“ Nulle idée n’en sort, mais toute idée devient, plus ou moins longtemps ou même pour toujours, insensible, par l’affluence d’idées nouvelles, par l’attention que l’âme porte sur d’autres idées et d’autres objets, et qu’elle accorde plutôt à ce qui la frappe actuellement qu’à ce qui l’a frappée. Telle est, à ce qu’il nous semble, l’unique raison de la possibilité de la mémoire et de l’association des idées. Se souvenir, c’est de nouveau avoir conscience de ce qui n’a pas cessé d’exister dans notre âme. ”
Léon Dumont
Résumé
De l’habitude, de Léon Dumont, explore le rôle fondamental de l’habitude dans la vie psychique et biologique, en articulant adaptation, mémoire et volonté. L’auteur examine comment les répétitions façonnent l’esprit et le corps, illustrant cela par des exemples concrets, comme celui de l’homme pieux qui ne dort qu’après avoir récité ses prières.
Dumont relie ces phénomènes à l’évolution et à l’interaction continue entre l’individu et son environnement, soulignant que l’habitude est à la fois condition et conséquence de la vie. Ce texte, publié dans un contexte philosophique et scientifique, inscrit l’habitude comme pilier de la perfectibilité humaine.
Citations de De l’habitude (Léon Dumont)
“ Ainsi la volonté est tantôt un acte causé par l’idée de son but ; et tantôt l’idée du but d’un acte éveillé par la conscience de l’accomplissement de cet acte. Tantôt nous agissons sous l’influence du raisonnement, et tantôt nous ne faisons que raisonner nos actes. Nicole disait avec beaucoup de justesse : « Ce n’est pas toujours la raison qui se sert des passions, mais les passions qui se servent de la raison pour arriver à leurs fins. » Mais dans un cas comme dans l’autre, l’habitude est la condition de tous les phénomènes, et rien n’est moins exact que d’opposer l’habitude à la volonté. ”
“ Si le monde en dehors de nous ne changeait pas, nous n’aurions pas besoin de changer nous-mêmes, nous n’aurions même pas besoin de vivre pour nous conserver. Mais à chaque mouvement qui arrive jusqu’à nous, nous nous trouvons dans de nouvelles conditions d’existence auxquelles tous nos faits intérieurs sont obligés de se réajuster. L’évolution d’un être vivant n’est que l’adaptation de plus en plus parfaite, de plus en plus complexe, d’un système de mouvements hétérogènes constituant une individualité, avec tous les mouvements des autres êtres. ”
“ En vertu des adaptations qui se forment en eux entre tous leurs actes, le moindre dérangement dans leur manière de vivre peut troubler tout l’équilibre de leur constitution au point de les rendre malades. Il importe de se rappeler que les faits adaptés d’une manière constante à d’autres faits font partie, relativement à ces derniers, de leur mode d’excitation. Quand par conséquent un fait d’adaptation périodique vient à manquer, c’est comme si l’excitation manquait elle-même. Un homme pieux qui a l’habitude de dire ses prières chaque soir, ne pourra s’endormir s’il a oublié de les réciter. ”
“ Pourquoi, après avoir attaché des ailes à la pensée, l’habitude ne lui permet-elle pas de se diriger elle-même dans son vol, au lieu de la retenir opiniâtrement fixée dans la même direction ?... Familiarisés avec les apparences extérieures des objets qui nous ont assidûment frappés, nous jugeons rapidement sur la plus simple de ces apparences, l’identité ou l’analogie de leurs propriétés les plus intimes, sans avoir besoin de les vérifier de nouveau ; nous les reconnaissons, nous les supposons sans examen, nous les voyons par l’imagination, lors même qu’elles se dérobent à l’œil. ”
“ L’illustre philosophe anglais auquel nous emprunterons plus d’un fait, considère la vie en général et l’intelligence en particulier comme le résultat d’une adaptation incessante de l’individu à toutes les variations du milieu. Chaque changement du monde extérieur a en nous son retentissement ; la conservation de l’individu est à ce prix. Si l’ensemble de tous ses éléments ne s’adaptait à chaque instant aux forces extérieures, sa cohésion se briserait et il serait détruit. Vivre, c’est se remettre perpétuellement en équilibre. ”
