“ Dans la grande féerie d'illumination que la mer déploie aux nuits orageuses, la méduse a un rôle à part. Plongée, comme tant d'autres êtres, dans le phosphore électrique dont ils sont tous pénétrés, elle le rend à sa manière avec un charme personnel. ”
La Méduse
Définition et enjeux
Citations sur “La Méduse”
Élie Reclus,
La Commune de Paris au jour le jour
“ Flottants comme la malheureuse méduse échouée sur le rivage, notre volonté est inutile, nos efforts sont vains, notre espoir est ridicule, et le bon sens est absurde. Quand le flot la soulève, la méduse agite sa masse confuse, bras, rubans et tentacules grouillent et remuent, puis retombent dans le vide, inertes et paralysés. ”
Auguste Baron, Naufrage de la Méduse ; [Échouage de l'Astrolabe… (1869)
“ Les embarcations, remorquant le radeau, s'éloignent de la Méduse. Tous les cœurs sont serrés. Cette Méduse était si fringante, si vaillante naguère ! Entre d'autres mains, elle serait entrée si triomphalement dans les ports du Sénégal ! ”
Louis Roule,
Les formes des animaux, leur début…
(1894)
“ La méduse est alors parvenue à son organisation complète; les éléments sexuels, qui souvent constituent la majeure partie de la saillie ectodermique, au milieu de laquelle s'est creusée la cavité sous-ombrellaire, prennent leur aspect définitif ; et il ne reste plus au jeune être qu'à se séparer de l'organisme dont il provient. Cette déhiscence se produit par le rétrécissement du pédoncule, suivi de sa rupture; la méduse, ainsi devenue libre, va transporter au loin les cellules sexuelles, et disséminer les germes dont elle est chargée. ”
Rémy Perrier, Éléments d'anatomie comparée (1893)
“ La Méduse arrive quelquefois à se former complètement avec son ombrelle, ses tentacules et ses canaux gastro-vasculaires ; mais sa bouche est fermée, l'ouverture de l'ombrelle très petite, et elle ne se détache jamais du polypier. ”
Charles de Folleville, Histoire des naufrages anciens & modernes… (1880)
“ Hélas ! la nature nous fait trouver quelquefois dans l'excès de nos maux un soulagement inespéré : pour les naufragés de la Méduse, ce soulagement fut une sorte de fièvre chaude, une aliénation passagère de l'esprit, une absence de raison enlevant temporairement le sentiment de la situation. ”
A. de Quatrefages,
Revue des Deux Mondes
“ Aujourd’hui, pour tous les naturalistes, la larve ciliée, qui se meut à la manière d’un infusoire, les animaux hydriformes qui couvrent la tige et les rameaux du polypier fixé à demeure sur quelque rocher, la méduse isolée et libre, qui mène en plein océan une vie vagabonde, sont autant d’individus d’une même espèce. Ce qui est vrai des médusaires l’est à plus forte raison des insectes en général. ”
Henri Lebrun, Abrégé de tous les voyages au pôle nord… (1843)
“ La méduse est une substance douce, élastique et gélatineuse, dont nous trouvons l'analogue sur nos propres rivages, et qui ne donne de signe de vie que par une contraction lorsqu'on la touche. Au delà du cercle polaire arctique, elle prend un accroissement extraordinaire ; elle y est dévorée avec avidité par les tribus à nageoires de toutes les formes et de toutes les grandeurs qui s'y trouvent. Ces méduses sont la cause d'une couleur particulière qui se montre dans une grande étendue de la mer du Groënland , sur une superficie d'environ vingt mille milles carrés. ”
Paulin Étienne d’Anglas de Praviel, Scènes d’un naufrage ou La Méduse
“ Deux des naufragés de la Méduse, premier, M. Savigny, homme courageux et énergique, chirurgien de 3me classe à bord de la frégate ; le second, M. Correard, passager, allant explorer des terres sur la presqu’île du Cap-Vert, s’imposèrent, dans le temps, la tâche pénible de faire connaître au monde civilisé le détail de nos malheureuses aventures. Soit qu’ils fussent encore sous l’impression des maux qu’ils venaient d’endurer, ou qu’ils se soient laissé entraîner par une fausse prévention contre ceux qui ne partageaient pas leurs sentiments, ils dénaturèrent les faits les plus importants. ”
Edouard Schuré,
Revue des Deux Mondes
“ Si le Dragon représente dans la mythologie universelle la puissance de l’individualité poussée jusqu’à la fureur dévorante de l’égoïsme et de la domination, la Méduse personnifie la faculté réceptive de la nature, son besoin aveugle de se laisser féconder, poussé jusqu’à la frénésie sexuelle. ”
