Comte G. de Contades

Résumé

Comte G. de Contades Revue des Deux Mondes

Ce fut dans cet état de guérison incomplète que Quincey écrivit son essai sur Jeanne d’Arc, que nous avons peut-être trop oublié. Il était suffisamment délivré de l’opium pour échapper à cette misère froide et pénétrante, dont la pensée seule donne le frisson ; il en subissait encore assez l’influence pour percevoir et transmettre des visions remplies de vigueur et d’éclat, mais aussi de trouble et de mystère, comme celles qu’il prête, à leur heure suprême, aux deux principaux personnages du drame de Rouen : Jeanne et l’évêque de Beauvais, la condamnée et le juge !
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Elle ne s’est jamais associée aux chants qui s’élevèrent à Domrémy, son pays natal, comme l’écho des pas des envahisseurs en fuite. Elle n’a point pris part aux danses joyeuses par lesquelles fut célébrée, dans Vaucouleurs en délire, la délivrance de la France. Non, car sa voix était alors silencieuse ! Non, car ses pieds étaient alors de la cendre !... Et quand les tonnerres de la France tout entière tonneront pour proclamer la grandeur de la pauvre bergère qui a tout sacrifié pour le salut de la patrie, ton oreille, innocente et malheureuse fille, aura été fermée depuis cinq siècles.
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Le Southey de la Joan of Arc n’était donc pas un poète, et nul ne devait le comprendre mieux que Thomas de Quincey.
La vision était, en effet, chez le mangeur d’opium, un essentiel besoin d’esprit et de corps. Il en chercha la satisfaction artificielle par les moyens que l’on sait, mais ce besoin était inné en lui. Chez certains individus, un instinct prépondérant, heureux ou néfaste, se manifeste dès les premières années. Ainsi, chez Thomas de Quincey, le goût, la passion des représentations intérieures.
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