Résumé

Portrait de Albert Réville Albert Réville Revue des Deux Mondes T.105, 1873

Par conséquent lorsque la tribu, la cité, la famille même, voudront être protégées contre les colères du dieu terrible, elles sauront d’avance qu’il faut le servir conformément à ses goûts. L’être effrayant qui dévore les enfans de la terre et les tue dans leur fleur aime les jeunes victimes, et plus le sacrifice sera coûteux, plus il y aura lieu d’espérer que son inimitié sera conjurée. C’est ainsi qu’on arrive au devoir rigoureux d’immoler des enfans, fleurs de printemps condamnées comme les fleurs des champs à être moissonnées sans pitié.
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Le Dieu suprême des Phéniciens est sans doute civilisateur, comme Eshmun ; il est de plus navigateur intrépide, guerrier sans peur, il est le soleil, mais surtout le soleil en tant que feu vivifiant à la fois et destructeur, toujours vainqueur. Son nom spécial, c’est Baal-Hammân, le seigneur très ardent, nom consacré par une foule d’inscriptions carthaginoises et phéniciennes. A Tyr, il s’appelait Baal-Çor, seigneur de Tyr, et Melkart, roi de la ville, et c’est lui que les Grecs ont identifié, non sans raisons profondes, avec Héraclès ou Hercule.
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Personne alors ne songe à s’isoler du deuil universel. Les plus exaltés voudront même s’identifier de leur mieux avec le dieu martyrisé. Le pauvre galle qui se fait eunuque est saisi du désir de ressembler au soleil d’hiver, au ciel infécond, et quand le prêtre d’Adonis pratiquait sur son corps des incisions qui laissaient couler son sang en filets de pourpre sur sa chair nue, il s’imaginait communier avec le dieu éventré dont le sang en automne colorait les rivières limoneuses et fertilisait de nouveau les terres desséchées.
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