d’Alembert, Diderot

Résumé

d’Alembert, Diderot L’Encyclopédie, 1re éd.

Notre aveugle n’a de connoissance que par le toucher ; il sait sur le rapport des autres hommes, que par le moyen de la vûe on connoît les objets, comme ils lui sont connus par le toucher, du moins c’est la seule notion qu’il puisse s’en former ; il sait de plus qu’on ne peut voir son propre visage, quoiqu’on puisse le toucher. La vûe, doit-il conclurre, est donc une espece de toucher qui ne s’étend que sur les objets différens de notre visage & éloignés de nous. D’ailleurs le toucher ne lui donne l’idée que du relief.
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d’Alembert, Diderot L’Encyclopédie, 1re éd.

Cet aveugle qui demeure au Puisaux en Gatinois, est Chimiste & Musicien. Il fait lire son fils avec des caracteres en relief. Il juge fort exactement des symmétries : mais on se doute bien que l’idée de symmétrie qui pour nous est de pure convention à beaucoup d’égards, l’est encore d’avantage pour lui.
Sa définition du miroir est singuliere ; c’est, dit-il, une machine par laquelle les choses sont mises en relief hors d’elles-mêmes. Cette définition peut être absurde pour un sot qui a des yeux ; mais un philosophe, même clairvoyant, doit la trouver bien subtile & bien suprenante.
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d’Alembert, Diderot L’Encyclopédie, 1re éd.

Si l’aveugle avoit dit simplement, nous met hors de nous-mêmes, il auroit dit une absurdité de plus : car comment concevoir une machine qui puisse doubler un objet ? le mot de relief ne s’applique qu’à la surface ; ainsi nous mettre en relief hors de nous-mêmes, c’est mettre seulement la représentation de la surface de notre corps hors de nous. L’aveugle a dû sentir par le raisonnement que le toucher ne lui représente que la surface des corps
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