“ À mesure que la théorie de l’évolution et l’explication positive des phénomènes de la nature gagnent du terrain dans les sciences et la philosophie, l’habitude, dans laquelle Auguste Comte signalait avec raison « une des principales bases de la perfectibilité graduelle des animaux, et surtout de l’homme [1] , » doit acquérir nécessairement une plus grande importance non-seulement en psychologie et en physiologie, mais encore en métaphysique. L’habitude en effet se présente à nous comme un fait universel, comme un des attributs de la force envisagée sous le point de vue le plus général. ”
“ Ainsi une lutte s’engage entre la force extérieure et l’organisme ; si la première a assez de pouvoir pour triompher, l’organisme reste changé par elle et a contracté une habitude nouvelle ; si, au contraire, elle n’a pas un pouvoir suffisant, l’organisme partiellement et momentanément troublé, revient plus ou moins vite à son équilibre antérieur. Quand la force est de nature à imposer des modifications à un organe malgré la résistance de l’organisme entier, et que cet organisme ne peut s’adapter à cette modification nouvelle, il se trouve détruit. ”
“ Dans le renouvellement d’un fait habituel, la part de l’excitation doit être d’autant plus grande que la conformation de l’organe lui-même, c’est-à-dire l’habitude proprement dite, y joue un rôle moins considérable. Plus au contraire l’événement dépend de la conformation, moins il y a à faire intervenir d’excitation. Quand un fait habituel est devenu continuel, comme le sont par exemple nos fonctions de respiration, de circulation, etc., il a lieu sans aucune excitation supplémentaire et sans autre condition que l’accomplissement normal des fonctions de nutrition et de la vie. ”
“ Ainsi la conscience et l’inconscience, relativement à l’intelligence personnelle et au Moi, dépendent de tout autres conditions que de l’acquisition d’habitudes nouvelles d’une part, et de l’exercice d’habitudes acquises d’autre part. Quant à la volonté, loin d’exclure l’habitude ou d’être exclue par elle, elle l’implique nécessairement ; et s’il est vrai que beaucoup d’actes habituels puissent être accomplis involontairement et parfois même, quand l’habitude est trop forte, en dépit d’une volonté contraire, il n’est pas moins vrai que tout acte volontaire suppose des habitudes acquises. ”
“ L’attention étant une hypérémie locale, volontaire ou involontaire, elle favorise l’exercice des organes vers lesquels elle se porte et peut contribuer à la conservation des modifications qu’ils ont subies. Mais en revanche, comme toute hypérémie locale ne peut avoir lieu qu’au détriment de l’afflux du sang dans d’autres organes, l’attention nuira à l’acquisition d’habitudes là où elle n’est pas dirigée. Il faut, par conséquent, pour qu’une excitation produise un effet durable, qu’elle commande l’attention et l’empêche de se porter, dans le même moment, vers d’autres impressions. ”
“ Les idées sont, comme les sensations, des manières d’être de l’âme. Elles existent tant qu’elles la modifient ; elles n’existent plus dès qu’elles cessent de la modifier. Chercher dans l’âme celles auxquelles je ne pense point du tout, c’est les chercher où elles ne sont plus : les chercher dans le corps, c’est les chercher où elles n’ont jamais été ? ”
“ On exprime la même loi en disant que la répétition d’un acte le rend de plus en plus facile ; devenir plus facile, c’est exiger, pour se réaliser, une moindre somme de causalité extérieure. L’habitude étant, comme nous l’avons montré, une accumulation de force, l’excitation n’est utile que pour fournir à l’organe ce qui lui manque encore pour l’exécution de l’acte. Quand il ne manque plus rien, l’excitation devient superflue et dans ce cas, le fait peut survivre aux causes qui lui ont donné naissance : c’est alors que l’automatisme apparaît. ”
“ Puisqu’on admet généralement aujourd’hui que la mémoire est fondée sur l’habitude, nous pouvons chercher ce que devient une idée dans l’esprit en attendant que nous nous la rappelions, et l’explication servira tout aussi bien à l’habitude de marcher, au talent de jouer d’un instrument, en un mot à toutes les fonctions qui ne se réveillent que dans des conditions semblables à celles où nos idées se reproduisent. ”
