“ Qui n’aime ici-bas que son conjoint sans aimer ce qu’il peut devenir par nous — et qui n’aime pas ceux qu’il pourra faire devenir — n’a jamais rien aimé. C’est l’égoïsme à deux qui ne peut que doubler en horreur l’égoïsme à un. Il ne rompt pas même la solitude de l’âme. On ne la rompt qu’en épousant avec l’élu le jour du mariage, le destin de sa race et de tous ceux qu’on pourra lui gagner par le courage et le génie. On le peut mieux à deux qu’à un car, d’un couple inspiré, éclairé, il naît une force invincible. ”
Aurel
Citations de Le nouvel art d’aimer (Aurel)
“ Toi, femme, n’oublie pasd’amuser le bonheur, ni toi Jacques. Ne négligez pas les caresses de mots, qui font les autres exquises et les petits noms chauds, ridicules et charmants. La gaieté sauve tout. Ce n’est pas l’amourqui peut tout sur ton mari, Simone. Ce n’est pas ton amour à l’état brut. Oh non ! C’est ton intention de grâce, c’est ton invention de douceur perpétuelle. À toi de le secourir contre la fatigue, contre l’humeur, la nervosité de la lutte, de la vie difficile — et que toi seule — don divin, peux lui rendre légère en paraissant. ”
“ Comment vivre heureux quand il y a cela au fond des mœurs ? Luttons, peinons jusqu’à effet, jusqu’à informer le pouvoir, qu’on ne nous laisse plus le pied en l’air. Partagez-vous, parents, l’autorité. Qu’elle soit une, c’est-à-dire couplée, complète. Ce qui se décide à un seul sexe est stérile. Sans le couple à sa tête, nul État ne vivra. La République est morte pour n’y avoir pas invité la femme c’est-à-dire la vie. L’État à un sexe ne représente que la moitié de la vie, c’est-à-dire la mort. ”
“ Marie-Antoinette aimant Fersen ne voulait pas en faire un malheureux. Et comme eût fait toute noble femme, sûre du cœur de son ami, elle lui permettait de vivre. Il avait été son chevalier servant, son Sigisbée, survivance du moyen-âge et de la Renaissance. Ce qui fait leur histoire belle c’est de ne pas avoir été vécue. Ils furent deux enfants de malheur qui s’évadent de la haine du peuple dans le sourire et dans la confidence douce. Il la consolait d’un destin tragique par le charme et la joie de la voir, de l’entendre. ”
“ L’art, c’est le sang du juste,du plus juste [19] . La beauté c’est sa force la plus désespérée qui s’arrache de lui pour créer en nous cet être sacré que, sans l’art, nous ne serions qu’aux heures du malheur ou de l’extase. L’artiste veut que nous soyons divins moins rarement, plus familièrement. Quand l’art nous fait sentir nos signes divins, ce n’est pas alors qu’il nous déshumanise — bien au contraire — car les dieux seuls sont assez hommes. De nous, exigeons Dieu qui toujours, dans l’homme, attend son heure. Et que l’artiste nous y aide. ⁂ Surtout ne craignons pas le grand. ”
“ C’est pourquoi le mari achevant l’épousée — et réciproquement — le mariage jeune aura droit au respect des nations. Du haut en bas de l’échelle d’action, il faut tout faire seul de ce qui nous concerne, mais en s’aidant du conseil des justes et des sages pourvu qu’ils soient sensibles. — Mais comment, diras-tu, trouver la compagne ou le compagnon, et tomber juste et s’achever ensuite l’un par l’autre ? L’amour, c’est-à-dire la famille religieuse, a fondé la cité : le totem première famille en date. Et plus tard la famille romaine a fondé la force de Rome. ”
“ Saveur des grâcesde l’aveu de faiblesse, on n’a pas assez dit aux amants votre parfum de plénitude, votre goût d’aube et de rosée. L’amour veut qu’on demande.Et soyons modestes. Les âmes trop fières et qui veulent donner sans demander se trompent. L’amour n’aime pas cet orgueil. Les stoïques le glacent. Et pourvu qu’Elle ou Lui, n’abuse pas — l’amour veut tant de mesure et de respect — le cher autre aime qu’on demande. Il choisit le poussin piailleur qui l’appelle pour tout. Il est pris par l’enfant petit qui se cache en la femme forte, en le garçon musclé de cœur comme de corps. ”
