“ La période qui s’étend de son élévation au pouvoir, en 1603, à l’abdication du dernier de ses successeurs, en 1868, est une des plus belles époques de la civilisation japonaise. Avec la paix, la prospérité matérielle est revenue, et, dans ce milieu favorable, la pensée va pouvoir refleurir. La capitale des Tokougawa, Édo, devient un centre brillant qui, de nouveau, attire vers l’est presque toute l’activité artistique et intellectuelle. Le trait dominant de cette époque féconde en idées et en travaux, c’est que la littérature s’y démocratise. ”
Michel Revon
Élements biographiques
Michel Revon (1867-1947), juriste, professeur et historien français, se distingue comme un spécialiste majeur de la civilisation japonaise. Son parcours académique, marqué par son enseignement à l’université de Tokyo et à Paris, lui a valu d’élaborer des œuvres fondamentales comme Histoire de la civilisation japonaise ou Anthologie de la littérature japonaise, qui ont façonné la perception occidentale de la culture nipponne.
Ses textes, associant rigueur historique et sensibilité littéraire, explorent les périodes clés de l’histoire japonaise, des origines à l’époque des Tokugawa, tout en révélant la complexité des symboles et des pratiques artistiques. Son influence durable, notamment sur Claudel et Yourcenar, témoigne de son rôle pionnier dans la médiation culturelle entre les deux mondes.
Citations de Michel Revon
Michel Revon,
Revon - Anthologie de la littérature japonaise…
“ J’ai bâti cependant ma hutte pour moi-même, et non pour d’autres hommes. C’est que, dans l’état présent du monde, je ne trouve nul compagnon, pas même un serviteur en qui je puisse avoir confiance. Si je faisais ma hutte plus grande, qui pourrais-je y loger ? Les amis, en principe, sont des gens qui respectent les riches et qui estiment surtout ceux qui aiment à donner ; ils ne recherchent pas les hommes justes et bienveillants. Mieux vaut avoir pour amis la harpe et les flûtes, la lune et les fleurs [93] . ”
Michel Revon,
PÉRIODE ARCHAÏQUE
“ Comme centre des pays des quatre régions ainsi conférés, le pays du grand Yamato [37] , où l’on voit en haut le soleil, comme un pays tranquille fut respectueusement désigné. Et, fondant solidement les piliers de l’auguste demeure à la racine des plus profonds rochers, érigeant les poutres entre-croisées du toit jusqu’à la Plaine des hauts cieux, respectueusement on construisit le frais et auguste séjour de l’auguste souverain Petit-fils, afin qu’il pût s’y abriter comme auguste ombre du ciel et comme auguste ombre du soleil [38] , et tranquillement gouverner le pays comme un pays pacifique. ”
“ Les Japonais, avec leur délicat symbolisme, comparent volontiers Mouraçaki Shikibou à une fleur de prunier, chaste, culée, Sei Shônagon à une fleur de cerisier, plus jolie, moins belle et d’une teinte rosée moins pure. Si nous traduisons ces poétiques images par des faits, nous constatons, à la vérité, que Mouraçaki Shikibou eut une conduite irréprochable, tandis que Sei Shônagon, d’allures plus libres, parait bien avoir connu l’amour sans s’être jamais mariée. ”
“ Alors, saisissant la chevelure du grand dieu, il l’attacha solidement aux diverses poutres de la maison ; puis, bloquant le plancher de la maison avec un roc qui n’aurait pu être soulevé que par cinq cents hommes, et prenant sa femme la princesse Soucéri sur son dos, il emporta le grand sabre de vie et l’arc et les flèches de vie du grand dieu, ’et aussi sa céleste harpe parlante 1 , et il s’enfuit au dehors. Mais la céleste harpe parlante frôla un arbre, et la terre résonna. ”
Michel Revon,