“ Oublier, c’est manquer d’une des conditions nécessaires pour le rappel. C’est ainsi que dans l’état de grande faiblesse, nous ne pouvons plus exécuter même les actes dont nous avons le plus l’habitude. Quand nous ne pouvons nous rappeler un objet, il est inutile de nous livrer à des efforts qui ne servent qu’à nous épuiser davantage ; le mieux est au contraire de nous livrer quelque temps au repos et de laisser aux matériaux nutritifs le temps de s’accumuler. L’attention dirigée vers un objet, produit une hypérémie locale, qui pourrait en faciliter le réveil ”
“ Mais il y a, selon nous, dans l’habitude quelque chose de plus. La force modifiée reste encore de la force, c’est-à-dire que, dans le cas d’une rencontre avec une autre force, elle conserve le pouvoir de la modifier à son tour : c’est ce pouvoir de modifier qui est vraiment l’habitude et qui est déterminé par l’état de vitesse, d’intensité ou de direction que l’ensemble des événements antérieurs a imposé à cette force. Ainsi toute force modifie les autres de telle ou telle manière suivant qu’elle-même a été modifiée dans telle ou telle mesure. ”
“ Il nous paraît plus simple de ne voir dans l’hypérémie qu’un fait secondaire, une conséquence ; nous croyons que c’est l’excitation seule qui augmente l’organe et que cette augmentation provoque ensuite un afflux du sang. De plus, ce n’est pas, selon nous, la permanence d’un excès de vascularité qui maintient l’accroissement après l’exercice accompli ; c’est, au contraire, le maintien de l’accroissement de l’organe qui entretient l’hypérémie. ”
“ De toutes les formes d’adaptations successivement essayées, celle qui a le plus de chance de devenir définitive, est celle qui réussira le mieux à rétablir l’équilibre plus ou moins compromis par le changement imposé à l’organisme. Nous avons déjà eu l’occasion de montrer que, pour bien comprendre le Darwinisme, il fallait admettre la lutte pour l’existence non-seulement entre les individus, mais au sein même des individus entre leurs fonctions, leurs actes et les éléments de leur organisation. ”
“ Dans tous les faits visibles d’organisation et d’habitude, il est facile de constater que l’organisation et l’habitude n’ont pas besoin, pour se conserver, de rester perpétuellement en exercice soit consciemment, soit inconsciemment. Après des intervalles de repos qui peuvent être très-considérables, l’habitude ou la fonction organique recommencent de nouveau à se manifester sous l’influence d’une causalité déterminée. On n’a aucune raison de supposer qu’il en est autrement pour les habitudes cérébrales dont l’observation microscopique n’a pu encore saisir le mécanisme dans tous ses détails. ”
“ Bien que dans ce cas ce ne soit plus l’idée de la fin qui cause l’acte, mais au contraire l’acte qui réveille l’idée de la fin, on désigne encore la série des faits sous le nom de la volonté ; la volonté n’est alors que la prévision des conséquences d’un acte accompli par nous sous l’influence d’excitations quelconques. Au lieu de faire une chose parce que nous la voulons, nous la voulons parce que nous la faisons. Que de fois nous commençons machinalement un acte, et disons ensuite que nous voulons faire telle chose, qui sera précisément le résultat de cet acte ! ”
“ Chacun sait que la compression à la longue déforme un organe, comme le prouve le pied de la Chinoise ; mais au delà d’un certain degré, la compression n’agit plus. Un accroissement de nourriture amène un accroissement des tissus ; mais cet accroissement ne peut dépasser une certaine mesure. L’introduction d’une idée nouvelle dans l’esprit y cause un certain trouble qui nécessite l’attention ; une fois que l’intelligence y est habituée, l’objet de cette idée passe inaperçu. La joie et la tristesse sont causées par des pensées nouvelles qui changent les rapports d’adaptation de nos pensées ”
“ Il est nécessaire de faire intervenir, avec Darwin, la variabilité propre des individus et la sélection naturelle. La variabilité spontanée des êtres vivants a sa cause dans un superflu de forces, prêtes à chaque instant à se dépenser, à s’écouler par toutes les portes qui s’ouvrent accidentellement. Sans doute ce superflu de forces vient aussi du dehors ; mais il ne provient pas directement des objets qui ont mis l’être vivant dans des conditions nouvelles d’existence et qui l’obligent à une accoutumance et à un acclimatement, sous peine de succomber. ”
