“ Il faut se souvenir que nous plaçons l'industrie après les moeurs et les lumières, tandis que les hommes de parti les placent avant ces deux conditions. Il faut se souvenir encore que nous élevons l'industrie au-dessus des personnes et des formes, tandis qu'elle leur est subordonnée dans les systèmes politiques actuels. Il suit de là que, tout en nous accordant à poser l'industrie au troisième rang, nous avons un point de départ et un but complètement opposés. ”
Résumé
“Lettres sur cette question : "Pourquoi la révolution de juillet a-t-elle trompé les espérances de la nation ?"”, publiée en 1832, est une œuvre de . Des thèmes tels que la France, moeurs ou la prospérité y sont abordés.
Citations de Lettres sur cette question : "Pourquoi la révolution de juillet a-t-elle trompé les espérances de la nation… ()
“ Il est incontestable, en premier lieu, que la prospérité d'une nation dépend de certains faits moraux et matériels, ou de certaines conditions que rien ne peut remplacer. On n'improvise pas le bonheur national comme un discours de tribune; on n'ordonne pas à un peuple d'être heureux comme on publie un programme de réjouissances publiques. Le bien-être d'un pays tient à un vaste ensemble de choses qui doivent le précéder. ”
“ Voilà pour les moeurs des grandes villes. Dans les bourgs et les campagnes, surtout dans les lieux où se propage l'industrie, la plus honteuse immoralité ne fait plus rougir. On pourrait dresser une échelle des degrés de corruption que parcourent successivement sous nos yeux les classes inférieures. La vanité, type du caractère français, engendre l'envie de paraître; l'envie de paraître engendre le besoin du luxe; le besoin du luxe engendre les dépenses folles; les folles dépenses engendrent la misère, l'inconduite, et de là aux vices les plus scandaleux il n'y a qu'un pas. ”
“ Maintenant que la révolution est faite, la Charte sera une vérité; on abolira les mauvaises lois, on nous en donnera d'excellentes; et comme ces lois seront exécutées par des hommes intègres, qui ne chercheront pas à éluder dans la pratique ce qu'ils auront admis en théorie, il est clair que nous allons être exempts de tout malaise, de toute inquiétude, de toute crainte sur nos destinées, et qu'il ne nous restera plus qu'à jouir en paix du bonheur que de braves citoyens nous ont acquis au prix de leur sang. ”
“ Si l'on donne une arme à un conscrit, et qu'il la laisse dormir dans la caserne, ou qu'il s'en serve pour se blesser , dira-t-on que ce pauvre conscrit est devenu habile dans l'art militaire? la véritable instruction du peuple ne consiste pas à savoir lire, mais à savoir choisir de bonnes lectures et à vouloir en profiter. D'où il suit que cette instruction même n'est réelle et solide qu'autant qu'elle est accompagnée de l'éducation, qui peut seule inspirer le goût des bons livres et le désir d'en faire un bon usage. ”
“ O industriels ! agriculteurs, commerçans, pères nourriciers du pays ! ne comprenez-vous pas que les principaux membres des partis politiques , ministres, députés, publicistes, rédacteurs de journaux, placent les personnes et les formes de gouvernement avant vous ? qu'ils s'occupent de leurs intérêts d'ambition et de vanité plus que des vôtres, et qu'ils s'embarrassent médiocrement de faire fleurir l'industrie, pourvu que leur éloquence brille et que leurs prétentions soient réalisées? ”
“ Périssent les colonies plutôt qu'un principe! disait un orateur. Périsse le commerce , périsse l'industrie , périssent les intérêts matériels des classes laborieuses , plutôt qu'un principe! Les formes de gouvernement et les questions de pouvoir au-dessus de tout et avant tout ! C'est le fond de la pensée de la plupart des hommes politiques; et pourquoi ? parce qu'au fond de leur pensée l'égoïsme est souverain. Voyez encore sous Bonaparte : le grand principe de l'époque, c'était la gloire, l'esprit de conquête. ”
“ Les vraies lumières tiennent aux moeurs comme un fleuve tient à sa source, comme un effet à sa cause. En parlant de l'instruction du peuple, on a donc indirectement parlé de ses moeurs, et s'il est vrai qu'il soit mal éclairé, on en doit déjà conclure qu'il est peu moral. Les bonnes moeurs peuvent exister sans des lumières étendues, mais les vraies lumières n'existent pas sans de bonnes moeurs. Est-il nécessaire de prouver que nos partis politiques relèguent les moeurs au dernier degré des conditions de prospérité nationale ? ”
