“ Ce ne sont pas seulement les lèvres de Lucet ! Nine a le courage de s’avouer son amour entier, sans honte. Elle a vu Lucet, des pieds flexibles dans les sandales découvertes jusqu’aux épaules nues, jusqu’aux cheveux ondulés tout imprégnés encore des caresses de Déah Swindor. Elle aime, elle adore, elle désire les baisers de Lucet, et sa chair crie à son cœur la joie et la souffrance de son désir... ”
Citations sur “Lucet”
“ Et tantôt son petit corps frémissant s’ajuste dans l’étroite adhérence du maillot qu’on eût dit tissé pour elle et qui monte, qui monte et couvre ses hanches rondes, enfermant sur son jeune ventre pâle un peu de l’odeur mâle et troublante infiniment de Lucet... Les jambes percent la trousse bleue brodée d’argent qui ceint de velours sa taille flexible ; et ses cuisses issent de l’azur sombre, ainsi que deux pâles boutons de lis... Et tout Lucet s’éveille en elle et incruste des arômes en sa chair qui, par sa bouche, râle imperceptiblement. ”
“ Pas une fois, pas un instant dans la clarté de la chambre aux persiennes closes où se déshabille Lucet, elle n’eut la moindre impression de la beauté parfaite de ce jeune corps, de la finesse exquise de ces membres dont aucun ne reste insensible à ses manœuvres ; elle ignore la pureté admirable des traits adolescents, le râle de la bouche fraîche comme une fleur et savoureuse comme un beau fruit, la tiédeur blanche des mains qui finissent par rechercher sa chair veule et labourent sa peau à chaque caresse nouvelle. ”
“ Sort Lucet... c’est son Lucet aussi à lui ; le Lucet des images où les saints et les saintes ont de belles robes étoilées et pailletées d’or, les belles images que cueillaient les pâles mains fines de Luc, pâles dans les larges manches de la soutanelle rouge recouverte de guipure !... Le vieux prêtre pleure comme un enfant. Les vieillards ont de ces larmes pitoyables et désolées !... Son Luc empoisonné ! est-ce possible, oh ! mon Dieu ! est-ce possible ? Il monte vite, vite avenue de Villiers, à pied... Il est las, mais ses vieilles jambes retrouvent leur élasticité. ”
“ Un jour que Luc était venu s’entretenir de coulisses, de littérature et d’art, comme il avait coutume de le faire, dans l’atelier de Julien, avenue de Villiers, celui-ci qui depuis longtemps, par curiosité d’artiste, rêvait d’un Lucet sans voiles, dans la nudité que ses yeux épris des belles formes devinaient souverainement parfaite et rayonnante — l’invita, avec une discrétion dont la déférente insistance et la noblesse du mobile firent fléchir la résistance de Lucet, à se déshabiller pour lui poser un Daphnis. ”
“ Et quand, le matin, des lignes violacées cernent les yeux de son petit modèle, Julien interroge ses regards et redoute la science de cette femme... XII Il redoute la science de cette femme !... Mais quoi ! Lucet est un homme presque. Oh I pas encore, dieux non ! presque seulement. Entre un homme et lui s’ouvre l’abîme qui sépare la grâce en fleur de l’éphèbe à la neuve virilité et la force mûre brutalement satisfaite de l’homme. — Et cette grâce inquiète s’exalte aux beaux yeux de Lucet ; leur douceur limpide donne à sa mâle aisance un inexprimable charme ”
“ Lucet courut vite, en traversant le parc Monceau, à l’avenue de Villiers. Il parut rayonnant chez Julien, et Julien dévorait ce jeune visage animé par la prolixité des douces paroles d’une vie prodigieusement exubérante et jolie. Julien le laissait parler. Chaque mot embellissait leurs yeux et les illuminait de triomphe... C’était, cela, la réalisation de vœux longtemps caressés ; comme une apothéose où s’arrêtait la magnificence de leurs élans vers la beauté. C’était pour Lucet la prochaine renommée. ”
“ Julien surpris par l’irruption de cette lumière inattendue, pousse un cri d’étonnement et d’admiration !!... Il semble s’éveiller d’un rêve désolant et qu’une apparition merveilleuse vient magnifier en les dispersant, les fantômes atroces du délire... Lucet veut parer la probabilité d’un coup ; et le geste de son bras nu est d’une telle harmonie, la masse ombreuse de ses yeux phosphorescents est d’une telle splendeur sous la pure lumière du front, que l’amant se replie devant l’artiste et l’ami... ”
