Étienne Eggis

Élements biographiques

Étienne Eggis,  Voyages aux pays du cœur

“ Si tu restes debout au milieu des plus grands,
Si ton œuvre bruyante est vaste comme l’âme,
C’est que l’ivresse, comme une robuste femme
Sous ta cuisse nerveuse a fécondé ses flancs.
L’ivresse, c’est le fleuve où notre âme se trempe,
L’ivresse, c’est l’oubli ; l’oubli, c’est le bonheur ;
La raison, c’est l’abîme où le doute moqueur
Sous sa nuit désolée étouffe notre lampe.
J’ai vécu pauvre et seul, j’ai beaucoup voyagé.
Du pain noir de l’exil je connais l’amertume ;
Jamais la comédie à mes yeux n’a changé,
J’ai vu le même cœur sous un autre costume.
”
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Étienne Eggis,  Voyages aux pays du cœur

“ Emportait dans les deux une flamme immortelle !
Que sert la mort du corps si l’âme est éternelle ?
O Mort ! que cache donc ta muraille d’airain ?
Est-ce le néant sombre, est-ce le ciel serein ?
Quand l’espoir et la foi, dans l’église claustrale,
Baignaient encor mon front de leur onde lustrale,
Quand je disais encor ma prière du soir,
Et qu’à la Fête-Dieu je portais l’encensoir,
Un prêtre aux cheveux blancs, aussi doux que ma mère
Me répétait souvent qu’à cette vie amère
Succède pour tous ceux qui gardent le cœur pur,
Un paradis lointain où des anges d’azur
”
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Étienne Eggis,  Voyages aux pays du cœur

“ Mais, hélas ! c’est en vain que l’ivresse impuissante
Met son bâillon de fer à la voix de mon cœur ;
Je sens renaître en moi mon âme agonisante ;
L’ange du souvenir reste toujours vainqueur.
Sur quel sommet désert ouvres-tu tes pétales,
Sombre fleur du néant qu’on appelle l’oubli ?
Le manteau de la mort, aux étreintes fatales,
Te recèle peut-être en son lugubre pli.
Oh ! la mort ! cabaret mystérieux et morne
Où tous les pèlerins qui viennent du berceau
Entrent en déposant, à l’angle de la borne.
Leur pourpre ou leurs haillons, leur sceptre ou leur roseau.
”
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