“ Alors, saisissant la chevelure du grand dieu, il l’attacha solidement aux diverses poutres de la maison ; puis, bloquant le plancher de la maison avec un roc qui n’aurait pu être soulevé que par cinq cents hommes, et prenant sa femme la princesse Soucéri sur son dos, il emporta le grand sabre de vie et l’arc et les flèches de vie du grand dieu, ’et aussi sa céleste harpe parlante 1 , et il s’enfuit au dehors. Mais la céleste harpe parlante frôla un arbre, et la terre résonna. ”
Résumé
“SIÈCLE DE NARA”, est une œuvre de Michel Revon. Des thèmes tels que divinités, Nihonnghi ou joyaux y sont abordés.
Citations de SIÈCLE DE NARA (Michel Revon)
“ Et désormais, il fut toujours loué sous l’auguste nom d’auguste Yamato-daké 1 . Après avoir vaincu encore an «brigand d’Izoumo », il rentre à la capitale. Mais bien vite, son père l’envoie batailler dans l’Est. IL repart donc ; et pour le protéger contre les dangers qui l’attendent, sa tante la grande-prètresse lui donne le Sabre dompteur des herbes, avec un « auguste sac ». Lorsqu’il atteignit le pays de Sagamou, le chef du pays mentit, disant : « Au milieu de cette lande, il y a une grande lagune ; et le dieu qui habite au milieu de la lagune est un dieu tout à fait violent. » ”
“ Lorsqu’il regarda vers le pays de Soonami, aux portes du Nord, s’il n’y aurait pas de ce côté un superflu de pays, il se dit : « Il y a un superflu de pays. » [Encore la même phrase, se terminant par : « Viens, Pays. »] Le pays ainsi tiré et cousu est le pays de Kourami, qui s’étend de l’extrême fin de Tagouhi jusqu’ici. Lorsqu’il regarda vers le cap Tsoutsou, de Koshi, s’il n’y aurait pas de ce côté un superflu de pays, il se dit * « Il y a un superflu de pays. » [Toujours la môme phrase.] Le pays ainsi tiré et cousu est le cap Miho. La corde avec laquelle il tira est l’île Yomi*. ”
“ « Tu m’as remplie de honte ! » Et ce disant, aussitôt elle lança à sa poursuite les Hideuses-Femelles des Enfers [46] . Aussi l’auguste Izanaghi, prenant sa noire guirlande de tête, comme il la jetait, à l’instant elle se changea en raisins [47] . Tandis qu’elles les ramassaient et les mangeaient, il s’enfuyait ; et comme elles le poursuivaient encore, prenant et brisant le peigne multiple et dense du nœud droit de sa chevelure, comme il le jetait, à l’instant il se changea en pousses de bambou [48] . Tandis qu’elles les arrachaient et les mangeaient, il fuyait toujours. ”
“ Au temps où commencèrent le Ciel et la Terre [13] , des divinités se formèrent dans la Plaine des hauts cieux, dont les noms étaient : le dieu Amé-no-mi-naka-noushi [14] , puis le dieu Taka-mi-mouçoubi [15] , puis le dieu Kami-mouçoubi [16] . Ces trois divinités [17] , toutes divinités formées spontanément, cachèrent leurs personnes [18] . ”
“ Vous tous, hommes des cent fonctions, et jusqu’à ceux auxquels est confié le gouvernement de toutes les provinces, écoutez tous ce commandement : que nul ne doit contrevenir, à dessein ou par mégarde, aux lois de ce pays, instituées par le souverain, mais que chacun doit s’efforcer, d’un cœur pur ”
“ Ces préparatifs homériques semblent annoncer une formidable querelle ; cependant le jeune dieu affirme qu’il n’a pas de mauvais desseins, et pour le prouver, il propose à la déesse un serment qui établira leur bonne foi mutuelle a . Les deux divinités, séparées par la Tranquille rivière du ciel*, échangent les paroles qui les engagent ; et de nouveaux êtres divins émanent du brouillard de leur haleine, pendant que le frère livre à la sœur son sabre, qu’elle brise en trois morceaux, et que la sœur abandonne au frère ses joyaux, qu’il brandit, fait tinter et disperse en soufflant. ”