“ Les hommes éclairés de tous les partis ne s'accordent pas seulement à dire qu'il existe certaines conditions nécessaires à la prospérité d'un état ; ils s'accordent aussi, en général, sur la nature et le nombre de ces conditions. Interrogez le premier venu qui comprend les questions politiques, n'importe qu'il soit ministériel, légitimiste ou républicain, il vous répondra qu'un peuple n'est heureux et prospère qu'autant qu'il a des moyens de travail, de bonnes lois, des chefs intègres et habiles, de la moralité, de l'instruction. ”
“ Si l'on eût appris à la nation que le bonheur public dépend avant tout de ses lumières, de ses moeurs, de sa probité, de ses principes, et que les personnes qui gouvernent n'y contribuent que pour la moindre part, la révolution de juillet n'aurait pas enivré d'espérances deux ou trois millions d'industriels, d'artisans et d'ouvriers. ”
“ D'autres encore se réjouissaient de voir la France plus libre, parce qu'ils y trouvaient un point d'appui pour se donner à eux-mêmes des libertés politiques plus étendues. Tous éprouvaient cette commotion électrique , ce mouvement irrésistible, qui unit les peuples aux peuples, comme l'intérêt du pouvoir associe les rois. Deux cents millions d'hommes s'étaient donc levés, en Europe et en Amérique, pour entendre l'écho lointain de nos triomphes populaires , et ils se tenaient debout, en nous saluant de leurs grandes acclamations. ”
“ Nous avons peu d'espoir d'amener à nos vues les chefs de parti ; leur intérêt personnel les défend trop bien contre la vérité. Mais il y a dans toutes les opinions politiques des hommes probes, généreux et sincères: qu'ils ouvrent donc les yeux avant d'arriver jusqu'aux bords de l'abîme; qu'ils laissent les questions de formes et d'individus pour s'attacher anx questions de moeurs et d'éducation : tout notre avenir en dépend. ”
“ Qui est-ce qui songe à contester que vous soyez d'ardens propagateurs de ces lumières-là ? Qui est-ce qui nie que vous déclamiez dans vos journaux et à la tribune contre le despotisme, contre le clergé, contre la noblesse héréditaire, contre tant d'autres choses qui gênent le développement de vos théories? Le peuple, il faut y souscrire encore, vous écoute avec attention; il marche même plus vîte et plus loin que vous. Quand vous attaquez les pratiques superstitieuses , il s'attaque à la religion. Quand vous accusez certains prêtres, il met les églises au pillage. ”
“ Rassemblez les plus grands publicistes des temps modernes, et demandez-leur la constitution la plus parfaite qu'il soit possible à l'esprit humain de rédiger. Puis donnez cette constitution à un peuple ignorant et démoralisé comme celui de l'Amérique du Sud. Que fera-t-il de vos lois ? Quelle prospérité pourra-t-il en attendre? L'équilibre des pouvoirs sera foulé aux pieds des passions; les principes de liberté deviendront dès moyens de licence ; les droits politiques seront vendus à des factieux ”
“ D'ailleurs, lorsqu'on attache une si haute importance aux progrès de l'industrie et si peu d'attention aux progrès des moeurs,on ne réfléchit pas que les moeurs sont le moyen le plus puissant de faire fleurir l'industrie. Toutes les autres choses égales, un peuple économe, sobre, prévoyant, sérieux, devancera bientôt de fort loin dans sa marche industrielle un peuple dépensier, intempérant et d'un caractère léger. ”
“ Quant aux moeurs, la révolution de juillet, bien loin de leur imprimer une meilleure tendance, leur a fourni des moyens plus actifs de corruption. Les lumières ont peu gagné depuis deux ans, surtout les vraies lumières , qui sont aussi différentes des lumières fausses qu'une torche incendiaire l'est du flambeau destiné à conduire les pas d'un voyageur. L'industrie, enfin, a beaucoup perdu depuis la même époque ; c'est elle qui a payé toutes les folles illusions des partis. ”
“ L'ignorance d'un Etat pauvre est un malheur que l'on plaint ; l'ignorance d'un Etat industrieux et opulent serait un objet de risée , sinon de dégoût; car la fortune sans les lumières engendre tous les vices. Quelques despotes ont essayé d'abrutir leurs sujets par ce bonheur matériel dépouillé de toute instruction et de toute dignité; ils engraissent ainsi des hommes comme on engraisse des animaux. ”
