Lieutenant J. d’Arnoux

Résumé

Lieutenant J. d’Arnoux Revue des Deux Mondes

Un officier d’état-major descend au fond d’une sape. Il s’arrête dans un abri éclairé par une pauvre bougie que le souffle des obus éteint sans cesse. Mon père est là, adossé à une poutre moisie d’où l’eau suinte... Je le vois prendre sa tête dans ses mains en disant : « Il est mort... »
Mais comment vais-je mourir ?... qu’est-ce qui me donnera le coup de grâce ? Serai-je enterré vivant par ces torpilles fossoyeuses ? Serai-je déchiré par les fusants, les éclats me déchiqueteront-ils lambeau par lambeau, ou bien finirai-je dans cet écrasement qui arrache l’âme ?
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Lieutenant J. d’Arnoux Revue des Deux Mondes

J’aperçois mon avion à la splendeur des éclatements : il rutile, la fumée l’enveloppe, on le croirait en flammes... le barrage, le barrage : obus, minen, torpilles tombent en avalanche. Sous l’ombre des fusées les piquets s’élèvent, ils prennent des attitudes bizarres et dansent comme de grands spectres. Quelques balles cinglent et la fusillade s’emporte : les fils de fer scintillent, des lignes brisées s’allument dans le réseau. Les percutants me rasent et, à chaque instant, me coupent la respiration. Des morceaux de braise lapident le sol.
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Lieutenant J. d’Arnoux Revue des Deux Mondes

Quand l’obus frappe l’appareil, je vois retomber dans l’air souillé des morceaux de bois, des blocs de glèbe, dos loques de toile, et mes paupières se crispent sous la pluie de débris. Stimulés par cet opiniâtre bombardement, les canonniers de tranchée reprennent le tir. Les volées de torpilles se remettent à glousser, les ferrailles à se broyer, les éclats à donner leur coup de scie... Des fragments de bombes s’abattent sur moi ; je les palpe et les soupèse : on dirait des laves toutes chaudes. Une habitude instinctive me fait lever les yeux pour suivre la course des minen.
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