“ L’auguste prince Ninighi rencontra une belle personne à l’auguste cap de Kaçaça, et lui demanda de qui elle était la fille. Elle répondit : « Je suis la fille du dieu Seigneur de la Grande montagne ; mon nom est Kamou-Ata-tsou-himé (la divine princesse d’Ata) ; et un autre nom dont je suis appelée est Ko-no-hana - sukou-ya-himé (la Princesse fleurissant brillamment comme les fleurs des arbres) 1 . » Il demanda encore : « As-tu des sœurs ? » Elle répondit : « Il y a ma sœur aînée, Iha-naga-himé (la Princesse longue, c.-à-d. durable, comme les rochers ) 4 . » ”
“ C’est pourquoi le crocodile d’une brasse s’appelle maintenant le dieu Possesseur d’une lame. XLI. — • SOUMISSION DE l’àUGUSTE PEU-BRILLANT Là-dessus, il donna l’hameçon, exactement selon les paroles du dieu des mers. Et dès lors, (le frère aine) devint de plus en plus pauvre, et, avec de nouvelles intentions sauvages, il vint l’attaquer. Mais quand il fut sur le point de l’attaquer, (l’auguste Feu-baissant) exhiba le Joyau qui fait monter les eaux, pour le noyer ; et comme il exprimait ses regrets, il exhiba le Joyau qui fait refluer les eaux, pour le sauver. ”
“ Bien qu’il lui adressât par trois fois cette prière, (son frère aîné) ne voulait pas consentir 1 ; enfin, avec difficulté, l’échange mutuel fut obtenu. Alors l’auguste Feu-baissant, entreprenant la fortune de la mer, jeta sa ligne pour avoir du poisson : mais il ne prit jamais un seul poisson ; et de plus, il perdit l’hameçon dans la mer. Là : dessus, son frère atné, l’auguste Feu-brillant, lui réclama l’hameçon, disant : « Une fortune des montagnes est une fortune particulière, et une fortune de la mer est une fortune particulière. Que chacun de nous rende sa fortune. » ”
“ Mais le jeune dieu s’arrête sur le Pont flottant du ciel, et remonte bientôt en annonçant que le pays est trop tumultueux. En conséquence, les huit cents myriades de divinités, convoquées par la déesse du Soleil et par le dieu Hautintégrant 2 , tiennent conseil dans le lit desséché de la Tranquille rivière céleste, et, sur l’avis du dieu Omohi-kané (p. 46, n. 4) , décident d’envoyer d’abord un dien qui soumettra les « violentes et sauvages divinités du Pays ». ”
“ En mâme temps, dans ce recueil d’une époque où la littérature n’avait pas encore tué la poésie, on goûte le charme d’un lyrisme aussi puissant que délicat, plein de vie, de fraîcheur, d’émotion spontanée. C’est dire qu’entre tontes les anthologies de l’empire, le Manyôshou tient le premier rang. ”
“ « Ne remue pas le sabre : ton serviteur a quelque chose à dire. » 11 lui laissa donc un moment de répit, en le maintenant abattu à terre. Et (le brigand) demanda : a Qui est ta personne auguste ?» 11 répondit : « Je suis l’auguste enfant d’Oh-tarashi-hikooshiro-waké (« le Seigneur gouvernant, prince parfait et grand », nom primitif de l’empereur Kéikô) , le Céleste souverain qui, résidant au palais de Hishiro à Makimoukou, gouverne le Grand Pays des Huit-îles ; et mon nom est : « le roi Yamato-wo-gouna (« le Jeune homme du Yamato », autre nom du prince) . ”
“ « Ce qui ressemble à des excréments doit être quelque chose que mon auguste frère aîné aura vomi, étant ivre. De plus, pour le renversement des séparations de rizières et le comblement des fossés, c’est sans cloute parce qu’il regrette la terre (que ces choses occupent) 4 que mon auguste frère agit de la sorte » ; mais bien qu’elle l’excusât par ces paroles, il continuait encore ses mauvaises actions et devenait violent à l’extrême. Alors que la Grande et auguste divinité qui brille dans les cieux siégeait dans la sainte salle des vêtements, veillant au tissage des augustes vêtements 1. ”
“ Les divinités ci-dessus, depuis le dieu Kouni-no-tokotatchi jusqu’à la déesse Izana-mi, ensemble sont appelées les Sept générations divines [34] . III. — L’ÎLE D’ONOGORO Là-dessus, toutes les divinités célestes, parlant augustement aux deux divinités l’auguste Izanaghi et l’auguste Izanami, leur ordonnant de « faire, consolider et engendrer cette terre mouvante », et leur octroyant une céleste lance-joyau [35] , daignèrent leur confier cette charge. ”
