Résumé

Étienne Eggis Voyages aux pays du cœur

Si tu restes debout au milieu des plus grands,
Si ton œuvre bruyante est vaste comme l’âme,
C’est que l’ivresse, comme une robuste femme
Sous ta cuisse nerveuse a fécondé ses flancs.
L’ivresse, c’est le fleuve où notre âme se trempe,
L’ivresse, c’est l’oubli ; l’oubli, c’est le bonheur ;
La raison, c’est l’abîme où le doute moqueur
Sous sa nuit désolée étouffe notre lampe.
J’ai vécu pauvre et seul, j’ai beaucoup voyagé.
Du pain noir de l’exil je connais l’amertume ;
Jamais la comédie à mes yeux n’a changé,
J’ai vu le même cœur sous un autre costume.
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Étienne Eggis Voyages aux pays du cœur

Mais, hélas ! c’est en vain que l’ivresse impuissante
Met son bâillon de fer à la voix de mon cœur ;
Je sens renaître en moi mon âme agonisante ;
L’ange du souvenir reste toujours vainqueur.
Sur quel sommet désert ouvres-tu tes pétales,
Sombre fleur du néant qu’on appelle l’oubli ?
Le manteau de la mort, aux étreintes fatales,
Te recèle peut-être en son lugubre pli.
Oh ! la mort ! cabaret mystérieux et morne
Où tous les pèlerins qui viennent du berceau
Entrent en déposant, à l’angle de la borne.
Leur pourpre ou leurs haillons, leur sceptre ou leur roseau.
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Étienne Eggis Voyages aux pays du cœur

Si dans un soir d’orage, alors que la tourmente
Bat les flots turbulents de la mer écumante,
Que les sapins froissés par le vent de la nuit
S’agitent sourdement dans leur lugubre ennui,
Et que dans l’air troublé les esprits des orages
Jettent au front des cieux le drap noir des nuages,
Si Dieu venant vers moi sur l’éclair ou le flot
Mêlant au bruit des mers son éternel sanglot,
Me disait en cachant sa torture secrète :
— Monte, tu seras Dieu ! moi, je serai poëte !
Je dirais : — Non ! — Là haut, Dieu n’a pas su garder
Le suprême pouvoir de se suicider.
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