Alexandre Acloque, Sous les flots (1911)
“ Si la victime résiste et se débat, la méduse, sûre de la victoire, se borne à contracter un peu plus fortement ses tentacules; elle ne s'obstine point à une lutte qu'elle sait n'être pas nécessaire, et sans trahir aucune impatience par quelque mouvement anormal, elle attend que la fatigue d'une résistance désespérée et le brûlant poison de ses bras aient accompli leur œuvre. Alors elle commence son festin, dont elle savoure le plaisir avec avidité et par un moyen assez répugnant. ”
Edmond Perrier,
Les colonies animales et la formation des organismes…
(1898)
“ La Méduse une fois constituée, chacun des dactylozoïdes conserve encore une part importante d'autonomie ; il forme la ligne moyenne d'une région qui se contracte indépendamment de ses voisines ; il peut être le centre du développement de glandes de la reproduction qui lui sont propres et même donner naissance à de nouvelles Méduses; il ne cesse, en toutes ces circonstances, de se comporter comme un individu. ”
Auguste Baron, Naufrage de la Méduse ; [Échouage de l'Astrolabe… (1869)
“ Dans les temps anciens, sur mer, rien qui approche des horribles scènes dont fut le théâtre le radeau des naufragés de la Méduse. Au moyen-âge, dans nos temps modernes, rien, heureusement, rien qui en rappelle le souvenir. Ce mot : naufrage de la Méduse ! à lui seul évoque ce qu'il y a de plus terrible dans ce drame, ce qu'il y a de plus varié, de plus cruel dans la mort. Tous les genres de mort s'y trouvent en effet, hélas 1 Il n'est personne qui n'ait lu cette sanglante tragédie, personne qu'elle n'ait fait frémir, personne qui n'en ait rêvé, personne qui ne l'ait racontée aux autres. ”
Jean le Rond d’Alembert,
L’Encyclopédie, 1re éd.
“ On connoît une Méduse antique assise sur un rocher, accablée de douleur, de voir que non-seulement ses beaux cheveux se changent en serpens ; mais que ces serpens rampent sur elle de tous côtés, & lui entortillent les bras, les jambes, & le corps. Elle appuie tristement sa tête sur la main gauche ; la noblesse de son attitude, la beauté & la douceur de son visage fait qu’on ne peut la regarder sans s’intéresser à son malheur. ”
“ À tribord, dans le ciel sombre, disque d’opale ! Lequel est le plus rond ? Lequel est le plus pâle ? Ici c’est la méduse, ombelle aux pieds flottants, Cloche silencieuse à bouquet de battants ; Et là-haut c’est la lune à la frange diffuse. Mais chacune à la fois paraît lune et méduse. Ayant forme pareille et pareille douceur, On dirait une sœur qui sourit à sa sœur, Tant que je crois enfin, prenant l’autre pour l’une, Voir la méduse au ciel et sous l’eau voir la lune. XBAISERS PERDUS Pauvres voyageurs las qui vont cherchant fortune. ”
Gustave Mendel, Catalogue des sculptures grecques… (1912-1914)
“ Méduse du « beau type » : la face est large et pleine, les joues charnues, la ligne de l'arcade sourcilière très tourmentée et stylisée à la manière d'un masque de théâtre ; les yeux ne sont pas incisés ; les lèvres entr'ouvertes laissent voir les dents qui ne sont pas détaillées ; les cheveux, relevés très haut comme une flamme au dessus du front, flottent en boucles épaisses de chaque côté du visage ; sur le haut de la tête, deux ailettes tombantes, au dessus desquelles se dressent deux têtes de serpents dont les corps sont noués sous le menton. ”
Edmond Perrier,
Les colonies animales et la formation des organismes…
(1898)
“ L'examen des espèces appartenant à ces différents genres prouve qu'on peut établir entre les formes de leurs individus reproducteurs une gradation continue montrant de la façon la plus indiscutable que les plus simples, les plus dégradés sont morphologiquement les équivalents des plus parfaits. La Méduse si élégante, si agile, si complexe même dans son organisation, peut donc se réduire à ce point de n'être plus qu'une glande reproductrice, sans individualité propre, simple dépendance du Polype qui la porte. Ce n'est plus un être personnel, c'est un organe. ”
Auguste Laugel,
Un naturaliste philosophe – M. Agassiz et ses travaux
