sur les épreuves infligées à tous, et porter la charge des souffrances des autres, avec celles qu’il se suppose ou qu’il supporte, les plus forts seraient bien vite à bout de leur courage et sombreraient sous le poids du malheur général. C’est être artiste soi-même, pensait la fille de Martial, que de se débattre sans secours, par plaisir de hardiesse dans son caractère ou dans sa situation. C’est être du monde que de ne réclamer aucune aide des lutteurs occupés de leurs propres luttes. ”
“ Bien des femmes, paraît-il, ajoutait la bavarde, ont essayé de recevoir, mais il ne faut pas seulement une grande fortune, de la grâce, une belle maison pour faire désirer à chaque invité qui sort d’un salon d’y revenir. Le talent même ne suffit pas, puisque l’illustre Martial et l’illustre Romain se plaignaient souvent de ne pouvoir réunir à deux, et par intervalles, que de rares amis. Hélène avait donc ce que beaucoup d’autres n’ont pas : de l’animation, de la belle humeur, de la verve, l’esprit qui répand la vie autour de soi. ”
“ Martial et Romain bondirent vers leurs enfants et il se trouva qu’eux aussi ils avaient la main dans la main. Face à face, deux par deux, la situation n’ayant d’ailleurs rien de trop sérieux, Hélène elle-même apaisée par ses larmes, ils virent en artistes le drôlatique de leur aspect et ils éclatèrent de rire. — Attention pour le quadrille, messieurs, cria Guy aux deux vieillards, surtout ne traversez pas ! — Mais est-ce possible ? avec vos caractères, avec vos goûts, tels que nous vous avons faits ? répétait Martial. C’est une idée de génie, si ce n’est pas une mystification. ”
“ Hélène, je suis las de tant de douceurs ! Je rêvais une femme indomptée, extraordinaire, une créature changeante, volontaire, impérieuse, une grande dame me faisant subir des épreuves, m’envoyant à des tournois, cruelle comme une Italienne des grands siècles, enfin un être un peu divers ! Hélas ! trois fois hélas ! sais-tu, camarade, que ce qui manque le plus aux femmes en amour c’est l’intelligence, et surtout la curiosité. Lorsqu’elles se donnent, on dirait qu’elles se jurent de ne jamais se reprendre. On sait par cœur la plus étonnante en huit jours. ”
“ « Puisqu’on aime d’amour filial son père, d’amour fraternel son frère, d’amour patriotique son pays, pourquoi n’aimerait-on pas d’amour ses amis ? » disait la fille de Martial. Les heures s’écoulaient remplies, et allégées de toute banalité. Chaque soir Hélène faisait prendre en voiture à leur hôtel son père et celui de Guy. Tous quatre dînaient gaiement. À dix heures, sauf le samedi, on reconduisait Martial et Romain, mais Guy demeurait pour entendre son amie, ou chanter tandis qu’il faisait le kief dans le salon turc, ou lire tandis qu’il dessinait dans le salon blanc. ”
“ Lorsque je réclame à grands cris de ma sagesse ma vertu et ma force, une voix au-dedans de moi-même répond par votre nom, Guy, et vous appelle. C’est bien une conquête, puisque je suis vaincue. Une sorte d’abaissement se fait dans ma vie, je descends, je m’effondre, l’abîme vertigineux m’attire. Si je n’éprouvais pour vous que de l’amour, je le dirigerais, je le conduirais comme j’ai fait de bien d’autres, et, à la longue, je m’en débarrasserais. Hélas, je ressens la passion qui est à la fois une faiblesse et un emportement, et je suis impuissante à les dompter. ”
“ Artistes, artistes ! se redisait Hélène, plus émue qu’indignée ; ils préfèrent l’imprécation au mutisme. Comme les enfants cassent leurs joujoux par curiosité, ils veulent, eux, savoir ce qu’il y a dans leurs modèles humains ; tant pis pour ce qui se brise ! Avec Romain, avec Martial, avec nos amis, il faut parler, dût-on assourdir, avoir une physionomie, fût-elle grimaçante, agir même quand les membres ont des contorsions, vivre, car l’inertie, l’insensibilité apparente exaspèrent les artistes ! ”
