“ La Fontaine : Le sage dit, selon les gens : Vive le roi, vive la ligue ! Bergers, bergers, le loup n'a tort Que quand il n'est pas le plus fort. Mais, en définitive, l'impression finale qui reste des fables de La Fontaine est saine. « Réformer le monde, dit M. Gréard, n'est point l'affaire de La Fontaine. Le peindre tel qu'il est, avec ses violences, ses bassesses, ses hypocrisies, non sans tristesse, à la longue, « de revoir toujours le même train, » voilà son but unique. Il est de bon conseil, comme l'expérience; sa sagesse ne va pas au delà ; c'est la sagesse de la vie. ”
Citations sur “Fables de La Fontaine”
“ Les fables de La Fontaine sont plutôt la philosophie dure, froide et égoïste d'un vieillard, que la philosophie aimante, généreuse, naïve et bonne d'un enfant: c'est du fiel, ce n'est pas du lait pour les lèvres et les coeurs de cet âge. Ce livre me répugnait; je ne savais pas pourquoi. Je l'ai su depuis : c'est qu'il n'est pas bon. Comment le livre serait-il bon? l'homme ne l'était pas. On dirait qu'on lui a donné par dérision le nom du bon La Fontaine. La Fontaine était un philosophe do beaucoup d'esprit, mais un philosophe cynique. ”
Ernest Lugrin, Histoire de la littérature française… (1893)
“ La Fontaine ne se contente pas d'enseigner une vérité; il décrit avec soin tous ses personnages, donne du relief aux moindres objets, allonge son récit au gré de sa fantaisie, et conduit le lecteur au but par d'agréables chemins dont il a le secret. Et voilà pourquoi les Fables de La Fontaine offrent tant d'attraits, non seulement à l'enfance, qui y goûte le plus vif plaisir, mais encore à l'âge mûr et à la vieillesse, qui s'y instruisent et s'y récréent tout à la fois. ”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Causeries du lundi
“ « Fables de La Fontaine. — Elles amusent ; mais la morale qu’elles expriment déroute parfois les ouvriers ; ils cherchent où est la leçon. Les Fables de Florian, plus directes de marche et d’intention, plaisent peut-être davantage. » Et en effet encore, la fable pour La Fontaine n’a été le plus souvent qu’un prétexte au récit, au conte, à la rêverie ; la moralité s’y ajuste à la fin comme elle peut. Les esprits droits et logiques (et tout esprit simple l’est aisément) , qui comptent trop sur une vraie fable, peuvent être parfois un peu déconcertés. ”
Léon Feugère, Morceaux choisis des classiques français à l'usage des classes de grammaire… (1875)
“ Ce fut en 1668 que parurent les premiers livres des Fables, œuvre unique et impérissable qui s'adresse à tous les âges, plaît à l'enfant par la fidèle peinture de la vie et des mœurs des animaux, et attache l'homme fait par la richesse et la vérité de l'observation morale. La perfection des Fables de La Fontaine a un peu effacé le souvenir de ses autres ouvrages, nombreux encore, et d'un mérite inégal, mais dans lesquels se retrouvent les brillantes qualités du poëte et de l'écrivain. ”
Jean de La Fontaine,
Fables de La Fontaine
(1867)
“ FABLE PREMIÈRE. LES DEUX RATS, LE RENARD ET L'OEUF. DISCOURS A MADAME DE LA SABLIÈRE. Iris, je vous louerois ; il n'est que trop aisé : Mais vous avez cent fois notre encens refusé ; En cela peu semblable au reste des mortelles, Qui veulent tous les jours des louanges nouvelles. Pas une ne s'endort à ce bruit si flatteur. Je ne les blâme point ; je souffre cette humeur : Elle est commune aux Dieux, aux monarques, aux belles Ce breuvage vanté par le peuple rimeur, Le nectar, que l'on sert au Maître du tonnerre, Et dont nous enivrons tous les dieux de la terre, C'est la louange, Iris. ”
Pompiliu Eliade,
Revue des Deux Mondes
“ Nous sommes loin des fables de La Fontaine, ou plutôt nous sommes, à vrai dire, à l’extrémité tout opposée. L’auteur ne rime plus pour le plaisir de débiter des contes, comme en 1832. Sa fable a un but, si elle n’a pas une philosophie. Au lieu de dire comme celle de La Fontaine : « Humains, croisez-vous les bras, car il n’y a rien à faire sur cette terre ; » elle dit à un cercle plus restreint de mortels : « Roumains, levez-vous, et agissez ! » ”
Hippolyte-Adolphe Taine, La Fontaine et ses fables (3e éd… (1861)
