“ Je ne peux pas... je ne peux pas te quitter... je t’aime ! Puis, son étreinte se desserra, sa tête retomba en arrière, et Paul Mirot vit passer dans ses yeux grands ouverts, toute son âme qu’elle lui donnait. C’était la fin. Son œil se voila, ses membres se raidirent, un dernier soubresaut l’agita, telle la perdrix que Mirot avait tuée un soir d’automne, expirant, à la lisière du bois, dans le chaume que dorait le crépuscule. Cette pensée, plus amère que la mort, lui vint à cette minute terrifiante, que c’était encore lui le meurtrier. ”
Paul Mirot
Définition et enjeux
Le thème de “Paul Mirot” a été abordé par des auteurs tels que Arsène Bessette. Il est souvent associé à des termes comme Mithra, Miraut, la journaliste, Jacqueline ou le roman.
Citations sur “Paul Mirot”
“ Au Populiste, Paul Mirot commençait à se sentir plus à l'aise. Il se familiarisait peu à peu avec le métier et s'en tirait maintenant assez bien. Il avait conquis tous ses camarades par ses manières engageantes, son obligeance et sa franchise, à l'exception de Pierre Ledoux, dit La Pucelle, dont il avait plus d'une fois offensé la pudeur par ses honnêtes et immodestes propos. ”
“ Ce furent une tristesse et un regret de plus pour Paul Mirot, que de savoir celle qui lui avait inspiré un bien tendre sentiment, à laquelle il eut déclaré son amour le soir du bal du Windsor, s’il avait été libre, enchaînée pour la vie à ce visqueux personnage. Et c’est ce qui le décida, définitivement, à s’en aller au plus tôt refaire sa vie sur une terre étrangère. Une fois la chose résolue, il régla immédiatement ses affaires. ”
“ Paul Mirot l’interrompit pour lui poser une de ces questions inutiles mais qui témoignent d’un intérêt profond : — Ainsi, le journalisme te plaît beaucoup ? — Oh ! énormément, — Tu écris des articles ? — Pas encore. Je me forme, j’apprends le métier en rédigeant des faits-divers. Mais ça viendra... Et toi, que comptes-tu faire ? — Je ne sais pas. Un jour je pense à une chose, le lendemain à une autre. Je suis un peu comme la fille du voisin qui a deux amoureux : elle ne se marie pas parce qu’elle ne sait lequel prendre. ”
“ Paul Mirot l’aperçut, aussitôt, et s’empressa d’aller le surprendre à son travail. Il reçut de Vaillant l’accueil le plus chaleureux : — Comment, c’est toi !... Te voilà enfin !... Ça c’est une bonne idée... Tu vas voir comme tout ira bien. Seulement, je ne te souhaite pas le voyage à Sainte-Marie Immaculée. Quel pays, mon cher ! Rien à manger, rien à boire, mais des puces et des indulgences tant qu’on en veut. Les hommes sont ignorants et sales, les femmes tristes et farouches, et des enfants à la douzaine, tout barbouillés, en guenilles, se culbutant, au milieu des volailles et des cochons. ”
“ Et ce fut pendant neuf longs jours la lutte terrible, angoissante contre la mort qui menaçait cette vie si chère, se poursuivant avec des alternatives d’espoir et de découragement. Paul Mirot mangeait à peine, sommeillait quelques heures chaque nuit, dans un fauteuil, près du lit de la malade qu’il refusait de quitter, même un instant. Parfois il sentait une torpeur l’envahir, ses oreilles tinter le signal de l’épuisement, mais, quand même, il s’obstinait à demeurer à son poste. Jacques Vaillant et Flora passaient aussi des heures auprès de Simone. ”
“ Paul Mirot qui lui sauta à la gorge en lui criant, la voix tremblante de colère : C’est toi, ivrogne, vil souteneur, qui a fait cela !... Et à plusieurs reprises il le souffleta en pleine figure. Le reporter du Populiste se débattit, essaya d’appeler au secours, mais son adversaire le saisit à bras-le-corps et l’envoya rouler dans la poussière. ”
“ En descendant du train, à la petite gare de campagne de sa paroisse natale, Paul Mirot respira avec joie l’air embaumé des prairies couvertes de trèfle. Il revit avec plaisir le père Gustin, qui s’offrit à les conduire, lui et sa compagne, chez l’oncle Batèche. Le vieux cocher avait toujours la Grise, la meilleure jument du comté. Chemin faisant, il leur raconta que Pierre Bluteau avait voulu lui donner son Black et deux cents piastres en échange de la Grise, offre qu’il refusa avec indignation. ”
