“ Au mot de rat, la demoiselle Ouvrit l’oreille: il fut l’époux. Un rat! un rat! c’est de ces coups Qu’amour fait; témoin telle et telle. Mais ceci soit dit entre nous. On tient toujours du lieu dont on vient. Cette fable Prouve assez bien ce point; mais, à la voir de près, Quelque peu de sophisme entre parmi ses traits: Car quel époux n’est point au Soleil préférable, En s’y prenant ainsi? Dirai-je qu’un géant Est moins fort qu’une puce? Elle le mord pourtant. Le rat devoit aussi renvoyer, pour bien faire, La belle au chat, le chat au chien, Le chien au loup. ”
Jean de La Fontaine
Résumé
"Les Fables de Jean de La Fontaine, publiées au XVIIe siècle, constituent un chef-d’œuvre de la littérature morale et lyrique. À travers des récits brefs mettant en scène des animaux (loup, renard, chat, âne), l’auteur dévoile les travers de l’humanité, mêlant humour et réflexion.
Inspiré par Ésope, La Fontaine utilise des fables comme miroirs sociaux, où le rat, le lion ou le Phrygien incarnent des figures universelles. Son style poétique et ses leçons éternelles ont fait de ce recueil un classique inébranlable."
Citations de Fables (Jean de La Fontaine)
Jean de La Fontaine,
Fables
(1851)
“ Un fanfaron, amateur de la chasse, Venant de perdre un chien de bonne race, Qu'il soupçonnait dans le corps d'un lion, Vît un berger : Enseigne-moi, de grâce, Que de ce pas je me fasse raison. De mon voleur, lui dit-il, la maison, Le berger dit : C'est vers cette montagne. En lui payant de tribut un mouton Par chaque mois, j'erre dans la campagne Comme il me plaît; et je suis en repos. Dans le moment qu'il tenait ces propos, Le lion sort ; et vient d'un pas agile. Le fanfaron aussitôt d'esquiver : O Jupiter, montre-moi quelque asile, S'écria-t-il, qui me puisse sauver ! ”
Jean de La Fontaine,
Fables
(1906)
“ Fureur d'accumuler, monstre de qui les yeux Regardent comme un point tous les bienfaits des dieux, Te combattrai-je en vain sans cesse en cet ouvrage! Quel temps demandes-tu pour suivre mes leçons ? L'homme, sourd à ma voix comme à celle du sage, Ne dira-t-il jamais : C'est assez, jouissons ? Hâte-toi, mon ami, tu n'as pas tant à vivre. Je te rebats ce mot ; car il vaut tout un livre. Jouis. — Je le ferai. — Mais quand donc ? — Dès demain. Eh ! mon ami, la mort te peut prendre en chemin : Jouis dès aujourd'hui ; redoute un sort semblable A celui du chasseur et du loup de ma fable. ”
