Paulin Étienne d’Anglas de Praviel

Élements biographiques

Paulin Étienne d’Anglas de Praviel Scènes d’un naufrage ou La Méduse

Avant de prendre ce parti décisif, j’avais fait mes adieux au brave Espiaux, je lui avais recommandé, s’il échappait à la mort, de prévenir ma famille qu’il m’avait débarqué dans le désert de Zahara ; il me le promit, les yeux baignés de larmes.
Espiaux et moi nous avons survécu à cette scène déchirante ; nous avons revu nos parents, nos amis, notre patrie ; l’homme n’est donc pas né pour le malheur.
Le lieutenant Espiaux remit à la voile, et reprit, avec trente-deux personnes, la route du Sénégal, il nous laissa à regret dans le grand désert de Barbarie, près du Cap-Mérick.
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Paulin Étienne d’Anglas de Praviel Relation nouvelle et impartiale du naufrage de la frégate La Méduseet des événemens qui ont eu lieu…

Dans leurs fureurs Savigny et Corréard s’écrient : quel était donc notre crime aux yeux de Mlle Schemaltz ? Leurs crimes ! ils ne doivent en chercher d’autres que l’horreur que devait inspirer à des êtres sensibles la vue des hommes qui, pour se sauver, s’étaient entr’égorgés et nourris de la chair de leurs semblables.
Je le demande, pourrait-on voir sans horreur et sans le plus grand étonnement les événemens qui se sont passés sur le radeau ? De cent cinquante personnes confiées à cette fatale machine, vingt-cinq vivaient encore. Dix de ces malheureux respiraient à peine.
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Paulin Étienne d’Anglas de Praviel Relation nouvelle et impartiale du naufrage de la frégate La Méduseet des événemens qui ont eu lieu…

Cependant, vers les huit heures, le vent se calma, et nous pûmes prendre une meilleure direction. À neuf heures, nous vîmes la terre, et, portés par le vent, nous ne tardâmes pas à l’approcher : le grappin fut jeté ; mais, lorsqu’il fallut quitter cette chaloupe sur laquelle nous avions vu tant de fois la mort, tout le monde s’y refusa : traverser un désert affreux sans aucuns moyens d’existence, se livrer aux attaques des bêtes féroces et aux mauvais traitemens des Maures, étaient autant de dangers grossis par l’imagination désordonnée de mes compagnons d’infortune.
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