“ La cité était née. On ne fonde rien que par le respect. Rome était née du culte du divin, des ancêtres, de la piété mise à fonder une famille. La religion était la loi puisque Athènes avait une purification tous les deux ans, et Rome tous les quatre ans. À cette fête (le cens et la lustration) ceux qui ne venaient pas au cens [6] étaient rayés du nombre des citoyens. Je dis : Rome n’était impie qu’envers la femme. L’épouse n’entrait dans la famille antique que pour transmettre la vie à un défenseur du culte des ancêtres de son mari et devait donc abjurer le culte de ses pères. ”
“ N’aimer que celui qui se montre notre ami, celui de notre individu ; parmi ceux qui sont sensibles à notre personne, préférer ceux qui vont à notre personnage. Quand l’ami est trouvé, rester transparente pour lui. Amour c’est lumière d’abord. Exprimer seulement sans bluff ce que nous ressentons. Il y faut se traduire. Mais se traduire naturellement est un art pour ne pas répéter les lieux communs de la sensiblerie. Il y faut le choix artiste, le respect du mystère. Cultive-toi, jeune fille, toi aussi jeunesse virile, pour être digne de l’amour. ”
“ Au sujet de la lutte pour la vie, lisons les Fables de La Fontaine. Lisons Rousseau pour l’éveil de la sensibilité, de la justice, en modérant ses orgies d’individualisme. Les Maximes de La Rochefoucauld, les Caractères de La Bruyère, raides et squelettiques, font jouer par la justesse l’observation profonde. Mais que leur trait est sec et stérile ! Il faut venir à Jean Dolent, dans Maître de sa joie [43] , Monstres, L’Insoumis, Amoureux d’art, etc., pour trouver le maître du trait souple, artiste, dynamique, celui « qui nous emmène plus loin qu’où il s’arrête, où il semble s’être arrêté ». ”
“ Ton mari ou ta femmet’a-t-il agacé par un tic ? N’y pense pas. Cherche ce qu’il a fait de bien, de crâne. Et il a toujours beaucoup fait. Ne porte tes yeux que là ou tu aurais gâté le don de Dieu et dégradé l’union. Ses beaux actes seuls valent l’attention. Eux seuls méritent la mémoire et seuls ils nous enseignent. Quand tu auras assis l’amour à ton foyer et le sentiment du bonheur chez toi — cet amour qui t’élève au-dessus de toi-même — alors tu pourras tout lui dire, même de réprimer son tic. Mais veille à vos commencements et bride la nervosité. La belle humeur est la moitié du bonheur. ”
“ Son mari s’est levé pour la louanger. Toi, jeune femme, pense aussi à être celle qui s’est levée pour louanger son mari. Il aime tant notre suffrage ! Nous ne le formulons jamais assez. — De quoi, dit l’innocente, le louerai-je le plus ? Moi. — « Mais de t’avoir dit ce matin : « Avec toi, j’aime ce que je fais, ce que nous ferons l’un de l’autre. » Il était beau, tranquille, ses vingt-cinq ans étaient graves. Il te riait l’instant d’après dans le visage comme un enfant petit. Tandis que ses camarades claquent l’argent des parents à faire le singe, il fait lui l’homme, le père. ”
“ Voyez-vous par exemple ce monstre, l’idole qui ne sait pas remercier, qui prend le don du cœur comme chose courante, et quand l’homme lui dit du fond de sa ferveur en poète éperdu : « Liane, je suis à vous » le voyez-vous le butor féminin, du fond de sa sécheresse impavide qui n’a pas tremblé ni reçu l’offrande de l’homme comme on prie, cette offre d’un cœur courageux puisqu’il ose le don, engage l’avenir dès que parle sa foi ? Voyez-vous le monde privé du merci de la femme, de l’homme, du merci de l’enfant à la vieillesse émue ? ”
