Romain Rolland

Romain Rolland

Résumé

Portrait de Romain Rolland Romain Rolland,  Pierre et Luce (1920)

“ Et Pierre, clavier intelligent, devinait, aux petites ondes qui couraient sous les doigts, les émotions qui passaient dans l’âme de l’amie. Il l’entendit soupirer, avant qu’elle eût soupiré. Luce s’était soulevée, le corps penché en avant, et, le souffle oppressé, elle gémit à mi-voix :
— Ô Pierre !
Pierre, saisi, la regardait.
— Ô Pierre ! Qu’est-ce que nous sommes ?... Qu’est-ce qu’on veut de nous ?... Qu’est-ce que nous voulons ?... Qu’est-ce qui se passe en nous ?... Ce canon, ces oiseaux, cette guerre, cet amour... ces mains, ce corps, ces yeux...
”
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Portrait de Romain Rolland Romain Rolland,  Pierre et Luce (1920)

“ Qu’ils aiment !
— Et être aimés ! Luce, tout le monde ne le peut pas.
— Mais si !
— Mais non. Tu ne sais pas le prix du don que tu m’as fait.
— Donner son cœur à l’amour, ses lèvres à l’aimé, c’est donner ses yeux à la lumière : ce n’est pas donner, c’est prendre.
— Il y a des aveugles.
— Nous ne les guérirons pas, Pierrot. Voyons, pour eux !
Pierre restait silencieux.
— À quoi penses-tu ? dit Luce.
— Je pense qu’en ce jour, bien loin de nous, bien près, souffrit la Passion Celui qui vint sur terre pour guérir les aveugles.
”
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Portrait de Romain Rolland Romain Rolland,  Pierre et Luce (1920)

“ Pierre songeait aux jours de sa vie brève écoulée. L’alouette qui s’élève de la plaine embrumée, pour chercher le soleil... Qu’il est loin ! Qu’il est haut ! L’atteindra-t-on jamais ?... Le brouillard s’épaissit. Il n’y a plus de terre, il n’y a plus de cieux. Et les forces se brisent... Soudain, comme ruisselait sous la voûte du chœur une vocalise grégorienne, jaillit le chant jubilant, et des ombres émerge le petit corps transi de l’alouette, qui vogue sur la mer du soleil sans rivages...
Une pression de leurs doigts leur rappela qu’ils voguaient ensemble.
”
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