“ Les insectes, par exemple, offrent, sous forme de larve, tous les caractères des vers, et l’on est en droit de considérer ceux-ci comme des insectes arrêtés dans leur développement. Les singuliers animaux qu’on nomme méduses parce que leurs bras entrelacés rappellent la chevelure de la Méduse antique, avant d’errer librement dans les mers, demeurent, au début de leur existence, fixés aux rameaux d’une sorte d’arbuste vivant analogue au corail. Les animaux qui appartiennent à la classe des coraux peuvent donc être regardés comme des méduses immobilisées dans leur forme première. ”
Ary Renan,
Rêves d'artiste
(1901)
“ En tuant sa chère Méduse, l'Homme perce son propre coeur. Et pourtant elle est perverse, puisque les serpents lui font une couronne, et pourtant elle change en rocher de granit son amant attendu. Désire-la donc si tu veux, et résigne-toi à ne jamais la voir. A moins que tu n'ajoutes foi à une légende qui fait sourire les sages (on dit même qu'il faut être impie pour la répéter) . Autrefois, dit-on, Méduse était bonne ; l'Illusion se penchait vers les mortels et les baisait au front. Et c'est parce qu'elle était trop belle que les Dieux l'ont vouée à la solitude, lui marchandant la mort. ”
Edmond Perrier,
Les Explorations sous-marines, par Edmond Perrier…
(1891)
“ Une fleur n'est autre chose qu'un rameau très raccourci, sur lequel les feuilles modifiées, rayonnant en tous sens, sont amenées à se grouper en une série de couronnes superposées. De même une Méduse en cloche n'est autre chose qu'un rameau de la colonie d'Hydres, formé d'un polype nourricier qui devient le sac stomacal de la Méduse, et de quatre polypes sans bouche disposés en couronne autour de sa base, nés séparément, se soudant peu à peu à mesure que la Méduse approche de son éclosion, et formant finalement son ombrelle. ”
“ Un mythe breton explique de même manière pourquoi la plie, oui manqua de respect à la sainte Vierge, a maintenant la bouche de travers. — Une autre légende populaire, que connaissent tous les enfants japonais et qui est sans doute fort ancienne, nous apprend pourquoi la méduse offre l’aspect d’une masse gélatineuse. Autrefois, la méduse avait une ossature régulière, des nageoires et une queue comme tous les poissons. Un jour, le roi des Mers l’envoya chercher sur terre un singe vivant, dont le foie devait guérir une maladie de la reine ”
L. Pourret, Éléments usuels des sciences naturelles… (1892)
“ Divisions de la classe des acalèphes. — Nous citerons les seuls genres méduse et béroé. 716. — Les méduses (fig. 125) sont d'élégants zoophytes, formés d'une ombrelle sous laquelle pendent des espèces de bras. A l'état de larve, la méduse est une sorte de polypier d'une organisation très complexe et dont on a longtemps ignoré la transformation en méduse. 717. — Les bèroés sont de simples ballons gélatineux gélatineux quelquefois portent des tentacules sur deux côtés de leur corps. ”
Alfred Moquin-Tandon,
Le monde de la mer
(1866)
“ De là les noms d’Orties de mer et d’Acalèphes sous lesquels on a désigné ces animaux.Une des plus redoutables, parmi ces espèces remarquables, 195 c’est la Méduse chevelue [60] , la terreur des baigneurs et des baigneuses. L’animal représente une jolie ombrelle brune, découpée et festonnée, avec un gros pédicule et des bras nombreux, longs et rubanés, qui forment après elle une chevelure flottante, d’autant plus dangereuse qu’elle est presque diaphane. Quand on s’embarrasse imprudemment au milieu de ces filaments empoisonnés, on sent bientôt des douleurs aiguës insupportables. ”
Victor Hugo,
Les Travailleurs de la mer
“ De ce qu’il lui était arrivé plusieurs fois de trouver dans de l’eau de mer parfaitement limpide d’assez gros animaux inattendus, de formes diverses, de l’espèce méduse, qui, hors de l’eau, ressemblaient à du cristal mou, et qui, rejetés dans l’eau, s’y confondaient avec leur milieu, par l’identité de diaphanéité et de couleur, au point d’y disparaître, il concluait que, puisque des transparences vivantes habitaient l’eau, d’autres transparences, également vivantes, pouvaient bien habiter l’air. ”
Ernest Jeanbernat, Les mémoires d'un hanneton (1892)
“ De l'œuf de la méduse sort une larve sphérique munie de cils vibratiles placés au pourtour de l'ouverture buccale et servant à la fois à la natation et à la préhension des corpuscules vivants qui lui servent de nourriture. ”
