Résumé

Les Champs bleus (1919)

Etait-ce possible! Un avion!
Des hommes sortirent de leurs abris, d'autres s'y terrèrent, affolés.
Le moteur grondait sous la voûte basse et faisait plus de bruit que le vent furieux.
L'oiseau tournoyait au-dessus du champ de bataille comme un albatros géant qui cherche sa proie.
Aussitôt, les nôtres reconnurent les cocardes et hurlèrent leur fierté.
— C'est un Français! Il est culotté!
Porté par la rafale, l'oiseau survolait les premières lignes, et dans la carlingue on voyait deux silhouettes précises se détacher comme des cibles de champ de tir, celles du pilote et du mitrailleur.
Source : Gallica

Les Champs bleus (1919)

Ce que nos pauvres ailes en avaient, de ces petites croix noires, empreintes de balles ou d'éclats, balafres glorieuses reçues en plein ciel.
Instinctivement, je toucha la toile, le fuselage, je caressai les pauvres ailes rugueuses, et je voulus sentir encore de tout près le cher oiseau que demain je ne reverrais plus. Et, pieusement, je montai dans la carlingue pour une dernière fois, je m'assis à mon siège, puis l'image des chers camarades m'apparut au centre des cocardes. Et ma pensée fit l'appel :
— Hubert... mort! Bobby... mort! Trignol... mort! Cerval... mort!
Source : Gallica

Les Champs bleus (1919)

Le canon et le tonnerre s 'en mêlaient, on eût dit que les tranchées allaient sauter ensemble et que des mines souterraines allaient ouvrir en deux ce sol tragique pour ensevelir ce qui se trouvait à sa surface, pour en finir une fois pour toutes.
Et l'orage, c'est le plus terrible des fléaux. Le canon, encore, on l'arrête; les obus cessent de tomber quand l'homme est las de tirer, mais là-haut, rien à faire, un seul dirigeait la manœuvre, Dieu avait pris le commandement suprême.
— Qu'est-ce qui tombe! hurlaient les pauvres gars, transis dans leurs trous, pour sûr que c'est la fin du monde!
Source : Gallica

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