“ La fable, par sa brièveté, se proportionne à leur attention si alerte et si vite lassée. Encore faut-il qu'elle ne persévère point d'un bout à l'autre dans le même style, mais qu'elle change, qu'elle ondule par toutes sortes de tours sinueux, de la joie à la tristesse, du sérieux à la plaisanterie. La Fontaine est le seul qui nous ait donné le vers qui nous convient, « toujours divers, toujours nouveau, » long, puis court, puis entre les deux, avec vingt sortes de rimes redoublées, entrecroisées, reculées, rapprochées, tantôt solennelles comme un hymne, tantôt folâtres comme une chanson. ”
Jean de La Fontaine,
Fables
(1906)
“ Fureur d'accumuler, monstre de qui les yeux Regardent comme un point tous les bienfaits des dieux, Te combattrai-je en vain sans cesse en cet ouvrage! Quel temps demandes-tu pour suivre mes leçons ? L'homme, sourd à ma voix comme à celle du sage, Ne dira-t-il jamais : C'est assez, jouissons ? Hâte-toi, mon ami, tu n'as pas tant à vivre. Je te rebats ce mot ; car il vaut tout un livre. Jouis. — Je le ferai. — Mais quand donc ? — Dès demain. Eh ! mon ami, la mort te peut prendre en chemin : Jouis dès aujourd'hui ; redoute un sort semblable A celui du chasseur et du loup de ma fable. ”
Jean de La Fontaine,
Fables de La Fontaine
(1867)
“ FABLE X. LE BERGER ET LE ROI. Deux démons à leur gré partagent notre vie, Et de son patrimoine ont chassé la raison ; Je ne vois point de coeur qui ne leur sacrifie : Si vous me demandez leur état et leur nom, J'appelle l'un, Amour, et l'autre, Ambition. Cette dernière étend le plus loin son empire ; Car même elle entre dans l'amour. Je le ferois bien voir ; mais mon but est de dire LE BERGER ET LE ROI. Comme un Roi fit venir un Berger à sa cour. ”
Jean de La Fontaine,
Fables
(1851)
“ Non, de par tous les chats! Entrant lors au combat, Il croque l'étranger. Vraiment, dit le maître chat, Les moineaux ont un goût exquis et délicat! Cette réflexion fit aussi croquer l'autre. Quelle morale puis-je inférer de ce fait? Sans cela, toute fable est un œuvre imparfait. J'en crois voir quelques traits; mais leur ombre m'abuse. Prince, vous les aurez incontinent trouvés : Ce sont des jeux pour vous, et non point pour ma muse; Elle et ses sœurs n'ont pas l'esprit que vous avez. ”
Hippolyte-Adolphe Taine, La Fontaine et ses fables (3e éd… (1861)
“ Un homme rentre chez lui le soir, cause avec ses amis, et s'amuse à leur peindre les gens qu'il a vus, les caractères qu'il a observés, les traits de mœurs qui l'ont frappé; il ne cherche point ses idées, il les trouve : elles sont nées d'elles-mêmes, par la seule présence des objets. Voilà l'origine des fables de La Fontaine. Chacune d'elles est le récit d'une journée. Il a vu tout à l'heure les originaux qu'il copie. Ce sont les personnages de son temps, roi, clergé, seigneurs, bourgeois, paysans. ”
Jean de La Fontaine,
Fables de La Fontaine
(1867)
“ Le chêne un jour dit au roseau : Vous avez bien sujet d'accuser la nature; Un roitelet pour vous est un pesant fardeau; Le moindre vent qui d'aventure FABLES DE LA FONTAINE. 17 Fait rider la face de l'eau, Vous oblige à baisser la tête : Cependant que mon front, au Caucase pareil, Non content d'arrêter les rayons du soleil, Brave l'effort de la tempête. Tout vous est aquilon, tout me semble zéphir. Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage Dont je couvre le voisinage, Vous n'auriez pas tant à souffrir; Je vous défendrais de l'orage. Mais vous naissez le plus souvent Sur les humides bords des royaumes du vent. ”
Jean de La Fontaine,
Fables
(1906)
“ L'autre vit où tendait cette feinte aventure : Il rendit le fer au marchand, Qui lui rendit sa géniture. Même dispute advint entre deux voyageurs. L'un d'eux était de ces conteurs Qui n'ont jamais rien vu qu'avec un microscope ; Tout est géant chez eux : écoutez-les, l'Europe, Comme l'Afrique, aura des monstres à foison. Celui-ci se croyait l'hyperbole permise : J'ai vu, dit-il, un chou plus grand qu'une maison. Et moi, dit l'autre, un pot aussi grand qu'une église. Le premier se moquant, l'autre reprit : Tout doux; On le fit pour cuire vos choux. L'homme au pot fut plaisant ”
Émile Faguet,
La Fontaine
(1913)