“ Les grands dieux lui dépèchent l’audacieuse Ouzoumé : « Bien que tu ne sois qu’un être féminin délicat, tu es nne divinité qui sait affronter et conquérir les dieux. » Interrogé par elle, le dieu inconnu répond qu’il est • un dieu du Pays, le divin prince Sarouta* », et qu’il est venu pour s’offrir comme guide. On donne aussitôt pour escorte au Fils des dieux les fameuses divinités de l’Eclipsé. ”
“ Mais Àmé-no-Hohi, désigné pour cette mission, devient tout au contraire l’ami du dieu Maître du Grand Pays et ne donne plus signe de vie. 1. Par le récit correspondant du Nihonnghi, nous voyons que ce dieu était un des doubles d’Oh-kouni-noushi, son sëk irtni-tama (auguste esprit de bonne fortune) , séparé de lui à tel point qu’il ne l’avait pas reconnu de prime abord. C’est un des nombreux traits qui nous montrent, chez les Japonais primitifs, la croyance à la pluralité des âmes de l’homme. ”
“ « mon auguste et charmant frère aîné, si tu agis ainsi, j’étran* glerai et ferai mourir, en un seul jour, un millier d’hommes de ta terre » ; elle dit. Alors l’auguste Izanaghi prononça : « mon auguste jeune sœur charmante, si tu fais cela, je dresserai, en un seul jour, mille cinq cents maisons d’accouchement 5 . Ainsi, en un seul jour, sûrement mille hommes mourront : en un seul jour, sûrement mille cinq cents hommes naîtront 6 . » C’est pourquoi l’auguste Izanami est appelée la Grande-divinité- 1 . ”
“ VI. — NAISSANCE DES DIVERSES DIVINITÉS Ils mettent au monde, de la même façon, tout un peuple de dieux de la nature. VII. — RETRAITE [41] DE L’AUGUSTE IZANAMI Par malheur, le dieu du Feu, dernier-né d’Izanami, brûle sa mère si grièvement qu’elle meurt après une fièvre terrible. ”
“ L’empereur dit : « Lorsque le Ciel établit « un prince, c’est pour le bien de son peuple. Le prince doit donc « faire du peuple la base de tout. La pauvreté du peuple n’est autre « que ma pauvreté ; la prospérité du peuple est ma prospérité. Que le « peuple soit prospère et le prince pauvre, c’est une chose qui n’existe « pas. » (Nihonnghi, XI, 10, qui place le fait en L’an 319 de notre ère.) Ces sentiments généreux se retrouvent d’ailleurs chez plus d’un 78 ANTHOLOGIE DS LA LITTERATURE JAPONAISE L’empereur Rit chou, qui lui saccade, inaugure le ▼• siècle ”
“ Mais ne nous hâtons pas de condamner cette rhétorique si particulière : au premier abord, un Japonais regarde toujours nos rimes comme un artifice plutôt bizarre ; un Français aussi a besoin d’une certaine éducation pour comprendre et goûter les jeux de mots orientaux. Une fois pénétré, l’art poétique japonais offre on véritable charme ; G’est l’union admirable de tout ce que peuvent donner l’élan lyrique et la science esthétique ”
“ Nous allons trouver ces trois conceptions réunies dans la mythologie japonaise : les dieux primordiaux naissent d’eux-mêmes ; puis apparaissent des couples dont le dernier engendre les îles ; enfin, l’œuvre est parachevée par le dieu Maître du Grand Pays. On remarquera l’idée d’évolution qui domine toute cette genèse. ↑ Maître de l’auguste centre du Ciel. ↑ Haut-auguste-Producteur. ↑ Divin-Producteur. ↑ M. à m. : « piliers de dieux ». En japonais, on compte les dieux par piliers (hashira) , en souvenir sans doute du temps où l’on adorait des poteaux grossièrement taillés à l’image de l’homme. ”
“ E numération des descendants de Souça-no-wo, qui sont en même temps les ascendants du dieu Oh-kouni-noushi, issu de lui à la sixième génération. — Ce dieu, futur « Maître du Grand Pays 2 », c’est-à-dire d’Izoumo, est le héros de tout un nouveau cycle de légendes, dont la première, supprimée comme trop naïve par les auteurs du Nihonnghi, n’en a pas moins gardé jusqu’à l’houre présente son antique popularité. ”