“ Les moeurs, les lumières et l'industrie viendront après ; elles sortiront d'un nouveau ministère ou d'une nouvelle dynastie comme l'effet sort de sa cause. Point de bonheur, point de prospérité d'aucun genre , s'écrient les hommes qui ne sont rien , si l'on ne change pas les hommes du pouvoir! Et les hommes du pouvoir, séduits par la même erreur qu'ils envisagent sous un autre aspect, répondent à ceux qui ne sont rien : Point de bonheur, point de prospérité , si nous ne restons pas à la tête des affaires ! ”
“ L'arbre fatal ne périra point, si l'on ne coupe d'abord la racine, et pour couper cette racine, l'homme n'a pas un glaive assez tranchant ; il doit l'emprunter à la Parole de Dieu, La religion chrétienne remplacerait l'égoïsme par l'amour, le désordre de l'esprit par la vérité, la fausse classification des conditions de prospérité nationale par une vraie classification, le malaise de la France enfin par un état de calme et de bonheur. ”
“ Hommes de parti, vous vous glorifiez d'avoir des principes, mais vous n'écoutez au fond que des intérêts, non pas des intérêts généraux, mais vos intérêts particuliers, vos prétentions individuelles, vos passions de coterie ! Vous prenez le plus fort d'entre vous , et vous dites : Voilà mon principe! Mais le mensonge est grossier. Cet homme n'est pas pour vous un principe; c'est un moyen d'ambition, un instrument pour vous élever vous-mêmes avec lui. ”
“ Nos écrivains politiques oublient toujours , ou peut-être ont-ils seulement l'air d'oublier que les moeurs et l'éducation sont infiniment plus essentielles que les lois et les formes. Ils se refusent à comprendre qu'il ne peut pas y avoir de bonnes institutions avec de mauvaises moeurs, ni de sages lois avec des esprits mal éclairés. Ils veulent produire un peuple moral et instruit par l'excellence des formes de gouvernement ”
“ Qu'il y ait une dynastie ou une autre, des ministres du juste-milieu ou des ministres de l'opposition ; que l'on conserve un roi ou qu'on établisse un président; que nous adoptions les lois anglaises ou les lois américaines , le mal n'est point là , ni le remède non plus. Le mal est dans les mauvaises moeurs, dans les fausses lumières qui égarent le pays ; le remède consiste donc à changer les moeurs, à corriger les lumières. Tant que la France n'entrera pas dans cette voie, elle agira comme un malade qui croit se guérir, parce qu'il se retourne tantôt d'un côté, tantôt d'un autre ”
“ Le portefeuille de l'instruction publique est considéré comme le plus petit des portefeuilles, tant l'éducation du peuple est mise à peu de valeur dans notre système politique. En dehors des pouvoirs constitués je cherche ce qu'on a fait. Les journaux les plus répandus ne publient aucun, article sur l'instruction populaire, à moins qu'ils n'y découvrent quelque sujet d'opposition, et ce n'est plus dès lors pour éclairer, mais pour récriminer, qu'ils s'en occupent. ”
“ Le progrès doit être ajourné; les perfectionnemens se feront dans des temps plus heureux : telle est l'opinion des classes laborieuses qui composent les trois quarts du pays. La révolution de juillet ne se résume plus dans un espoir de prospérité croissante, mais dans une négation. Notre avenir matériel ne présente qu'un seul point complétement favorable: ce sont les récoltes abondantes, les riches moissons qui couvrent nos campagnes. Mais c'est là l'oeuvre de Dieu , non celle de l'homme. ”
“ Quand les deux conditions essentielles de prospérité, les moeurs et les lumières sont absentes, il n'y a pas de bons rois ni de bons ministres. L'inverse est également vrai : quand ces deux conditions existent, il n'y a pas de mauvais rois ni de mauvais ministres. Cela s'explique facilement. Les meilleures intentions n'ont qu'une influence presque nulle dans le premier cas, parce que les vices et l'ignorance du peuple leur opposent d'invincibles barrières ”
“ L'amour n'est pas moins inépuisable; et celui qui aime son pays, après Dieu, plus que tout autre chose qu'on aime ici-bas; celui qui donnerait volontiers le reste de vie que lui réserve le ciel pour voir la France chrétienne , heureuse et libre; celui-là franchit involontairement les bornes ordinaires , et quand il cherche les moyens de rendre le bonheur à sa patrie, il ne sait plus s'arrêter. ”
“ Plus j'examine l'ouvrage des hommes dans leurs institutions, dit-il, plus je vois qu'à force de vouloir être indépendans, ils se font esclaves... La liberté n'est dans aucune forme de gouvernement; elle est dans le coeur de l'homme libre; il la porte avec lui; l'homme vil porte partout la servitude. ”