“ Jusqu’au lundi, Paul Mirot rêva de cette femme qu’on lui avait faite si séduisante, de cette femme qu’il verrait enfin à figure découverte et à qui il dirait au moins : Bonsoir, madame. Il n’était pas bien exigeant, pourvu qu’elle ait la gentillesse de deviner son émotion, rien qu’à la façon dont il prononcerait ces mots, il serait heureux. Mais, si elle était malade ce soir-là ? Elle ne viendrait certainement pas au théâtre. Cela arrive aux plus jolies femmes d’être malades. ”
“ Puis, ils attaquèrent la grosse question de l’avenir, que l’on résout toujours à son avantage quand on a vingt ans. Jacques Vaillant apprit à Paul Mirot qu’il fondait de grandes espérances sur ses succès futurs dans le journalisme. Son père désirait lui faire étudier le droit, mais des avocats il y en avait déjà trop, il en connaissait qui crevaient de faim ; tandis que des journalistes sérieux, savants, aussi sincères dans l’expression de leurs opinions que redoutables par la puissance de leur plume, on n’en découvrait pas encore au Canada. ”
“ Jacques Vaillant, après avoir passé en revue tous ses camarades du Populiste, eut une pensée d’indulgente philosophie, qu’il exprima en ces termes : — Que veux-tu, mon pauvre vieux, il paraît qu’il faut toutes sortes d’individus pour faire un monde, et dans tous les milieux on rencontre des types dégoûtants et des braves cœurs. Son ami parti, seul dans sa chambre, envahie peu à peu par l’ombre qui descendait sur la ville, sa chambre sans luxe, au tapis usé, aux fauteuils éreintés, Paul Mirot sentit une immense tristesse lui étreindre le cœur et le cerveau. ”
“ Ces femmes de la ville, assurément, ne ressemblaient pas à celles de Mamelmont: elle paraissaient aimables et hospitalières. Mais, Paul Mirot évita de répondre à cette trop chaleureuse invitation et pressa le pas. Il se rappela avoir entendu parler de vilaines créatures, perfides et malsaines qui perdent les hommes et surtout les jeunes gens. A quels signes pouvait-on les reconnaître, celles-là? Voilà ce qu'on avait négligé de lui apprendre au collège de Saint-Innocent. ”
“ Quant à Marcel Lebon, il promit de faire ce qu’il pourrait, on verrait cela dans le temps. Dans un mois, peut-être plus tôt, peut-être plus tard, on devait augmenter le personnel de la rédaction du Populiste. Le financier Boissec félicita Paul Mirot de sa bonne résolution et, rempli d’un bel enthousiasme, du reste sans danger, il prit le ciel à témoin qu’il donnerait toute sa fortune pour avoir vingt ans et manger de la misère en se faisant journaliste. Il se sentait de taille à bouleverser le monde par l’éclat de son génie. ”
“ D’une ruelle sombre un homme à moitié ivre, ayant une femme à chaque bras, apparut en pleine lumière, en face des deux amis. Le trio les croisa et Paul Mirot crut reconnaître l’une des femmes, une grande brune déhanchée. C’était, assurément, la même qu’il avait rencontrée rue Saint-Laurent, le jour de son arrivée. Jacques Vaillant, remarqua la persistance avec laquelle il suivait cette femme du regard, et lui demanda : — Est-ce que, par hasard, tu connaîtrais cette seineuse ? ”
“ On se sépara les meilleurs amis du monde. Le lendemain, Paul Mirot, qui avait élu domicile dans une maison meublée de la rue Dorchester, commençait son apprentissage de journaliste avec un salaire des plus modestes. Quand il arriva au Populiste, son ami Jacques, revenu le matin même de Sainte-Marie Immaculée, penché sur son pupitre, dans un coin, au fond de la salle de rédaction, se hâtait de terminer son compte-rendu de la bénédiction d’une chapelle, qui avait eu lieu la veille dans un village de colons du Nord. ”
