“ Je ne peux pas... je ne peux pas te quitter... je t’aime ! Puis, son étreinte se desserra, sa tête retomba en arrière, et Paul Mirot vit passer dans ses yeux grands ouverts, toute son âme qu’elle lui donnait. C’était la fin. Son œil se voila, ses membres se raidirent, un dernier soubresaut l’agita, telle la perdrix que Mirot avait tuée un soir d’automne, expirant, à la lisière du bois, dans le chaume que dorait le crépuscule. Cette pensée, plus amère que la mort, lui vint à cette minute terrifiante, que c’était encore lui le meurtrier. ”
Arsène Bessette
Résumé
Arsène Bessette, dans Le débutant, examine les tensions entre idéalisme et réalité à travers le parcours de Paul Mirot, un jeune homme idéaliste confronté aux difficultés de la vie provinciale québécoise. Les thèmes de l’amour, de l’ambition politique (avec le député Vaillant) et des relations familiales (tante Zoé, oncle Batèche) animent cette œuvre, qui mêle réflexions sociales et émotions personnelles.
Les citations mettent en évidence une prose poétique et introspective, marquée par des contrastes entre rêve et déception. L’œuvre, publiée dans un contexte de mutations sociales, s’inscrit dans une tradition littéraire québécoise engagée.
Citations de Le débutant (Arsène Bessette)
“ La nuit venait quand il rentra à la maison et la tante Zoé se lamenta comme une femme en couches en apprenant, que le petit était introuvable. Las d’errer au hasard, arrivé sur le bord d’un ravin profond, une coulée, comme on disait à Mamelmont, l’enfant fugitif s’était glissé sous un buisson formé de cerisiers enchevêtrés de vignes sauvages, et jugeant, la retraite sûre, il s’y était endormi profondément. Quand il s’éveilla, il faisait nuit. Torturé par la faim et frissonnant de frayeur, il n’eut plus qu’une pensée : retourner bien vite à la maison. ”
“ Et pendant que l’oncle Batèche dormait dans un coin, affaissé par l’âge et les travaux de la journée, le jeune homme donnait libre cours à son imagination ardente, qui lui ouvrait différentes carrières où le succès, la gloire, les honneurs et l’amour l’attendaient pour le combler de joies rares et de félicités inexprimables. Il était aimé à la folie de la plus belle des princesses des contes de fées ; il devenait, tour à tour, un général intrépide, chéri de la Victoire ; un tribun irrésistible qui entraînait les foules ; un grand artiste modelant le sein ou arrondissant le ventre d’une Vérité ”
