Gérard-Gailly

Résumé

Gérard-Gailly Revue des Deux Mondes

Tu le sais ? Non, tu ne le sais pas, ni combien je t’aime, plus que tu ne m’aimes. Et tu protestes encore, car toi aussi tu m’aimes plus que je ne t’aime. Croyons-le tous deux. Notre amour serait en péril de mort, si nous n’avions pas cette croyance.
Anne-Marie, ma bien-aimée, reviens. Reviens, pour me donner le bonheur de te dire : « Anne-Marie, ma bien-aimée, » et surtout de te dire : « toi. » « Toi, » c’est ton plus beau nom. Je t’appelle aussi Anne-Marie, chez toi, devant les tiens, et ce double prénom m’émeut et m’attendrit : il me fait rêver à des rosées et au ciel frais du grand matin.
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Tu me quittes. Et ta voix, qui a fixé le jour de ta prochaine visite, persiste dans mon oreille... Ainsi, pour toi du moins, notre suprême rencontre se sera déroulée selon les habitudes de notre apparent bonheur. Tu auras eu, comme dernière image de moi, un sourire. Malgré la douleur où va te précipiter cette lettre, tu ne pourras empêcher que ta mémoire à jamais n’aperçoive ce sourire, terminant et couronnant notre amour.
Car je te dis adieu. Tu ne viendras plus ici, ni nulle part où je serai. Ne m’abuse plus, ma bien-aimée. Nous sommes perdus l’un pour l’autre. Je le sais.
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Gérard-Gailly Revue des Deux Mondes

Mais il est un mot qu’il faudra que tu te redises chaque jour, jusqu’au jour où tu n’auras plus besoin de te le redire pour fortifier ton courage. Et le voici : « De tout mon cœur, chérie, Anne-Marie, de tout mon cœur atroce et qui t’aime, je te souhaite d’être heureuse. Heureuse avec ou sans ma présence en toi. » Et si tu crois que je n’ai déjà plus le droit à l’intimité dans l’expression d’un tel vœu, je t’aime assez pour te dire simplement : « Soyez heureuse. »
RENAUD D.
Renaud Dangennes à Philippe Pageyran.
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