“ D’autres lycéens marchaient aux côtés de Lucet ; comme Lucet était très beau l’un d’eux le fit remarquer à ses deux compagnons ; tous trois le regardèrent et se parlèrent plus bas. Et Lucet devina que sa présence les préoccupait. Devant l’horrible statue de Shakespeare ils se séparèrent ; un seul remonta l’avenue de Messine. Il avait la grâce souple et onduleuse que disperse la jeunesse en toutes choses, jeunesse des plantes, des fleurs et des petits animaux joueurs, jeunesse du jour à peine vêtu des mousselines légères de l’aurore. ”
“ Elle ne comprend guère le théâtre, cette maman attentive et chérie, mais elle comprend divinement l’amour de son Lucet. Elle subit sa tyrannie avec une douceur tremblante et toute prête à plier davantage encore s’il l’exige. Il est tellement joli ! Elle est femme aussi, elle ; elle s’en aperçoit bien qu’il est joli. Dame ! Elle voit que depuis peu Lucet s’énerve ; elle craint l’étroitesse de leur existence trop en désaccord avec la vie opulente de toutes ces personnes dont Luc est obligé de faire sa société... ”
“ Il est le seul objet où se peut fixer sa pensée. Il est le seul ami qui retienne les pensées de Nine. Musique, promenades, fêtes et chiffons, choses inutiles auprès de cette obsession douce ; Lucet ! Qu’à l’improviste il arrive, tiède encore du feu des répétitions, Nine abandonne sa pose. Julien gronde en vain, trop heureux que son ami trouve chez lui, une diversion aux horreurs des coulisses. Lucet doit tout raconter, tout ! ”
“ Luc trouvait d’ailleurs trop d’agrément à se laisser voir ainsi, puisque son ami, en peintre, ne cachait pas l’enthousiasme subi devant la révélation de sa nudité. La pâleur ambrée de son corps ne le disputait qu’au bleu des veines fondues sur les reliefs des membres ; et ces membres étaient faits de lignes caressantes et onduleuses dont même se charmaient les regards complexes de Lucet, quand la haute psyché de l’atelier lui en répétait l’impeccable dessin. ”
“ Elles détestent Lucet, le frais et neuf Lucet. Luc ne les déteste pas, il ressent pour leurs peaux faisandées un magnifique dégoût. Ces femelles en rut, cent fois, lui ont offert l’insatiable et suspecte ventouse de leur ventre lippu, et les dédains de ce beau garçon de dix-sept ans exaspèrent leurs haines ; son éclat nouveau et puéril fait du tort à leurs grâces éreintées. Il est tour à tour l’amant aux gages de Déah Swindor ou l’ami canaille de Julien Bréard. Elles mentent, ces femelles en rupture de lavoir ”
“ Et tout, tout le corps qu’il connaît si bien et qui s’exprima cette nuit même dans l’audacieuse nudité qui désarma sa colère et déchira son cœur d’un impossible amour, tout ce corps se devine dans l’équilibre de la marche, et chaque mouvement exquis de cette nudité virile qui crie la continuité magnifique de l’œuvre charnelle, a pâli le jeune visage adolescent de Lucet, troublé la tranquillité de ses yeux clairs, excité la sensualité de cette bouche splendide, et fécondé de son mâle épuisement le ventre charmé de Nine... ”
“ Deux... deux... seuls... heureux... Julien... merci... bébé... fini... perdu !!! Julien essaie vainement de parler à Lucet ; aucune réponse ne lui vient plus du petit comédien... Le docteur fait signe que le dénouement s’approche... Le prêtre bénit l’enfant, de la fenêtre où il se tient, paternel et noyé dans ses larmes. Et Julien est accablé de douleurs, à genoux, écrasé, contre son Lucet... ah ! son Lucet !!! Il veut pour que son petit ami soit bien certain du pardon, lui rappeler d’un mot l’affection, l’amour, la joie, tout, tout ce qui fut le charme et l’angoisse de sa vie ”
“ La force s’exprime en la violence qu’elle sent aux bras nerveux ; la douceur, en les recherches onduleuses des jambes ; l’élégance, en les yeux proches dont les longs cils battent ses yeux pervers, en les lèvres mutines qui mangent ses lèvres complaisantes... Et la gamine mignonne, et savante depuis peu, parcourt de ses menottes impertinentes et joyeuses de connaître, le corps frissonnant de Lucet. Et l’adolescent rit dans la nuit aux fantaisies chuchotantes de Nine... ”