Revon - Anthologie de la littérature japonaise…
“ J’entends dire aussi que bien des maisons ont été détruites par l’incendie ; mais ma hutte temporaire demeure sûre et tranquille. Quelque étroite qu’elle puisse être, elle a un lit pour dormir la nuit, une natte pour s’asseoir le jour ; elle suffit à me loger. Le bernard-l’ermite [91] aime sa petite coquille, parce qu’il se connaît lui-même ; l’orfraie [92] habite les rivages déserts, parce qu’elle craint l’homme. Il en est de même pour moi. Je me connais moi-même, et je connais le monde ; mon seul désir est de vivre tranquille, sans relations avec les autres ”
“ IV. — Si le siècle de Louis XIV avait été suivi brusquement d’un retour à la barbarie, on aurait quelque idée du sombre moyen-âge qui succéda à la brillante culture de Kyôto. Sous Yoritomo et ses premiers successeurs, puis sous les régents Hôjô, qui, dès le début du xiiie siècle, prennent la place des shôgouns comme ces derniers, après les Foujiwara eux-mêmes, avaient usurpé celle des empereurs, la classe militaire exerce tout le pouvoir effectif. Or, il est clair qu’un groupe qui ne songe qu’à la guerre ou aux moyens de la préparer ne saurait guère avoir d’ambitions intellectuelles. ”
“ Et désormais, il fut toujours loué sous l’auguste nom d’auguste Yamato-daké 1 . Après avoir vaincu encore an «brigand d’Izoumo », il rentre à la capitale. Mais bien vite, son père l’envoie batailler dans l’Est. IL repart donc ; et pour le protéger contre les dangers qui l’attendent, sa tante la grande-prètresse lui donne le Sabre dompteur des herbes, avec un « auguste sac ». Lorsqu’il atteignit le pays de Sagamou, le chef du pays mentit, disant : « Au milieu de cette lande, il y a une grande lagune ; et le dieu qui habite au milieu de la lagune est un dieu tout à fait violent. » ”
Michel Revon,
Revon - Anthologie de la littérature japonaise…
“ Les oiseaux aiment leurs forêts ; mais pour comprendre leur cœur, il faudrait être oiseau soi-même. Il en est ainsi du plaisir de la solitude : qui pourrait le comprendre sans y avoir vécu [97] ? ⁂ L’ombre de la lune de ma vie approche de son terme et va disparaître derrière la montagne. A quoi bon m’inquiéter de soins terrestres, quand je dois bientôt partir pour les ténèbres des Trois chemins [98] ? Le Bouddha a enseigné aux hommes de ne s’attacher en rien aux choses de ce monde. Aimer ma hutte d’herbes [99] , cela même doit être compté comme un péché [100] ”
“ Qu’on parcoure ces pages où les Japonais se montrent eux-mêmes tels qu’ils sont, avec leur cœur généreux et sensible, leur esprit fin et enjoué, leur caractère ami de la nature, des élégances sociales, de l’érudition, des arts, de tout ce qui peut charmer une race très civilisée, et l’on estimera sans doute que, s’ils diffèrent de nous par mille détails secondaires, ils représentent pourtant la même humanité. ”
“ Nous observons aussi, chez Mouraçaki, une élévation d’idées et de sentiments, une douceur de caractère, une indulgence surtout qu’ignorèrent toujours les victimes de Sei Shônagon, moqueuse, provocante, inexorable à toute sottise qui passait, vaniteuse à l’excès de cette merveilleuse présence d’esprit qui étonnait son entourage, mais dont elle tirait trop souvent des traits blessants pour les plus estimables dignitaires de la cour. Il est toujours bon de faire de l’esprit, excepté sur le dos des autres ; or Sei Shônagon trouvait un certain plaisir à ennuyer son prochain. ”
Michel Revon,
Revon - Anthologie de la littérature japonaise…