“ Jacques Vaillant, qui respectait son silence depuis un quart d’heure, ce qu’il jugea suffisamment respectueux, crut devoir ramener cet esprit vagabond à la réalité de l’heure présente. L’occasion, du reste, était propice : deux petites filles en robes courtes, aux jambes énormes, qui venaient en sens inverse, souriaient aux deux amis, de façon très significative. Il poussa Paul Mirot du coude : — Regarde donc un peu ces petites effrontées qui ont mis au moins dix livres de coton dans leurs bas. Oh ! avec de pareilles jambes, elles vont matcher quelques bons types. ”
“ Lorsqu’il eut rejoint son compagnon, dans la rue, pendant que Lafarce buvait les dix sous qu’il lui avait donnés, Paul Mirot s’écria, indigné : — Est-il possible qu’un individu dont on utilise les services dans un journal comme l’Éteignoir, soif aussi dégoûtant ? Jacques Vaillant éclata de rire : — Je parie qu’il veut te faire connaître, cette fois au sens biblique, la plantureuse May, la grande fille brune dont tu te souviens... rue Sainte-Catherine ? C’est cette hospitalière personne qui le recueille, aux jours de misère, en échange de petits services dont tu connais maintenant la nature. ”
“ Il vient de ce côté... Oh ! mais il n’est pas seul. Il est avec la nièce de cet homme qui mange beaucoup. Paul Mirot, un peu pâle, voulut dire un mot à ses amis, en passant, mais Germaine, qui l’avait complètement accaparé, l’entraîna vers le buffet où ils se trouvèrent face à face avec Blaise Pistache. Le secrétaire de la rédaction au Populiste, fit un assez bon accueil au jeune homme, pour ne pas froisser sa nièce. ”
“ Paul Mirot, le dernier venu, fit mine de passer tout droit, hésita un instant en apercevant l'institutrice dans la porte de l'école, qui le regardait. Comme si elle eut deviné la cause de son hésitation, mademoiselle Jobin rentra et l'enfant, soudain résolu, alla rejoindre ses camarades. Parce que l'oncle Batèche lui avait donné le poulain de la jument breune et la tante Zoé promis de l'emmener en bateau à Sainte-Anne de Beaupré, il avait consenti à lire l'adresse au curé et aux commissaires d'écoles, adresse qu'il savait comme sa prière ”
“ Ces bancs étaient réservés aux femmes et aux enfants. Le président de la fête, que était le notaire du village, devenu un homme sérieux et considérable, depuis l'époque où il s'amusait à taquiner les institutrices, lut d'abord une lettre d'excuse de l'honorable Vaillant, puis présenta l'enfant de la paroisse au public. Paul Mirot s'avançant pour prendre la parole aperçut assise sur le premier banc, à côté de la tante Zoé, Simone qui le fixait de ses grands yeux. A partir de ce moment il ne vit plus qu'elle et c'est pour elle qu'il fut éloquent. ”
“ Les autres, tels que le notaire Pardevant, député, et tous les réactionnaires, y compris ces braves jeunes gens de la société des Paladins, furent convaincus que Mirot était possédé du diable, et ne le croisèrent dans la rue qu'en se signant.Tout ce bruit fait autour du nouveau roman et de son auteur, eut l'effet contraire de ce qu'on espérait. Tous les hommes libres et instruits achetèrent le livre. Beaucoup de femmes, même, auraient fait des folies pour se le procurer. ”
“ Il m’a parlé aussi de ce livre, de ce roman que j’ai inspiré à votre imagination corrompue, de ce mauvais livre dont je porte ma part de responsabilité devant Dieu, pour tout le mal qu’il a déjà fait et qu’il fera. Elle se leva brusquement, se dirigea vers une petite bibliothèque contenant de nombreux volumes qu’ils avaient lus ensemble, et prenant le livre de Mirot, sur le rayon où elle l’avait placé, elle le déchira devant lui, en s’écriant : — Tu crois avoir du talent, tu n’as que le génie du mal. ”
“ Ce qu’il vit, il ne le dit jamais. On entendit un cri étouffé dans la gorge, et il s’affaissa inanimé. On le releva, on le porta à son pupitre et il ouvrit les yeux, étonné de se voir entouré de ses petits camarades. L’institutrice, revenue dans la classe, une demi heure plus tard, quelque peu décoiffée et les joues en feu, ne vit rien, ne comprit rien quand on lui apprit que le petit Mirot avait eu une faiblesse, et sans interroger l’enfant, se contenta de le faire conduire chez l’oncle Batèche. ”