George John Romanes, De l'évolution des nerfs et du système nerveux… (1878)
“ C'est, sans doute, un progrès pour cette méduse que son polypite soit capable de locali- ser un siège d excitation situé dans l'ombrelle. En effet, l'extrémité de ce pédoncule est pourvue d'un appareil piquant et c'est, en outre, la bouche de l'animal. Par conséquent, quand un objet vivant touche l'ombrelle, que ce soit un ennemi ou un être destiné à servir de proie, c'est évidemment un avantage pour la méduse que son pédoncule puisse rapidement se porter droit au point stimulé, dans le premier cas, pour piquer et arracher l'ennemi ”
Rémy Perrier, Éléments d'anatomie comparée (1893)
“ Elles montrent que fondamentalement la Méduse n'est pas chargée de la production des éléments sexuels, qu'elle n'est pas véritablement en un mot un individu sexué, mais un simple individu protecteur et nourricier, destiné surtout à disséminer les œufs. ”
Alfred Moquin-Tandon,
Le monde de la mer
(1866)
“ L’animal est développé: c’est une vraie Méduse. Dans peu de temps, elle rompra son pédicule par de violentes contractions, et prendra son essor vers la haute mer.La jeune Méduse, aussitôt libre, atteint en peu de jours le double de son volume. La déchirure de son pédicule se cicatrise, les tentacules s’allongent; l’estomac acquiert une bouche. Quelques semaines encore, et l’intestin de chacune de ces petites Méduses présentera un contour onduleux, comme mamelonné: ce sont des œufs qui se forment, grossissent, se développent, et se détacheront par un mécanisme semblable (Desor) . ”
A. Geffroy, Revue des Deux Mondes
“ Si, en effet, l’on considère attentivement et de près cette belle sculpture, on s’aperçoit vite que la plaque de marbre qui la supporte n’en faisait pas primitivement partie, et que la figure a été sculptée pour la position horizontale, — les cheveux épars qui tombent d’un seul côté l’indiquent suffisamment. Il n’y a aucun des attributs de Méduse, aucun serpent autour de la tête. La bouche est entr’ouverte et respire aisément. Le visage n’exprime pas la souffrance ni les affres de la mort. ”
Edmond Hugues, Alexandre Corréard, de Serres, naufragé de la Méduse
“ Le radeau, remorqué par les six embarcations, s’éloigna de la frégate aux cris de : Vive le Roi ! On avait assez bon courage : les dunes du Sahara n’étaient pas à plus de douze lieues et les commandants des bateaux avaient juré de ne pas abandonner le radeau. On devait se sauver tous ou périr tous ensemble. Mais à peine était-on arrivé à deux lieues de la Méduse qu’il se produisit une confusion parmi les embarcations. ”
Alexandre Acloque, Sous les flots (1911)
“ Ce sont des méduses. Ainsi lamentablement échouées, elles offrent à l'homme, — le crabe serait peut-être moins difficile, — un aspect un peu répugnant : c'est ce que je crois pouvoir conclure du geste ordinaire du promeneur, qui s'éloigne précipitamment de ces masses gluantes lorsque le hasard les met sur son chemin. Il est vrai que les baigneurs prennent parfois la méduse pour une pieuvre : l'une ou l'autre, d'ail- leurs, sont bien peu à craindre quand le flot les rejette mortes. ”
Charles de Folleville, Histoire des naufrages anciens & modernes… (1880)
“ La belle Méduse échoue, elle a échoué!. C'en est fait ! cette rapide frégate qui tout-à-l'heure effleurait à peine les vagues ; qui, après avoir marché de conserve d'abord, au sortir des eaux de France, avec les autres navires, les a si promptement laissés en arrière ; qui, tout-à-l'heure encore a dédaigné les, 1 feux d'appel que lui faisait l'Echo; la Méduse est arrêtée subitement dans sa course brillante. ”
Alexandre Acloque, Sous les flots (1911)
“ Puis, les muscles revenant au repos, la cloche s'ouvre de nouveau, admet une autre provision d'eau, et la chasse encore par le même manège; le corps fait ainsi, par réaction, un nouveau pas. Et ainsi de suite. Si la méduse se tient horizontalement, elle s'élève par cette succession de contractions et d'épanouissements; si elle est oblique, elle se déplace latéralement. Pour descendre, elle n'a qu'à demeurer immobile : son seul poids l'entraîne vers le bas. ”
