R. de la Frégeolière

Résumé

R. de la Frégeolière Revue des Deux Mondes

Mais, hélas ! un mécanisme intermédiaire qui supporte et anime les ailes est nécessaire. Seule, désormais, l’habileté du pilote, suppléant aux imperfections de toute machine, lui donnera l’illusion d’être un véritable oiseau.
Aussi, par la force de l’habitude, nous sommes arrivés, mon avion et moi, comme de nouveaux centaures, à n’être plus « qu’un en deux ! » Pour rendre cette communion plus intime, des courroies nous lient étroitement l’un à l’autre. Le sang qui m’anime circule en quelque sorte jusqu’à la pointe de ses ailes ; la force qui l’attire vers le ciel m’y soulève avec lui !
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Les oiseaux regagnent leurs nids, meurtris par le travail, maculés d’huile, de boue. Quelques-uns blessés à mort, abattus par le plomb du chasseur, dirait-on, reposent çà et là sur le champ : leurs ailes brisées tachent de blanc le crépuscule. Un dernier appareil erre encore dans l’espace embrasé, tel un flocon rose balancé par le vent ; le murmure lointain du moteur a la mélancolie des chants du soir. Sans doute son pilote cherche-t-il toujours plus haut un dernier baiser du soleil, dont à l’aube il saluait le lever !
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L’âme a tout pris, et le trait caractéristique de Guynemer, ce que l’image ne peut rendre, ce sont ses yeux : toute la vie, le caractère de l’homme sont là ! Yeux profonds, immenses et sombres ; pupille noire de jais nettement détachée de l’iris très brun, avec une flamme continue, fulgurante comme un diamant, tranchante comme un burin. Le regard qui pourrait être très doux, tout de velours, comme chez un poète ou un sentimental, est seulement d’acier chromé : on sent la volonté obstinée et furieuse que rien n’effraie, surtout pas la mort, bravée délibérément chaque jour, à toute heure.
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