“ Je ne peux pas... je ne peux pas te quitter... je t’aime ! Puis, son étreinte se desserra, sa tête retomba en arrière, et Paul Mirot vit passer dans ses yeux grands ouverts, toute son âme qu’elle lui donnait. C’était la fin. Son œil se voila, ses membres se raidirent, un dernier soubresaut l’agita, telle la perdrix que Mirot avait tuée un soir d’automne, expirant, à la lisière du bois, dans le chaume que dorait le crépuscule. Cette pensée, plus amère que la mort, lui vint à cette minute terrifiante, que c’était encore lui le meurtrier. ”
Arsène Bessette
Élements biographiques
Arsène Bessette (1873-1921), journaliste et écrivain québécois, incarne la voix d’une génération engagée dans la lutte pour l’émancipation intellectuelle et sociale. Son unique roman, Le Débutant, publié en 1914, combine autobiographie et satire des mœurs politiques de l’époque, dénonçant le fanatisme religieux et les préjugés.
Auteur radicalement libéral et franc-maçon, Bessette allie critique sociale, réflexion sur l’individualisme et un romantisme désenchanté, dans un style à la fois ironique et poétique. Son œuvre, mal reçue à l’époque, révèle une conscience précoce des enjeux identitaires et démocratiques du Québec.
Citations de Arsène Bessette
“ La nuit venait quand il rentra à la maison et la tante Zoé se lamenta comme une femme en couches en apprenant, que le petit était introuvable. Las d’errer au hasard, arrivé sur le bord d’un ravin profond, une coulée, comme on disait à Mamelmont, l’enfant fugitif s’était glissé sous un buisson formé de cerisiers enchevêtrés de vignes sauvages, et jugeant, la retraite sûre, il s’y était endormi profondément. Quand il s’éveilla, il faisait nuit. Torturé par la faim et frissonnant de frayeur, il n’eut plus qu’une pensée : retourner bien vite à la maison. ”
“ Et pendant que l’oncle Batèche dormait dans un coin, affaissé par l’âge et les travaux de la journée, le jeune homme donnait libre cours à son imagination ardente, qui lui ouvrait différentes carrières où le succès, la gloire, les honneurs et l’amour l’attendaient pour le combler de joies rares et de félicités inexprimables. Il était aimé à la folie de la plus belle des princesses des contes de fées ; il devenait, tour à tour, un général intrépide, chéri de la Victoire ; un tribun irrésistible qui entraînait les foules ; un grand artiste modelant le sein ou arrondissant le ventre d’une Vérité ”