“ Si l’on demeure en un endroit resserré, on ne peut échapper à l’incendie voisin ; si l’on habite un lieu éloigné de la capitale, on a l’ennui d’y aller et d’en revenir, et parfois on subit la visite des voleurs. Si l’on est puissant, on devient avare ; si l’on est solitaire, on est méprisé des autres. Si l’on est riche, on est toujours soucieux ; si l’on est pauvre, on manque toujours de quelque chose. Si l’on dépend d’un autre, on est son esclave ; si l’on protège quelqu’un, on se voit obligé de l’aimer toujours [54] . Vouloir plaire au monde, c’est se fatiguer soi-même ”
Michel Revon,
PÉRIODE ARCHAÏQUE
“ Et lorsqu’il les aura ainsi chassées, la déesse appelée « Princesse du rapide bannissement [73] », qui réside dans le Pays-racine, le Pays du fond, les saisira, et les bannira, et les expulsera tout à fait [74] . Ayant été ainsi expulsées, à partir de ce jour, il n’y aura plus d’offense qui s’appelle offense, chez les gens de toutes fonctions qui servent avec respect à la cour du céleste souverain, et dans les quatre régions sous le ciel [75] . ”
“ Aux alentours de l’an 1000, la cour d’Itchijô est le royaume des femmes d’esprit ; la liberté d’allures que leur reconnaissait la vieille civilisation du pays s’accroît d’un rôle social d’autant plus important qu’elles le méritent par une finesse appuyée sur de solides connaissances ; les érudits, péniblement occupés à de lourdes compositions chinoises, leur abandonnent le domaine proprement littéraire, où elles excellent tout de suite, et ce sont des femmes qui écrivent les plus grands chefs-d’œuvre nationaux. ”
“ Vous tous, hommes des cent fonctions, et jusqu’à ceux auxquels est confié le gouvernement de toutes les provinces, écoutez tous ce commandement : que nul ne doit contrevenir, à dessein ou par mégarde, aux lois de ce pays, instituées par le souverain, mais que chacun doit s’efforcer, d’un cœur pur ”
Michel Revon,
Revon - Anthologie de la littérature japonaise…
“ Parmi les gens qui veulent servir le monde, qui eût osé rester seul dans l’ancienne capitale ? Ceux qui aspiraient à une fonction ou qui s’appuyaient sur la faveur d’un maître déménagèrent à qui mieux mieux, s’efforçant de dépasser, ne fût-ce que d’un jour, leurs semblables. Ceux qui avaient perdu leur fortune ou qui étaient abandonnés du monde demeurèrent, en se lamentant ; car nul avenir devant eux. Les demeures dont les toits rivalisaient naguère étaient désertées de jour en jour ; les maisons, démolies, flottaient sur la rivière Yodo [32] ”
“ Le plus sage est de s’en tenir aux divisions traditionnelles que les Japonais eux-mêmes ont établies, et de rattacher les diverses floraisons littéraires à sept grandes époques historiques, illustrées par autant de changements sociaux. Jetons un coup d’œil, à vol d’oiseau, sur cette histoire générale de la civilisation dans ses rapports avec la littérature, en attendant que chaque période successive nous amène à préciser davantage les détails de notre sujet. ”
“ En mâme temps, dans ce recueil d’une époque où la littérature n’avait pas encore tué la poésie, on goûte le charme d’un lyrisme aussi puissant que délicat, plein de vie, de fraîcheur, d’émotion spontanée. C’est dire qu’entre tontes les anthologies de l’empire, le Manyôshou tient le premier rang. ”
“ C’est au premier de l’an surtout que l’aspect du ciel est vraiment serein et neuf. Une légère brume blanche. Tous les hommes, renouvelant leur costume, leur visage et leur cœur, font leurs souhaits au Prince, comme aussi à eux-mêmes. ”
Michel Revon,
Revon - Anthologie de la littérature japonaise…