“ Julien se souvient de Luc en extase devant le portrait de Nine. Il ne se veut pas étonner de l’abandon charmant du jeune amoureux, mais l’homme primitif en lui reparaît qui entend défendre son bien et couve des jalousies, des rancunes, des haines, des vengeances contre celui assez hardi pour essayer de le lui ravir, celui-ci fût-il Lucet ! ”
“ L’angoisse, terrible, cette fois, après la joie, s’exalte jusqu’à la torture physique. Lucet lui ta dit des mots brefs, tout bas, avant de partir, en lui accordant, une fois encore, à la dérobée, ses lèvres qu’il voulait presque refuser. Il n’en a pas eu le courage. Elle est sa maîtresse ; à sa vue, sa chair s’abandonne à Nine... ”
“ Lucet, avec la musique câline et fraîche de sa voix, le velouté rose et mouillé de ses lèvres !... Et l’image se précise. Toute la pensée de Nine s’égare parmi les méandres souples de ce corps de jeune homme dont la nudité s’impose à son esprit en un détail minutieux... S’il pouvait seulement permettre que sur son cou joli, joli quand, en se penchant, il découvre la nuque aux belles lignes simples, lisses, comme d’un Antinoüs adolescent... s’il pouvait seulement permettre un baiser là, à un certain endroit que Nine vient de choisir soudain... ”
“ En peu de jours son père se remarie, la solitude aussi peut-être l’écrasait. Lucet quitte la maison de Nanterre et s’installe en garçon élégant et aisé rue La Boétie, proche Saint-Augustin. Un petit valet de chambre tient propre excellemment, avec une vieille femme de charge, sa garçonnière qu’embellissent des meubles jolis, des bibelots, des tapis, des livres, des bronzes d’un goût affiné, le goût que lui a donné Julien !... Mais au milieu de ces délicatesses en si parfait accord avec ses besoins innés de bien-être, Luc ne se console pas. ”
“ Lucet va connaître la curiosité de ceux qu’émeut un brin de beauté et qui ne peuvent se tenir de crier la joie vivifiée dans leur âme par un peu de cette beauté dont elle est avide et qu’essaie de lui offrir le peintre, l’écrivain, le parfait comédien... ”
“ Est-ce que Julien attendait que Luc allât vers Nine, ou cette chose amusante d’énormité : que Nine allât vers Lucet ?... Non, vraiment !... Julien se maudit pour imaginer de telles aventures, comme dans les romans... Il se répète : comme dans les romans !... La réalité paisible surmonte en lui le rêve douloureux et coupable ; il n’a qu’à regarder et sentir la tranquillité rassurante du parc... Ses lèvres balbutient l’hymne de respect qui de son cœur s’élève et confond les deux chères figures, l’ami et l’amante, dans la même affection sans égale... ”
“ Julien voit dormir son ami — son ami ! — tandis qu’une brise se lève dans laquelle s’émeuvent et bruissent les feuillages roux... Lucet dort... Et la paix délicieuse de ces deux mots calme l’effervescence douloureuse de ses pensées : Lucet dort... Julien passe le temple et franchit une pelouse où ses pas s’amortissent. Un rideau de mélèzes dissimule le château.,. Il va, rasséréné, puisque Lucet dort... Soudain un horrible frisson fait vibrer comme un glas dans sa chair... Il s’arrête... On a fait du bruit dans la direction du tempietto... du bruit... c’est-à-dire : on a marché... Il écoute... ”
“ L’amitié étrange qui brûle dans ses veines, tout à coup, vient de lui insuffler l’envie... l’envie ?... pis que cela... la jalousie ! la jalousie dont il a peur ! Nine et Lucet font peur au désinvolte Figaro... Et Figaro va veiller... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Luc ne dort pas. Il songe... Nine a dit : — Non... ce soir, Lucet... ce soir !... Est-ce le consentement retardé, en effet ; ou n’estce pas plutôt le refus irrémédiable ? S’est-elle tout à coup souvenue de Julien... Julien ! — Oh ! comme Lucet désire dans sa jeune chair ignorante et curieuse le baiser promis « ce soir ». ”