“ Nous prenons toujours le mot conscience dans le sens relatif au Moi. Les faits qui servent de points de départ à des habitudes des centres nerveux secondaires, restent étrangers au Moi et sont inconscients pour lui, alors même qu’ils sont absolument nouveaux. Mais dans le cerveau lui-même ne pourrait-il pas se produire, lorsque notre attention est absorbée par d’autres faits, certaines combinaisons d’idées entièrement neuves, certaines conceptions qui reparaîtront plus tard, dans la suite de nos pensées, sans que nous puissions nous rappeler quand nous les avons formées pour la première fois ? ”
“ La seule pensée de tout ce qu’il faudrait d’énergie inconsciente pour conserver en acte tous les phénomènes intellectuels que le souvenir pourrait reproduire à un moment quelconque, serait de nature à donner le vertige. Conçoit-on par exemple ce qu’exigerait la conservation d’un seul air de musique ? il faudrait que chaque note restât continuellement en vibration dans le cerveau, et que toutes les notes successives se missent en coexistence. ”
“ Tout le monde sait qu’un vêtement, après avoir été porté un certain nombre de fois, se prête mieux aux formes du corps que lorsqu’il était neuf ; il y a eu un changement dans le tissu, et ce changement est une habitude de cohésion. Une serrure joue mieux après avoir servi ; il a fallu d’abord plus de force pour vaincre certaines résistances, certaines aspérités du mécanisme ; cette destruction des résistances est un phénomène d’habitude. ”
“ Est-ce dans l’âme qu’elles existent pendant ces longs intervalles où nous n’y pensons point ? Est-ce dans le corps ? À ces questions, et aux réponses que font les métaphysiciens, on croirait que les idées sont comme toutes les choses dont nous faisons des provisions, et que la mémoire n’est qu’un vaste magasin. Il serait tout aussi raisonnable de donner de l’existence aux différentes figures qu’un corps a eues successivement, et de demander : Que devient la rondeur de ce corps lorsqu’il prend une autre figure ? ”
“ La périodicité dans les faits habituels intermittents s’explique par une périodicité de l’excitation ou des conditions nutritives ; c’est l’alternative du jour et de la nuit qui a engendré chez les animaux l’habitude périodique de s’éveiller et de s’endormir. Les gens qui ont une vie très-régulière, qui tous les jours se lèvent, déjeunent, dînent, se promènent, travaillent, se couchent aux mêmes heures, deviennent les sujets d’une foule de besoins, et de dispositions qui présentent une périodicité remarquable ”
“ Il y a à cet égard une loi qui est également vraie des individus et des peuples ; plus un être est élevé d’après l’échelle de l’évolution, plus il est capable de se perfectionner encore. Le perfectionnement en effet augmente la complication des organes, des facultés, des rapports entre les éléments constitutifs des corps, et plus un organe, plus un corps offre de complications, plus il devient facilement modifiable sous l’influence des impressions extérieures, parce qu’il offre des ressources d’adaptation plus variées. ”
“ La continuité, dit-il, ou la prolongation d’un mouvement, d’une action, d’une impression, d’un état quelconque est aussi propice que la répétition à engendrer l’habitude. Car, entre une action ou un état répété et un état ou une action prolongée, il n’y a de différence que dans les intervalles qui brisent la continuité dans le temps de cette action ou de cet état. ”
“ Nous entendons par là que, si les matériaux réparateurs du sang n’affluent pas dans l’organe en quantité assez considérable pour permettre aux mouvements d’assimilation et de désassimilation de s’accélérer proportionnellement à l’augmentation d’exercice de l’organe, cette augmentation ne peut pas avoir lieu ; l’excitation est comme non avenue, et la force qu’elle introduisait dans l’organisme doit prendre un autre cours. ”