“ Exigez parents qu’on nous rende les hautes formes du théâtre, celui des poètes, le théâtre héroïque, la tragédie en vers, tout ce qui peut mettre en nos fils le sens de la grandeur, la volonté de porter le destin à ses cimes. À aucune époque, dit Barbeyd’Aurévilly, le théâtre n’a eu chez nous la gravité d’institution qu’il aurait dû avoir. Ne disons pas qu’il n’est plus temps. C’est toujours l’heure du théâtre de beauté car la jeunesse en a besoin pour s’éployer. Exigeons parents, le théâtre classique de nos plus beaux contemporains. ”
“ Et cette émulation d’honneurd’un honneur chaud et protégeant, dans le plus large champ de l’activité de chacun, comme dans son intimité, cette émulation d’un honneur progressiste et c’est assez pour mettre aux yeux de tous et sur leurs lèvres le bon goût de la vie. Un désaccordpasse-t-il entre les époux ? Qu’ils s’enferment pour discuter. Au regard du faible, de l’enfant, toute voix de passion qui s’élève est un trouble. Il voit une dispute où ses parents divergent. Il se sent menacé et il l’est en effet ; les véhéments, les absolus n’emmènent-ils pas le cœur dans le débat ? ”
“ Comment vivre sans un appel d’en haut ? Comment se soutenir même sans enthousiasme ? Il est donc bien entendu pour la France, ainsi que pour tout peuple de civilisation haute — comme les Grecs qui mêlaient les dieux à leurs fêtes les plus profanes, qui mettaient en somme les dieux partout, dans les banquets comme dans le baiser — que toute foi, tout feu sacré que nous stimulerons en nous, foi en Dieu, en la patrie, en l’art, en la beauté, en l’homme et en la femme — exalteront notre génie pour faire un bel amour. ”
“ On peut choisir son mari pour sa vie ardente au secours des belles causes, pour ses égards pour ses parents (excellente garantie pour l’épouse) , pour sa large compréhension, pour son courage à foncer sur l’obstacle, à s’en faire un appui. On ne peut pas le choisir, à moins d’être une fille de trottoir, pour sa carrure, sa carnation, sa beauté ou sa force. Sans compter que je me suis laissé dire que les jouisseuses y peuvent être volées par un bellâtre plein de soi ou par le Samson à la manque. C’est la modestie qui se donne et s’empresse Pour inspirer ton instinct. ”
“ C’est aussi que l’amour devient aux heures sombres tout le soleil des mœurs : La vie intense de la race se tourne vers lui pour lui confier son courage et sa valeur que le malheur a mis à vif. C’est que la famille devient le nid de délices où abriter de nous tout ce qui vaut de vivre. C’est que la famille s’étend à la nation car chacun compatit à tous dans la difficulté mieux qu’en la commodité. Donc en somme l’amour s’est approché de nous. ”
“ C’était si vrai que plus tard Eugénie empêcha sa belle-sœur, la femme légitime, d’approcher du lit de Maurice pendant son agonie. Que ces horreurs libidineuses ne se revoient jamais. Qu’autour du feu unique, on ne voie que des gens décidés à savoir qu’on n’en peut faire un paradis, comme de la tablée nombreuse, qu’en respectant les droits du cœur de chacun, même sa sauvagerie particulière, sa passion, ses reliques, son secret — et que sur le reste on discute hardiment. Vous mari choyé,écoutez en amoureux les déceptions de vos sœurs et belles-sœurs. L’amour seul soutient l’attention. ”
“ Ceux qu’on élève à tout entendre sont plus intelligents. Tant pis. Sacrifions un temps l’intellect et le jeu preste des idées à l’édification d’une forte nature. On fait trop d’esprit chez nous devant les enfants entre adultes. Ou que la mère, après une plaisanterie du père sur les mœurs, prenne la peine de dire à part au gamin : « Père se moque, tu sais bien. Voici ce qui aurait été mal ; voici ce qui est bien et courageux. » Sans cette intrusion bonne qui le fixe, il perd la notion du devoir dont nul ne lui parle jamais — en voyant tout blaguer par ses parents. ”