“ Trois semaines après la vente de sa ferme de Mamelmont, ayant réalisé en espèces tout ce qu’il possédait, Mirot retourna à Montréal où il devait demeurer deux ou trois jours avant son départ pour les États-Unis. Il n’y avait que quelques personnes auxquelles il tenait à aller faire ses adieux : Marcel Lebon, le peintre Lajoie, le docteur Dubreuil, le sénateur Boissec et le député Charbonneau. Quant à mademoiselle Louise Franjeu, elle ne pourrait lui demander de la rappeler au souvenir de son ancienne élève de McGill, car elle venait de partir pour la France. ”
“ La plantureuse fille du brave capitaine Marshall, que le roman de Mirot intéressait beaucoup, n’était pas de tempérament à conseiller la reculade. Elle n’avait pas eu peur du nègre qui voulait entraîner son amie, un nègre bien plus dangereux que la panthère de Sainte-Perpétue, pourquoi Mirot, un homme courageux, craindrait-il les petits indians qui essaieraient de le scalper ? L’ancienne collaboratrice du Flambeau, mademoiselle Franjeu, se rangea du côté des pessimistes. Elle prévoyait pour son jeune ami ce qu’avait prévu Jacques Vaillant. ”
Anatole France,
Pierre Nozière
(1899)
“ Miraut est beaucoup plus grand et plus fort que Jacqueline. En posant ses pattes de devant sur les épaules de l’enfant, il la domine de la tête et du poitrail. Il pourrait l’avaler en trois bouchées ; mais il sait, il sent qu’une force est en elle et que, pour petite qu’elle est, elle est précieuse. Il l’admire à sa manière. Il la trouve mignonne. Il admire comme elle sait jouer et parler. Il l’aime, il la lèche par sympathie. Jacqueline, de son côté, trouve Miraut admirable. Elle voit qu’il est fort, et elle admire la force. ”
Eugène Rolland, Le Livre des mères. Les Enfantines du "bon pays de France"… (1878)
“ Mironton, mironton, mirontaine ; A l'entour de sa tombe, Romarins l'on planta. Sur la plus haute branche, Mironton, mironton, mirontaine ; Sur la plus haute branche, Le rossignol chanta. On vit voler son âme, Mironton, mironton, mirontaine, On vit voler son âme, Au travers des lauriers. Chacun mit ventre à terre, Mironton, mironton, mirontaine ; Chacun mit ventre à terre, Et puis se releva, Pour chanter les victoires, Mironton, mironton, mirontaine ; Pour chanter les victoires, Que Malbrough remporta. ”
Anatole France,
Pierre Nozière
“ Assurément, il a de l'intelligence, mais pour toutes sortes de raisons, cette intelligence est obscure. Miraut a toutes les nuits des rêves: il voit en dormant des chiens comme lui, des petites filles comme Jacqueline, des mendiants. Il voit des choses joyeuses et des choses tristes. ”
Juliette Adam,
Récits du golfe Juan. Patrie. La Pêche au feu…
(1875)
“ Mithra est le bien vivant, ajouta la nourrice. Il a la main pesante qui écrase les Devs de la mort. Sa puissance et sa richesse sont telles, que toute la puissance et toute la richesse des hommes ne rempliraient pas le creux de sa main. ”
Louis-Nicolas Bescherelle, La mythologie de tous les temps… (1854)
“ On doit l'invoquer trois fois par jour, à l'aurore, à midi et au coucher du soleil : on l'a même presque toujours confondu avec cet astre, comme le prouvent plusieurs inscriptions. Milhra cependant est plus que le soleil; il est l'âme même, l'âme bienfaisante du soleil, car Mihr, autre génie persan, type de Mithra par le nom et par les attributions, signifie feu et amour. On a voulu l'identiner avec Mithra, un des dieux-soleils de l'Inde. L'homonymie ne permet pas de repousser le parallèle. ”
Merville, Paul Briolat, par M. Merville (1831)
“ LES progrès de Paul furent rapides : toutes ses affections y contribuaient. Si d'un côté l'exemple et les encouragemens de sa noble bienfaitrice enflammaient en lui l'ardeur de savoir, de l'autre, l'amitié l'aidait souvent à triompher des obstacles qui auraient pu la refroidir. Marat n'avait pas de plus grand plaisir que de lui servir de répétiteur, et de lui communiquer ses lumières. Maintefois Briolat fut émerveillé de la profondeur de ses connaissances et de l'esprit de découvertes et d'innovation qui était en ce jeune homme. ”