“ Fontaine a pris la fable comme un poème où les animaux donnent des leçons aux hommes et des leçons qui ne laissent pas d'être raisonnables. C'est ce qui a lieu, et d'une façon moins satirique, dans une foule de fables de La Fontaine. La Fontaine nous peint les animaux, et cette fois en eux-mêmes, comme ils sont ou comme il croit les voir, il nous peint les animaux pour qu'ils nous servent de maîtres, pour qu'ils. nous apprennent quelque chose et par leurs défauts, et par leurs qualités. ”
Jean de La Fontaine,
Fables
(1906)
“ Un jour que le vieillard dormait d'un profond somme, Sur le bout de son nez une allant se placer Mit l'ours au désespoir ; il eut beau la chasser. Je t'attraperai bien, dit-il ; et voici comme. Aussitôt fait que dit : le fidèle émoucheur Vous empoigne un pavé, le lance avec roideur, Casse la tête à l'homme en écrasant la mouche ; Et non moins bon archer que mauvais raisonneur, Raide mort étendu sur la place il le couche. Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami ; Mieux vaudrait un sage ennemi. ”
Jean de La Fontaine,
Fables de La Fontaine
(1875)
“ Ce sont arrêts du Sort qu'on ne peut empêcher : 326 FABLES DE LA FONTAINE. Le torrent à la fin devient insurmontable. Cent dieux sont impuissants contre un seul Jupiter. Louis et le Destin me semblent de concert Entraîner l'univers. Venons à notre fable. Mère écrevisse un jour à sa fille disait : Comme tu vas, bon Dieu ! ne peux-tu marcher droit? Et comme vous allez vous-même ! dit la fille : Puis-je autrement marcher que ne fait ma famille ? ”
Hippolyte-Adolphe Taine, La Fontaine et ses fables (3e éd… (1861)
“ La violence n'est plus une qualité pure; elle est devenue un lion, et le lion de La Fontaine. Tout, dès lors, est varié, mobile, intéressant, animé; chacun des mots qu'on touche en parcourant la fable soulève une foule de pensées incertaines et fugitives, comme chaque pierre qu'on déplace en suivant un chemin découvre une multitude d'êtres, de figures et de couleurs. La poésie alors est l'image de la nature. ”
Jean de La Fontaine,
Fables de La Fontaine
“ Ainsi ces fables sont un tableau où chacun de nous se trouve dépeint. Ce qu'elles nous représentent confirme les personnes d'âge avancé dans les connaissances que l'usage leur a données, et apprend aux enfants ce qu'il faut qu'ils sachent. Comme ces derniers sont nouveaux venus dans le monde, ils n'en connaissent pas encore les habitants, ils ne se connaissent pas eux-mêmes. On ne les doit laisser dans cette ignorance que le moins qu'on peut; il leur faut apprendre ce que C'est qu'un lion, un renard, ainsi du reste; et pourquoi l'on compare quelquefois un homme à ce renard ou à ce lion. ”
Jean de La Fontaine,
Fables
(1851)
“ Fiez-vous-y ; les vents et les voleurs viendront. XXIX, L'Ane et le petit Chien. Ne forçons point notre talent : Nous ne ferions rien avec grâce. Jamais un lourdaud, quoiqu'il fasse, Ne saurait passer pour galant. Peu de gens, que le Ciel chérit et gratifie, Ont le don d'agréer infus avec la vie. C'est un point qu'il leur faut laisser, Et ne pas ressembler à l'âne de la fable, Qui, pour se rendre plus aimable Et plus cher à son maître, alla le caresser. ”
Jean de La Fontaine,
Fables de La Fontaine
“ LA FEMME NOYÉE Je ne suis pas de ceux qui disent : Ce n’est rien, C’est une femme qui se noie. Je dis que c’est beaucoup ; et ce sexe vaut bien Que nous le regrettions, puisqu’il fait notre joie. Ce que j’avance ici n’est point hors de propos, Puisqu’il s’agit, en cette fable, D’une femme qui dans les flots Avait fini ses jours par un sort déplorable. Son époux en cherchait le corps Pour lui rendre, en cette aventure, Les honneurs de la sépulture. Il arriva que sur les bords Du fleuve auteur de sa disgrâce, Des gens se promenaient ignorant l’accident. Ce mari donc leur demandant ”
“ Toute puissance est foible, à moins que d’être unie: Écoutez là-dessus l’esclave de Phrygie. Si j’ajoute du mien à son invention, C’est pour peindre nos mœurs, et non point par envie; Je suis trop au-dessous de cette ambition. Phèdre enchérit souvent par un motif de gloire; Pour moi, de tels pensers me seroient malséants. Mais venons à la fable, ou plutôt à l’histoire De celui qui tâcha d’unir tous ses enfants. 190 Un vieillard près d’aller où la mort l’appeloit: Mes chers enfants, dit-il (à ses fils il parloit) , Voyez si vous romprez ces dards liés ensemble ”