“ Pour que le couple ait toutes ses grâces, les tiennes et les siennes, c’est elle qui devra te retenir car tu dois la venger d’avoir été trop sage. Le charme brave de ce temps c’est que la femme la plus sainte veut prendre aussi et non donner seulement. Elle sait qu’on s’attache mollement à la femme qu’on frustre et qu’un sourire qui jeûne et se contraint ne verse pas la sainteté plus que la joie. Elle entend n’être sage que si l’homme qu’elle aime a su montrer assez de verve et de courage pour ne pas lui doser la joie. ”
“ Brusqué par toi il ira vivre avec elle. Ton arme, tu la sais : lui faire un accueil dé délices quand il rentre. Le concours de séduction est rouvert. Il s’agit de vaincre la farceuse, de la vaincre de haute lutte. Là, Madame, le destin, quand il est mauvais, c’est votre paresse. Et quand tu l’auras reprisfine mouche, dis-lui négligemment, afin qu’il n’y revienne pas, que tu prends en dégoût, et précise, « en dégoût de peau », l’homme qui touche à de la femme. Et grave, après la rosserie sincère, ajoute cette vérité : « On se doit de ne toucher qu’à l’amour. » L’adultère, Mathilde. ”
“ Étant aimée, ce qui te rend à tort sûre de toi, pleine de toi, tu réponds sur toutes choses à ton mari du tac au tac. Un peu plus de méditation à deux dans un demi-silence où tu t’informerais de son « soi » plus profond comme du tien, lui donnerait de toi une impression plus forte. Étudiez-vous ; il n’est pas de plus belle étude. Garde une magie, un secret, jeune femme, quelque repli dans le mystère. Ne vis pas toute en premier plan. Ne t’apporte pas toute d’un seul coup sur un plat. L’amour c’est interrogation d’abord puisqu’il doit alimenter l’esprit. ”
“ L’homme est nerveux. La porte est ouverte. Si tu le laisses seul de cœur, comment veux-tu que, le vantail de ta porte poussé, il n’évoque pas ta parente modeste ou ton amie qui, si souvent l’a plaint, qui a un culte pour lui, qui n’ose pas l’espérer et qui va lui sourire à plein cœur, comme à son messie. L’amour nous égalise toutes. Modestie. Les femmes que j’ai vues aimées fanatiquement étaient laides. Mais comme elles aimaient ! L’amour va à l’amour. Cette fièvre s’attrape. Aussi elles savaient aimer. Fais tes études. Si tu veux la joie,homme, veille à tes mots. Toi le chef de la paire ”
“ Écoute l’homme, toi femme quand tu le vois sagace, dirigeant et maître de la paire, jamais quand il en est l’esclave. Voici un cas de l’égoïsme à deux doublement vil : Mme D... vers la quarantaine se desséchait de n’avoir pas d’enfants. Le mari n’a pas voulu lui en donner, jaloux de l’attention des instants de sa femme. Elle devient la dame au petit chien, ce personnage ridicule. Quand le mari mourra, elle sera la misérable sans un cœur et sans un appui. Vieillir sans trois enfants au moins, c’est l’infortune, l’abandon, c’est la damnation même. ”
“ La bonté, ô nietzschéens à la manque, c’est donc le grand moyen de culture. Les amants qui vivent ensemble. Ce qu’ils ont de particulier, c’est que l’homme, le veuille-t-il ou non, et aussi délicat soit-il, est l’exécuteur social, le bourreau de la femme. Dans nos lois iniques pour Elle, la plus faible n’a de rang que par l’homme. Est-il parfait ? Elle est heureuse. Elle est au bon plaisir de son monarque. Est-il sans mœurs ? Elle est perdue. Mariée à un goujat, c’est une victime. Le divorce la rend suspecte. Sans mari la femme ne pèse rien. ”
“ Tu crois tenir ton homme,attention, Yvonne, ton mari est cultivé et tes yeux manquent de mystère. Et quand il t’aura lue, que voudrais-tu qu’il fît ? Sa femme c’est son livre et s’il l’a lu du premier coup, il y pensera moins. Augmente-toi, lis les penseurs, les saints, les grands poètes, et leurs poèmes mineurs qui te nuanceront. Ainsi ton regard, mon enfant, sera moins court. Lis les portraits de natures insignes, de figures uniques. Il est grand celui qui ne ressemble qu’à lui. Qui a su différer en beau te fortifie. La monotonie est contraire à l’amour. ”
Termes fréquents
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