Henry Bordeaux 

Résumé

Henry Bordeaux  Revue des Deux Mondes

Les yeux, — ces yeux inoubliables de Guynemer, — en forme arrondie d’agates, noirs et brûlés ensemble de leur propre feu, d’un éclat impossible à soutenir, et pour lesquels il ne saurait y avoir qu’une seule expression assez forte, celle dont Saint-Simon s’est servi pour je ne sais plus quel personnage de la cour de Louis XIV : ils assènent des regards, — ont percé comme des flèches le ciel où l’oreille exercée a perçu le ronflement d’un moteur ennemi. D’avance ils condamnent à mort l’audacieux. À distance, ils semblent l’attirer vers le gouffre, comme l’envoûteur par ses sortilèges.
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Henry Bordeaux  Revue des Deux Mondes

Il a rompu son corps à compléter, pour ainsi dire, l’avion. Il sera le centaure de l’air. Le vent qui souffle dans ses haubans et ses toiles le fait lui-même vibrer comme les cordes à piano. Si sensible, il se dirige comme avec ses gouvernails. Rien de ce qui concerne ses voyages ne lui est étranger, rien n’est négligeable à ses yeux. Il apporte un soin méticuleux à vérifier ses instrumens de bord : le porte-carte, la boussole, l’altimètre, le compte-tours, l’indicateur de vitesse. Avant chaque vol, il s’assure par lui-même que son appareil est en parfait état.
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Henry Bordeaux  Revue des Deux Mondes

L’air de la mer est salubre et il cherche dans l’espace des aéroplanes invisibles. Les conversations autour de lui respirent l’inquiétude : il n’a pas le loisir de les écouler. Les regards des femmes sont chargés d’angoisse : il ne remarque pas le regard des femmes. Le 2 août, l’ordre de mobilisation est affiché. La guerre, c’est la guerre !
Alors, comme un irréel appareil, Guynemer chasse son rêve dans l’espace. Il a brusquement rompu avec ses projets d’avenir. Il est tout entier à une autre idée fixe qui fait étinceler ses yeux et barre son front.
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