“ Ce culte de l'homme est donc tout autre chose que cet individualisme égoïste dont il a été précédemment parlé et qui conduit au suicide. Loin de détacher les individus de la société et de tout but qui les dépasse, il les unit dans une même pensée et en fait les serviteurs d'une même œuvre. Car l'homme qui est ainsi proposé à l'amour et au respect collectifs n'est pas l'individu sensible, empirique, qu'est chacun de nous; c'est l'homme en général, l'humanité idéale, telle que la conçoit chaque peuple à chaque moment de son histoire. ”
Émile Durkheim
Résumé
Publié en 1897, Le Suicide d'Émile Durkheim est un essai fondateur de la sociologie, qui présente le suicide comme un « fait social » régulé par des forces collectives. Structuré en trois livres, il examine les causes sociales du suicide (intégration, régulation) et propose une typologie de quatre formes : égoïste, altruiste, anomique et fataliste.
Durkheim démontre que les taux de suicide dépendent de la cohésion sociale et des normes, illustrant ainsi l'interdépendance entre individus et société. Cette œuvre, mal reçue à l'époque, est aujourd'hui considérée comme un classique.
Citations de Le Suicide (Émile Durkheim)
“ Et en effet, s’il n’y avait suicide que là où il y a intention de se tuer, il faudrait refuser cette dénomination à des faits qui, malgré des dissemblances apparentes, sont, au fond, identiques à ceux que tout le monde appelle ainsi, et qu’on ne peut appeler autrement à moins de laisser le terme sans emploi. Le soldat qui court au devant d’une mort certaine pour sauver son régiment ne veut pas mourir, et pourtant n’est-il pas l’auteur de sa propre mort au même titre que l’industriel ou le commerçant qui se tuent pour échapper aux hontes de la faillite ? ”
“ Ce n'est donc pas sans raison que tant de religions ont célébré les bienfaits et la valeur morale de la pauvreté. C'est qu'elle est, en effet, la meilleure des écoles pour apprendre à l'homme à se contenir. En nous obligeant à exercer sur nous une constante discipline, elle nous prépare à accepter docilement la discipline collective, tandis que la richesse, en exaltant l'individu, risque toujours d'éveiller cet esprit de rébellion qui est la source même de l'immoralité. Sans doute, ce n'est pas une raison pour empêcher l'humanité d'améliorer sa condition matérielle. ”