“ Une partie du peuple français n'a point de lumières, l'autre partie a des lumières fausses , et tous les perfectionnemens qu'il était permis d'espérer à la fin de juillet ont été viciés ou suspendus. On a restreint la liberté pour se préserver de la licence et de l'anarchie. Les droits électoraux ont été concentrés dans les imposés à 200 francs, qui sont à toute la nation comme un est à trente, parce que, de l'aveu même des hommes de la gauche, la masse du peuple est encore trop ignorante et trop abrutie pour les exercer avec discernement. ”
“ Plusieurs causes peuvent paralyser l'industrie : la violence des discussions parlementaires, les excès de la presse , les émeutes et la perspective d'une guerre générale. Eh ! bien, de ces quatre grandes causes d'inertie industrielle, nos partis politiques ne nous ont fait faute d'aucune. Dans la Chambre, on s'est jeté et rejeté des injures personnelles, depuis deux ans,avec une inexorable persévérance : le cri du commerce qui se mourait n'a pas abrégé d'une heure les attaques de l' opposition ni les apologies du ministère. ”
“ Venons maintenant aux conditions que les hommes politiques tiennent pour secondaires, et que les hommes religieux regardent comme absolument indispensables à la prospérité publique, les lumières et les moeurs, l'éducation du peuple et son perfectionnement moral. ”
“ Nous ne contestons pas la valeur des formes de gouvernement, pourvu qu'on les place dans une sphère subordonnée. Nous admettons que de bonnes lois influent puissamment sur la prospérité d'un peuple, qu'elles développent son industrie, augmentent ses moyens de travail, facilitent ses progrès en toutes choses , et qu'elles accroissent ainsi la somme de son bien-être moral et matériel. ”
“ On peut se battre avec une héroïque valeur, et continuer à vivre dans l'oubli de tous ses devoirs ; on peut triompher des satellites du despotisme sans avoir la force de vaincre ses passions. De hauts faits d'armes, des traits admirables d'humanité, de désintéressement, se montrent dans les momens de péril et d'exaltation; puis reviennent les vanités,les vengeances, les immoralités, les calomnies, les attentats contre l'ordre , tous les effets de la corruption des moeurs. La vertu militaire n'a qu'un jour; les vices ont un lendemain qui ne finit plus. ”
“ Si je parcours les journaux politiques, je n'y découvre non plus absolument rien sur les moeurs, rien sur les méthodes qu'il faudrait employer pour arrêter les progrès de celte corruption qui s'étend, comme une gangrène, dévorante , des sommités de l'état jusqu'à ses dernières extrémités. Les feuilles quotidiennes se rattachent aux moeurs, parce que leurs articles passionnés dépravent le peu qui nous en reste, mais non parce qu'elles s'appliquent à les améliorer. ”
“ Mais, en attendant, les partis s'agitent, les inimitiés deviennent plus profondes, les arts se traînent dans la boue., l'industrie souffre , la plaie du paupérisme s'étend avec une effrayante rapidité, et les plus hideuses factions se promettent un lendemain. Le personnalisme qui concentre toute l'attention ne nous guérira pas ; au contraire, il fera rejeter le véritable remède, en offrant un remède illusoire; et la France, ne cherchant de garantie contre les passions des hommes que dans les passions d'autres hommes , tournera perpétuellement dans un cercle vicieux. ”
“ Enfin, que pour donner au pays la prospérité qu'il espérait d'obtenir de cette révolution, il faut améliorer ses moeurs et accroître ses lumières par le moyen des croyances religieuses, au lieu de se battre dans les rues, de se quereller à la tribune et de s'injurier dans les journaux, pour résoudre de misérables questions de places et d'individus. ”
“ Nous plaçons les lumières au-dessus de l'industrie; et nous devons ajouter , comme pour les moeurs, que l'industrie même ne se développe rapidement que chez des hommes éclairés. L'éducation est un moyen d'industrie, et l'industrie devient à son tour un moyen d'éducation. ”
“ La jeunesse des écoles prenait sa part de l'encens que recevait le peuple; elle accourait, joyeuse et la tête haute , à toutes les fêtes patriotiques , et elle s'imaginait, dans ses rêves d'enfant, que le nouvel ordre de choses amènerait une suite non interrompue de beaux spectacles et de vives émotions. Les ambitieux de tout ordre enfin, depuis l'orateur parlementaire qui voulait être ministre jusqu'au paysan désoeuvré qui aspirait à devenir garde-champêtre, chacun se ruait sur les places comme sur une inépuisable curée. ”
Termes fréquents
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