“ Les piliers étaient de simple bambou : une construction pareille à un abri pour voitures. Quand la neige tombait, ou que le vent soufflait, il y avait toujours quelque risque. La rivière étant toute proche, j’étais exposé aux inondations et aux « vagues blanches [56] ». Ainsi, supportant une vie fastidieuse, je passai là trente années, dans l’abattement. Pendant ce temps, par tout ce que je pus voir autour de moi, je compris la brièveté de ma fortune. À mon cinquantième printemps, je quittai ma maison et le monde. N’ayant ni femme ni enfants, rien ne me retenait. ”
“ La cour est un lieu de délices, où les mœurs sont plutôt libres, mais où le luxe inspire les arts et où une douce indolence permet les rêves légers de la poésie. Tous les hôtes du palais, courtisans et dames d’honneur, sont des lettrés et des esthètes ; quand ils ne sont pas occupés aux intrigues ordinaires d’une cour, ils passent leur temps à admirer des fleurs ou à visiter des salons de peinture, à échanger des vers spirituels ou à se disputer le prix de quelque concours poétique. ”
“ Lorsqu’il regarda vers le pays de Soonami, aux portes du Nord, s’il n’y aurait pas de ce côté un superflu de pays, il se dit : « Il y a un superflu de pays. » [Encore la même phrase, se terminant par : « Viens, Pays. »] Le pays ainsi tiré et cousu est le pays de Kourami, qui s’étend de l’extrême fin de Tagouhi jusqu’ici. Lorsqu’il regarda vers le cap Tsoutsou, de Koshi, s’il n’y aurait pas de ce côté un superflu de pays, il se dit * « Il y a un superflu de pays. » [Toujours la môme phrase.] Le pays ainsi tiré et cousu est le cap Miho. La corde avec laquelle il tira est l’île Yomi*. ”
“ La vie intellectuelle, d’ailleurs, devient alors plus intense qu’elle ne l’avait jamais été ; si le rêve bouddhique est en décadence, la morale virile des sages chinois obtient chaque jour plus de crédit ; et de cette influence chinoise, la littérature des Tokougawa tire une puissance toute nouvelle, jusqu’au jour où un groupe de penseurs nationalistes essaie, par une dernière réaction, de ressusciter le vieux shintoïsme et prépare ainsi, avec la chute de l’ancien régime, la restauration du pouvoir impérial. ”
Michel Revon,
Revon - Anthologie de la littérature japonaise…
“ C’est en vain qu’on laboura au printemps et qu’on repiqua en été [39] : on n’eut pas le plaisir de récolter à l’automne, ni celui de conserver en hiver. Aussi, les gens des provinces quittèrent leurs terres et passèrent leurs frontières, ou bien oublièrent leurs maisons et allèrent vivre dans les montagnes. On commença toutes sortes de prières ; on pratiqua des exorcismes extraordinaires : mais sans résultat. La vie urbaine dépend de la campagne pour toutes sortes de choses ; mais comme la campagne n’apportait rien à la capitale, comment celle-ci eût-elle pu garder sa dignité ? ”
“ Mais ne nous hâtons pas de condamner cette rhétorique si particulière : au premier abord, un Japonais regarde toujours nos rimes comme un artifice plutôt bizarre ; un Français aussi a besoin d’une certaine éducation pour comprendre et goûter les jeux de mots orientaux. Une fois pénétré, l’art poétique japonais offre on véritable charme ; G’est l’union admirable de tout ce que peuvent donner l’élan lyrique et la science esthétique ”
“ Le peuple japonais, formé sans doute d’un mélange d’immigrants continentaux et de conquérants malais, s’établit et s’organise peu à peu ; quelques siècles avant notre ère, un chef puissant, Jimmou, fonde sa capitale dans le Yamato ; d’autres empereurs lui succèdent, qui d’ailleurs changent sans cesse le siège du gouvernement ; et dans ces conditions primitives, où la cour même est pour ainsi dire nomade, la civilisation ne se développe qu’avec peine, jusqu’au jour où Nara devient le centre solide d’un véritable progrès social. ”