Pierre-Jean-Baptiste Nougaret,
Lucette, ou les Progrès du libertinage
“ Il vouloit, sans doute, exhorter Lucette à persister toujours dans la sagesse : mais le diable qui ne dort jamais, résolut de tenter le bon-homme ; il l’échauffa si rudement, qu’à peine pouvoit-il se modérer. « Oh ! çà, petite, continua le papelard, je vous... adore. Voyez ce que c’est d’être sage ! Tout s’embellit. Quels yeux ! quelle bouche ! Vous avez des couleurs admirables. Vos bras sont à manger... Ah !... que la vertu est une bonne chose » ! Lucette immobile écoutoit le Pasteur avec respect. ”
Pierre-Jean-Baptiste Nougaret,
Lucette, ou les Progrès du libertinage
“ Lucette fut inconsolable une semaine entiere ; elle perdoit tout d’un coup sa grandeur, ses revenus. Le Lecteur pense peut-être qu’il lui reste encore assez pour paroître plusieurs années avec éclat ; dût-il ne pas me croire, je vais lui découvrir la vérité. Notre héroïne n’avoit guères songé au lendemain ; elle prodiguoit d’une main ce qu’elle recevoit de l’autre ; rien n’étoit trop cher pour elle. ”
Pierre-Jean-Baptiste Nougaret,
Lucette, ou les Progrès du libertinage
“ Lucette sçavoit trop bien son métier pour n’être pas flatteuse ; elle se récrioit toujours sur ce qu’on offroit à ses regards ; elle feignoit de n’avoir jamais rencontré un mortel si heureux. Il n’étoit mérite si mince qu’elle n’élevât jusqu’au ciel. ”
Pierre-Jean-Baptiste Nougaret,
Lucette, ou les Progrès du libertinage
“ Lucette, à peine arrivée à Paris, courut dans l’endroit où logeoit Monsieur Lucas ; mais il n’y demeuroit plus depuis long-tems. Sa douleur fut extrême. Elle fit tout son possible pour le déterrer ; ses recherches furent inutiles. Que le Lecteur se peigne, s’il lui plaît, le chagrin, le désespoir dont notre héroïne fut saisie. Elle perdoit un amant qu’elle adoroit, sans lequel elle ne pouvoit vivre ; un amant que son cœur idolâtroit dès l’enfance : elle pleura, gémit, souhaita vingt fois la mort. ”
Léon Frapié,
Marcelin Gayard
(1908)
“ Ce fut celle-là qu'aima Lucette. Elle adopta une place, sur le banc, auprès de la noiraude : la joliesse blonde, ouverte, ensoleillée, auprès de la laideur ténébreuse et lamentable. Comme son amie ne savait rien articuler, Lucette lui donnait une représentation: elle jasait toute seule, intarissablement, comme un ruisseau gazouille, sans arrêt. ”
Pierre-Jean-Baptiste Nougaret,
Lucette, ou les Progrès du libertinage
“ Il jetta par hazard les yeux sur Lucette. Afin de s’assurer mieux si ce n’étoit point une illusion, il s’avance hors de la portière ; sûr-de son fait, il pousse un grand cri, & s’écrie, en se frappant les mains : « Quoi, c’est toi, Mademoiselle te voila dans un plaisant équipage. Dis moi donc quel est ton métier ? tu n’est plus si jolie qu’autrefois. Au diable, si j’avois envie de te faire rouler carosse. Quelqu’un t’entretient-il encore ? C’est apparemment un homme lugubre, j’en juge au moins par les habits que tu portes ». ”
Pierre-Jean-Baptiste Nougaret,
Lucette, ou les Progrès du libertinage
“ Lucette leur fit le plaisir d’être cruelle, inexorable. Ils ne s’attendoient guères qu’ils dussent la remercier de son indifférence, de sa sévérité. Chacun s’écrioit à sa vue : qu’elle est aimable ! qu’elle est sage ! Qu’il sera fortuné celui qui pourra parvenir à la posséder ! Voilà comme l’on se trompe tous les jours. Telle dont l’on brigue les faveurs ne se porte guères mieux, est aussi à craindre que notre héroïne. ”
Pierre-Jean-Baptiste Nougaret,
Lucette, ou les Progrès du libertinage
“ Son cœur qui palpita, lui fit lever les yeux ; elle pensa s’évanouir en reconnoissant l’objet de ses soupirs, celui à qui elle devoit la première leçon d’amour. Ils s’écartèrent insensiblement des allées fréquentées ; que de choses n’avoient-ils pas à se dire ! Lucas s’écria cent fois qu’il étoit le plus heureux des hommes, puisqu’il avoit retrouvé la Beauté qu’il aimeroit toute sa vie, Lucette l’assura qu’elle ne l’avoit pas oublié un seul instant. ”