“ Mais ils donnent naissance à un enfant mal venu, qu’ils abandonnent dans un bateau de roseaux [39] , et à l’île de l’Ecume, qu’ils ne veulent pas non plus reconnaître. V. — NAISSANCE DES HUIT-ÎLES Ayant appris des dieux célestes, qui eux-mêmes ont recours à la Grande Divination [40] , que si « ces enfants n’étaient pas bons », c’est « parce que la femme a parlé la première » dans la cérémonie du mariage, ils reprennent leur œuvre de création dans des conditions plus favorables, et engendrent d’abord l’île du Chemin d’écume, puis les autres îles de l’archipel. ”
“ Dans les temps primitifs, en vertu de l’idée que tout contact avec la mort entraine une souillure, la famille d’un défunt abandonnait sa maison pour bâtir ailleurs une demeure nouvelle ; par suite, l’héritier d’un souverain mort se faisait construire un nouveau palais, autour duquel venaient se grouper ses fidèles. ”
“ Le pagre est, le poisson le plus l*ôchefchô des Japonais, comme en témoigne leur fameux proverbe : Kouçatté mo taï, « Même pourri, c’est du pagre, a , y dieu Grand -Seigneur de l’Océan instruisit, disant : a Quand tu daigneras accorder cet hameçon à ton frère aîné, voici ce que tu dois dire : « Cet hameçon est un gros hameçon, un hameçon impationt, un pauvre hameçon, un hameçon stupide 1 » » Gela dit, donne*le en tenant ta main derrière ton dos*. Et cela fait, si ton frère aîné prépare des champs élevés, que ta personne auguste prépare des champs bas ”
“ Pourquoi celte division ? Le Kojiki laisse ce point obscur. Par le Nihonnghi (1, 34, 36) , nous voyons que Souça-no-wo, ayant eu des enfants mâles, est par là môme victorieux. Mais la déesse ne se tient pas pour battue : elle déclare que ces enfants, nés de ses joyaux, sont à elle, tandis que les enfants féminins, issus du sabre de Souça-no-wo, doivent être attribués à ce dernier. 5. J’abrège ce nom qui, complet, n’a pas moins de 23 syllabes. ”
“ Pourvu que je sois gai En cette vie, Que m’importe de devenir. Dans la vie future, Un insecte ou un oiseau ? Puisque c’est un fait Que tous les hommes vivants Finissent par mourir, Mieux vaut être gai Pendant qu’on est de ce monde. Rester silencieux Et faire semblant d’être un sage, C’est vraiment inférieur : Mieux vaut être ivre et crier En buvant du saké. (Manyôshou, livre III, lre partie.) V. - YAKAMOTCHI LAMENTATIONS D’UN GUERRIER ENVOYE A LA FRONTIERE 1 Révérant l’ordre auguste De notre grand Empereur, 1. ”
“ « Ce sont des divinités menteuses, » il repoussa son auguste harpe, n'en joua plus, et s'assit en silence. Alors les divinités furent irritées, et dirent : « Quant à cet empire, ce n'est pas une terre que tu doives gouverner. Ya sur la Route unique! » Sur quoi le premier ministre, le noble Také- 1. Ce n'est pas seulement l'âme du héros, mais son corps même qui disparait. D'après la version du Nihonnghi, l'empereur lait ense- velir son fils dans un de ces tombeaux de rochers, surmontés d'un vaste turaulus, où l'on enterrait les grands ”
“ « Que ta personne auguste gouverne la Plaine des mers. » XII. — LES CRIS ET GÉMISSEMENTS DE L’AUGUSTE MALE IMPETUEUX Mais, tandis que la déesse du Soleil et le dieu de la Lune obéissent aux ordres paternels en prenant possession dé leurs domaines respectifs, le terrible Mâle ne cesse de crier et de gémir ; à T/.anaghî, qui Finterroge, il répond qu’il veut aller au pays lointain où est sa mère ; puis, quand le grand, dieu le chasse de sa présence, il déclare qu’il va prendre congé de sa sœur, la déesse du Soleil, et il s’élance au ciel en bouleversant toute la nature. ”
“ Bt plus tard, quand il abaissa ses regards sur le pays, la fumée était partout abondante. Alors, voyant le peuple riche, il rétablit les corvées et les impôts. C’est pourquoi les paysans prospéraient, et ne souffraient pas des corvées. Et pour louer ce règne auguste, on l’appela le règne du Sage Empereur 1 . 1. Cette histoire, qui rappelle, en mieux, notre Henri IV et sa poule au pot, est racontée par le Nihonnghi en belles phrases chinoises, plus recherchées, mais qui n’en répondent pas moins aux sentiments exprimés dans le simple récit du Kojiki. ”
Termes fréquents
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