Michel Revon,
Revon - Anthologie de la littérature japonaise…
“ Les hommes qui sont dans le monde construisent des maisons, mais non pas pour eux-mêmes : c’est pour leur femme, leurs enfants, leur famille, pour leurs parents et leurs amis, pour leur seigneur ou leur professeur, pour leurs trésors, pour leurs chevaux et leurs bœufs. ”
“ « Tu m’as remplie de honte ! » Et ce disant, aussitôt elle lança à sa poursuite les Hideuses-Femelles des Enfers [46] . Aussi l’auguste Izanaghi, prenant sa noire guirlande de tête, comme il la jetait, à l’instant elle se changea en raisins [47] . Tandis qu’elles les ramassaient et les mangeaient, il s’enfuyait ; et comme elles le poursuivaient encore, prenant et brisant le peigne multiple et dense du nœud droit de sa chevelure, comme il le jetait, à l’instant il se changea en pousses de bambou [48] . Tandis qu’elles les arrachaient et les mangeaient, il fuyait toujours. ”
“ D’autant qu’un des traits essentiels de la littérature japonaise, impressionniste comme tous les autres arts du pays, consiste justement à procéder plutôt par allusions que par affirmations nettes et à laisser sans cesse au lecteur le plaisir de deviner les perspectives lointaines d’une pensée inachevée. ”
Michel Revon,
Revon - Anthologie de la littérature japonaise…
“ C’est le Hôjôki, de Kamo Tchômei. Kamo Tchômei naquit, en 1154, au village de Shimo-Kamo, près de Kyoto. Son père Nagatsouna, suivant un usage héréditaire, était principal desservant du temple de Kamo : d’où le nom de Kamo donné à la famille. Notre auteur lui-même, dans son enfance, était appelé Kikoudayou (« le jeune Chrysanthème ») : c’est seulement un peu plus tard, sans doute vers sa quinzième année, qu’il reçut le prénom plus sérieux de Tchômei. De très bonne heure, son intelligence précoce le fit admettre comme page de l’empereur Go-Toba [3] ”
“ Ces préparatifs homériques semblent annoncer une formidable querelle ; cependant le jeune dieu affirme qu’il n’a pas de mauvais desseins, et pour le prouver, il propose à la déesse un serment qui établira leur bonne foi mutuelle a . Les deux divinités, séparées par la Tranquille rivière du ciel*, échangent les paroles qui les engagent ; et de nouveaux êtres divins émanent du brouillard de leur haleine, pendant que le frère livre à la sœur son sabre, qu’elle brise en trois morceaux, et que la sœur abandonne au frère ses joyaux, qu’il brandit, fait tinter et disperse en soufflant. ”
“ Les humanités chinoises devaient jouer au Japon le même rôle que, chez nous, la Grèce et Rome tout ensemble, et le bouddhisme était destiné à exercer sur le peuple japonais une action encore plus profonde que celle du christianisme sur les nations d’Occident. ”
Michel Revon,
Revon - Anthologie de la littérature japonaise…
“ Dans la capitale pavée de joyaux [9] , les maisons des grands et des humbles, joignant les charpentes de leurs toits et rivalisant de leurs tuiles, semblent se maintenir de génération en génération ; mais quand on examine s’il en est bien ainsi, rares sont les maisons anciennes. Telles, détruites l’an dernier, ont été rebâties cette année ; d’autres, qui furent de grandes maisons, sont tombées en ruines et ont été remplacées par de petites. Il en est de même pour leurs habitants. Dans un endroit quelconque, il y a toujours beaucoup de monde ”
“ L’auguste prince Ninighi rencontra une belle personne à l’auguste cap de Kaçaça, et lui demanda de qui elle était la fille. Elle répondit : « Je suis la fille du dieu Seigneur de la Grande montagne ; mon nom est Kamou-Ata-tsou-himé (la divine princesse d’Ata) ; et un autre nom dont je suis appelée est Ko-no-hana - sukou-ya-himé (la Princesse fleurissant brillamment comme les fleurs des arbres) 1 . » Il demanda encore : « As-tu des sœurs ? » Elle répondit : « Il y a ma sœur aînée, Iha-naga-himé (la Princesse longue, c.-à-d. durable, comme les rochers ) 4 . » ”