“ Heureusement je t’oblige par mes critiques à choisir dans l’œuvre de ton maître la seule vivante, la seule réelle, la seule humaine, partant la seule grande, celle qui raille toutes les autres et je te force à recevoir de ton chef d’école la leçon de Mona Lisa plutôt que celle de toutes ses saintes. Tu peins des Jocondes, grâce à moi, et pour ta gloire, et tu laisseras plus d’endiablées que d’extatiques. — Mes vierges des endiablées ! s’écria Romain avec colère. Sacrilège ! Eh quoi, tu oses appeler vivante, humaine, réelle, cette grande figure mystérieuse, surnaturelle, de la Joconde ? ”
“ On revint, et il fut de mode d’aller chez madame Guy Romain, dont tous vantèrent le luxe de bon goût, l’affabilité spirituelle, les grandes manières, l’intelligence artistique et la beauté. Hélène jouit de ses succès avec le plaisir naïf d’un enfant. Elle s’occupa de sa toilette, tenant par-dessus tout à sa réputation d’élégance et de distinction. Madame Claire et son tailleur lui firent des robes aussi simples qu’elle le voulut. Nul ne l’excita plus à l’originalité. À quoi sert d’être excentrique lorsqu’on est très-belle ? ”
Juliette Adam,
Laide
(1878)
“ Je vous adorais, je vous adore. - Tais-toi, s'écria Romain avec colère, et que se taisent avec toi, s'il se peut, les enfants égoïstes, avides de leurs uniques jouissances. Vous croyez tout rendre à qui vous a tout donné, parce que les meilleurs d'entre vous se sentent prêts, en cas de malheur, à quelque grand dévouemént, à quelque acte solennel, public, de soi-disant amour filial. Mais, vous le savez bien, la paternité a rarement besoin de vos sacrifices ; ce qu'elle réclame c'est la douceur des soins constants; ce n'est point le miracle, c'est la perpétuelle bienfaisance. ”
“ Pour conquérir Guy, ce coureur d’aventures, cet insatiable amoureux d’irréalisé, il faut être belle, véritablement belle, et ce n’est pas la fille de Martial, la belle-fille de Romain, une artiste elle-même, que des semblants ou un à peu près de beauté peuvent ou satisfaire ou illusionner. Enfin elle ose s’examiner lentement, longuement ; soutenue par sa nourrice, elle est debout, en pleine lumière, auprès de la haute glace d’une armoire. Les derniers feux du jour inondent les vitres. Hélène rougit et respire à peine. ”
Juliette Adam,
Laide
(1878)
“ Plus d'un qui concevait le beau a produit le laid. — C'est pour ma fille, c'est pour Hélène que tu dis cela, parce que j'ai eu l'audace de critiquer monsieur ton fils, car sauf elle, et ton Michel-Ange, que je te lègue! ajouta le sculpteur avec orgueil, je n'ai jamais, que je sache, produit rien de laid! — Et ceci? demanda Romain en montrant la maquette. — Hélas! je l'oubliais, ça aussi c'est laid, répondit Martial d'une voix lente. Et, après un silence, il ajouta : Romain, pardonne-moi d'être irritable ; oublie que je viens de te fâcher. ”
“ Et toi, dès que tu seras madame, et plus une fille de vingt-cinq ans, ni jeune, ni vieille, mille tracas te seront épargnés. Tu parviendras sans obstacle aux grandes routes que ton amour de l’indépendance t’eût fait gagner par la traverse. Tu pourras être une originale, mais plus une extravagante. Jusqu’à cette superbe attitude d’ennemie des femmes, qui te va si bien, qui ira mieux à madame Guy Romain, défendue, protégée, garée par son chevaleresque beau-père, qua mademoiselle Hélène, fille de l’indifférent Martial. ”
“ Pourvu qu’il la retrouvât toujours l’ennemie des femmes, Guy ne lui demandait aucune autre originalité. Lui qui avait subi tous les caprices féminins, les exigences, les troubles, les jalousies, les inquiétudes, les colères, les remords et leur cortège, il ne se lassait pas d’admirer les ressources égales, récréatrices, pleines d’agréments sans surcharges du caractère d’Hélène. Il s’attachait de plus en plus à ce noble cœur qui se donnait tout entier, en échange de si peu de chose. La grande fortune permet le grand, le vrai luxe, sans apparence de recherche ”
“ La jeune femme, pénétrée tout à coup de l’amour d’autrui, n’eut plus qu’une passion : faire le bien. Les actes spontanés sont parfois les fruits mûrs des plus lentes réflexions. Hélène, l’esprit éclairé par ses observations de chaque jour, s’était beaucoup dit que l’univers vit d’échanges. Elle espéra tout à coup que sa charité envers les malheureux provoquerait la charité de la nature envers son malheur à elle. Hélène, durant trois mois, fut donc en instance auprès des dieux et multiplia ses offrandes pour obtenir de leur générosité sa beauté perdue. ”