“ Nous pensons, au contraire, que la tendance ou le penchant, le besoin même doivent être expliqués par l’habitude, et non l’habitude par eux. Les expressions de tendance, de penchant donnent simplement à entendre que les conditions principales d’un phénomène étant déjà réalisées dans un individu ou un organe, il reste très peu de conditions à ajouter pour que l’accomplissement du phénomène s’ensuive ; l’acte que nous avons le plus de tendance à accomplir à un moment donné est celui pour lequel il est nécessaire de faire intervenir le moins d’excitation. ”
“ Chaque fois qu’une de ces conditions change, l’habitude des mouvements change nécessairement, et ce changement persiste en vertu de l’inertie aussi longtemps qu’il ne survient pas de condition nouvelle. On nous objectera que l’habitude ne désigne ordinairement que des manières d’être acquises, et nous répondrons que, précisément, toute cohésion a eu un commencement, qu’elle ne résulte que des positions et des vitesses acquises par les éléments qui la constituent. Chez les êtres vivants et colloïdes, la cohésion se complique des mouvements de nutrition, d’assimilation et de désassimilation ”
“ Une habitude qui a pris un développement excessif, disproportionné, a malheureusement plus de chance que les autres d’être encore augmentée et fortifiée, parce qu’elle s’impose d’une manière exclusive, engendre des besoins plus impérieux et est, par conséquent, exercée plus souvent ; tandis que les habitudes amoindries, effacées, qu’il serait nécessaire, pour rétablir l’équilibre, d’exercer davantage, sont d’ordinaire celles qu’on est le plus disposé à négliger. ”
“ Les vieillards ont plus d’habitudes acquises que les jeunes gens, et le manque de souplesse de leurs organes ne leur permet guère d’en acquérir de nouvelles ; aussi ont-ils la sensibilité moins vive et trouvent-ils moins d’occasions de goûter des plaisirs. Ils ont déjà beaucoup de peine à conserver ce qu’ils ont de force ; ils sont exposés sans cesse à voir leurs fonctions empêchées de s’exercer ; c’est pourquoi ils trouvent surtout leur bien à éviter la souffrance, et ils doivent se résigner à un bonheur purement négatif dont la jeunesse ne saurait s’accommoder. ”
“ Ainsi Darwin explique très-ingénieusement le rouge de la pudeur et de la honte par l’idée où nous sommes que nous devenons un objet d’observation pour les autres, et par l’attention que nous dirigeons en conséquence vers notre propre visage. Il suffit de porter son attention pendant quelque temps sur une partie du corps pour y éprouver des sensations vagues de chaleur, de fourmillement, de picotement qui montrent bien que le sang s’y porte en plus grande quantité. ”
“ Quand deux faits coexistent constamment l’un avec l’autre, on doit les considérer comme résultant de deux manières d’être adaptées réciproquement d’une manière tellement rigoureuse que l’une des deux ne puisse, sous l’influence d’une excitation, éprouver telle modification, sans que l’autre subisse immédiatement une modification correspondante. Mais la coexistence constante ne s’établit pas toujours d’une façon directe ; elle a souvent exigé la participation de faits intermédiaires avant que l’adaptation ait pu devenir suffisante. ”
“ Si le mécanisme dans lequel dégénèrent incessamment toutes nos opérations répétées n’en obscurcissait pas l’origine, la nature et le nombre ; si la familiarité des termes ne se confondait pas illusoirement avec une connaissance exacte, infaillible ; si l’indépendance du jugement pouvait se concilier avec la facilité et la promptitude qui l’entraînent, sans doute l’influence de l’habitude sur tous nos progrès serait assurée, pure et sans mélange. Mais pourquoi faut-il que ce qui se gagne en vitesse, en surface, se trouve si souvent perdu en force et en profondeur ? ”
“ Chaque impulsion, si elle n’était immédiatement modifiée, conduirait l’élément qui l’a reçue à sortir de la masse dont il fait partie, mais chaque rencontre avec les autres éléments contribue à le faire rentrer dans l’intérieur du système. Le degré de cohésion se mesure d’après la quantité de force qu’il serait nécessaire de dépenser pour rompre cet équilibre, c’est-à-dire par la quantité de mouvement qu’il faudrait ajouter au mouvement des atomes pour les rendre capables de triompher de leur résistance réciproque et de sortir de leur enchevêtrement. ”
Termes fréquents
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