Jean de La Fontaine,
Fables
(1906)
“ Sire roi, mon ami, va-t'en; tu perds ta peine : Ne me parle point de retour ; L'absence est aussi bien un remède à la haine Qu'un appareil contre l'amour. LES DEUX AVENTURIERS ET LE TALISMAN Aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire. Je n'en veux pour témoin qu'Hercule et ses travaux : Ce dieu n'a guère de rivaux ; J'en vois peu dans la Fable, encor moins dans l'histoire. En voici pourtant un, que de vieux talismans Firent chercher fortune au pays des romans. ”
Jean de La Fontaine,
Fables de La Fontaine
“ Parmi les ouvrages immortels qui nous restent de cet homme inimitable, il faut placer au premier rang ses Fables que tout le monde connaît et a su apprécier. Quelle aisance ! quelle vivacité, quelle finesse à la fois et quelle naïveté ! car il réunissait ces deux qualités à un degré supérieur, et c’est ce mélange qui fait le prodige. C’est véritablement le poëte de la nature, surtout dans ses fables, on dirait qu’elles sont tombées de sa plume. ”
Clodomir Rouzé, Analyses littéraires de fables de La Fontaine et de morceaux choisis… (1892)
“ ANALYSE. La Fontaine, en traduisant cotte fable, ne s'en est point approprié la morale. Ceux qu'il vise ne sont point ces faux braves qui reculent dès qu'on leur résiste avec courage, mais ces gens importuns qui, sous prétexte de nous rendre service, nous obsèdent et nous fatiguent tellement par leur maladroit empressement, que nous sommes toujours tentés de leur adresser ces vers de Racine : « D'un zèle officieux que sert de vous parer? Quel fruit me revient-il de tous vos sacrifices? » ”
Clodomir Rouzé, Analyses littéraires de fables de La Fontaine et de morceaux choisis… (1886)
“ Ces monts sourcilleux Qui pressent les enfers et qui fendent les cieux. Pressent est bien faible, et fendent n'est pas le terme propre. La Fontaine, au contraire, est ici supérieur à Virgile lui-même ! A ceux qui regretteraient que notre poète n'ait pas écrit la morale de cette fable, nous conseillerons de lire le Combat des Rats et des Belettes. Ils y verront que la médiocrité est encore la meilleure garantie de notre sécurité et de notre bonheur. 64 FABLES DE LA FONTAINE; VIII. — La mouche et la fourmi. La mouche et la fourmi contestoient de leur prix. ”
Jean de La Fontaine,
Fables
(1847)
“ Il dit à cet objet si doux : Vous n'avez qu'à choisir; car chacun est jaloux De l'honneur d'être votre époux. En ce cas je donne, dit-elle, Ma voix au plus puissant de tous. Soleil, s'écrie alors le bramin à genoux, C'est toi qui seras notre gendre. Non, dit-il, ce nuage épais Est plus puissant que moi, puisqu'il cache mes traits : Je vous conseille de le prendre. Hé bien ! dit le bramin au nuage volant, Es-tu né pour ma fille? — Hélas! non; car le vent Me chasse à son plaisir de contrée en contrée : Je n'entreprendrai point sur les droits de Borée. ”
Jean de La Fontaine,
Fables de La Fontaine
(1867)
“ LE LION ET LE MOUCHERON. Va-t'en, chétif insecte, excrément de la terre! C'est en ces mots que le lion Parlait un jour au moucheron. L'autre lui déclara la guerre : Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de roi Me fasse peur ni me soucie? Un boeuf est plus puissant que toi ; L'OISEAU BLESSÉ D'UNE FLÈCHE. (Page 24.) FABLES DE LA FONTAINE. 25 Je le mène à ma fantaisie. A peine il achevait ces mots, Que lui-même il sonna la charge, Fut le trompette et le héros. Dans l'abord il se met au large, Puis prend son temps, tond sur le cou Du lion qu'il rend presque fou. ”
“ D’où vient que personne en la vie N’est satisfait de son état? Tel voudroit bien être soldat A qui le soldat porte envie. Certain renard voulut, dit-on, Se faire loup. Eh! qui peut dire 607 Que pour le métier de mouton Jamais aucun loup ne soupire? Ce qui m’étonne est qu’à huit ans Un prince en fable ait mis la chose, Pendant que, sous mes cheveux blancs, Je fabrique à force de temps Des vers moins sensés que sa prose. Les traits dans sa fable semés Ne sont en l’œuvre du poëte Ni tous ni si bien exprimés: Sa louange en est plus complète. De la chanter sur la musette, C’est mon talent; ”