“ Une telle évolution contient un enseignement trop clair pour qu’il soit besoin d’y insister. Mais, pour que le Japon puisse avoir cette paix qui seule peut lui promettre, avec la prospérité économique, un nouveau triomphe de ses arts, il faut que les nations d’Occident renoncent aux interventions lointaines qui, après avoir violé sa solitude séculaire et humilié son légitime orgueil, lui ont imposé ses armements et l’ont jeté dans deux terribles guerres. ”
Michel Revon,
Revon - Anthologie de la littérature japonaise…
“ Quand le temps est beau, nous faisons l’ascension du pic de la montagne et je regarde au loin le ciel de mon pays natal ; nous voyons le mont Kobata, le village de Foushimi, Toba, Hatsoukashi. Les beaux paysages n’ont point de maître : rien ne peut m’empêcher d’en réjouir mes yeux. ”
“ Au temps où commencèrent le Ciel et la Terre [13] , des divinités se formèrent dans la Plaine des hauts cieux, dont les noms étaient : le dieu Amé-no-mi-naka-noushi [14] , puis le dieu Taka-mi-mouçoubi [15] , puis le dieu Kami-mouçoubi [16] . Ces trois divinités [17] , toutes divinités formées spontanément, cachèrent leurs personnes [18] . ”
“ La prose de l’époque, représentée par des Édits solennels, par l’outrage capital qu’est le Kojiki et par des Foudoki descriptifs des provinces, offre en général plus d’intérêt dans le fond que dans la forme ; mais la poésie arrive d’emblée à une perfection qui se sera plus égalée et les vers du Manyôshou témoignent que, dans ce domaine, l’ère de Nara fut vraiment l’âge d’or. ”
Michel Revon,
Revon - Anthologie de la littérature japonaise…
“ Cet oiseau est, en effet, au Japon, un symbole d’amour paternel. « Le faisan dans la plaine brûlée », dit un proverbe fondé sur le dévouement de la mère faisane qui, lorsqu’on incendie la lande, ne songe pas à s’envoler, mais à couvrir ses petits de ses ailes pour mourir en les protégeant. Notre vieil ermite, écoutant le « horo-horo » lointain, envie te bonheur de ces faisandeaux qui peuvent recevoir le tendre appel de leur père ou de leur mère et pense avec douleur aux parents morts qui ont tant aimé. ”
“ Dans les temps primitifs, en vertu de l’idée que tout contact avec la mort entraine une souillure, la famille d’un défunt abandonnait sa maison pour bâtir ailleurs une demeure nouvelle ; par suite, l’héritier d’un souverain mort se faisait construire un nouveau palais, autour duquel venaient se grouper ses fidèles. ”
“ La culture nationale, avec sa vie matérielle particulière, avec sa vie sociale pleine de coutumes étranges, avec sa vie morale surtout, qui comporte une philosophie, une éthique, une esthétique parfois singulières aux yeux des Occidentaux, demandait, elle aussi, à plus forte raison, des explications perpétuelles. ”
Michel Revon,
Revon - Anthologie de la littérature japonaise…
“ S’il y a quelque chose à faire, je me sers de mon corps. C’est parfois ennuyeux ; mais c’est plus facile que de faire obéir les autres. Si j’ai besoin de marcher, je marche ; cela me donne une certaine peine, moindre pourtant que le souci de chevaux et de selles, de bœufs et de voitures. Je divise mon corps en deux : les mains, comme domestique ; les pieds, comme véhicule ; et ils sont dociles à souhait. Mon cœur, sachant ce que peut supporter mon corps, le met au repos lorsqu’il est fatigué et l’emploie, lorsqu’il est dispos. ”