“ La lune glisse par des mouvements perceptibles, sur le dôme des chênes, verse avec bruit des étincelles, soulève les voiles de l’ombre que la jeune femme croit entendre se déchirer, et apparaît dans tout l’éclat de son rayonnement au milieu de la clairière. Elle semble posée, suspendue entre le ciel et les bois, prête à descendre. Hélène jette un cri de suppliante, s’agenouille, tend les mains, et adresse à Diane, inspiratrice préférée de Martial, à la divinité qu’adorait sa mère, et qu’enfant elle se souvient d’avoir invoquée, cette prière ardente et bizarre. ”
“ Le peintre fut arrêté par sa belle-fille. — Ne parlons pas de Guy, répliqua-t-elle d’une voix hautaine. Apprenez, cher beau-père, que, depuis ma transfiguration, je n’ai plus pour lui la moindre faiblesse. À mon tour je veux être libre de faire des conquêtes. Vous aurez le chagrin de posséder une belle-fille légère. Je ferai la paire avec l’oiseau volage que vous avez pour fils. — Dans ce cas, dit Martial, je rappelle mon gendre, et je prétends mourir de rire lorsque ce roué moralisera sa femme. La situation vraiment neuve n’en sera que plus comique. Le monde est parfois d’une gaîté folle. ”
“ Depuis les bois de Bellevue jusqu’à l’hôtel, Joséphine, malgré son désespoir, avait réfléchi à l’action étrange d’Hélène, et, sachant quels étaient ses tourments, son chagrin, quelle énergie elle déployait pour dompter son amour, la confidente avait deviné un suicide. — Elle s’est noyée, dit Martial sans comprendre, comment, noyée ? — Exprès ? demanda Romain avec épouvante. — Oui, exprès ! parce que aussi on la rend trop malheureuse ! — Nous la rendons malheureuse, nous, moi, nourrice ! Est-ce possible ? reprit Martial. ”
“ Ce qui paraissait l’expression vivante de ses mouvements intérieurs, spontanés, était artificiel et convenu ? — Oui et non, non et oui, répondit-elle avec fatigue au monologue du père de Guy. Il est aisé de jouer le naturel avec ceux qui ne savent rien de vous. Pourquoi revenir, d’ailleurs, sur le passé, autrement que pour dire : Je ne le vivrai plus ? Pourquoi vivre dans l’avenir, puisque j’aime d’amour Guy Romain, mon mari ? — Et qu’elle l’a toujours aimé ! ajouta la nourrice. ”
“ Les femmes, auxquelles on s’est fort peu soucié jusqu’ici de donner la notion élevée de leur droit strict, cherchent, aussitôt qu’elles en ont le prétexte, des revanches capricieuses, sans mesure, sans appel, sans justice. Guy les connaissait bien, et il se vit tout à coup avec désespoir dans le personnage du mari d’une jolie femme adulée, entourée, convoitée. Il revint sur ses pas machinalement et suivit un instant du regard Hélène au milieu de ses admirateurs. Elle lui parut avide de galanterie, et il pensa qu’une beauté si subite était plus qu’une autre infatuée, par conséquent faible. ”
“ La lune quitte la clairière et glisse sous les bois. La jeune femme suit les reflets de la lumière divine, et cherche une révélation, une réponse dans un signe compréhensible de la déesse. Quelque chose de miroitant brille au loin sous le feuillage. Diane appelle son adoratrice au bord des rives consacrées à son culte ! La jeune femme s’élance à travers le bois, se croyant guidée par Hécate en personne. Elle entend courir derrière elle, mais cette fois elle ne se retourne pas, puisqu’elle fuit l’amour que tout à l’heure elle cherchait. Hélène est auprès d’un étang. ”
“ Elle répondit par un signe de tête plein de réserves, auquel Martial ajouta ses impertinences. — Éloigne de ta présence, ô souveraine, dit-il, ce solliciteur importun qui s’accroche à ton char de triomphe. Il ose mendier on ne sait quelle vague absolution pour son fils ; il te fait un devoir de ta victoire. Hé ! l’homme à l’enfant prodigue, quand nous offrons aux dieux une brebis blanche, ne viens pas nous dépoétiser en nous parlant du veau gras. — Tu es méchant ! repartit Romain. — Je ne suis rien de rien, que l’esclave d’Hélène. M’acceptes-tu comme tel ? demanda le sculpteur à sa fille. ”
