Ernest Perrot de Chezelles

Résumé

Ernest Perrot de Chezelles Vers d'un flâneur (1850)

Et qu'importe l'honneur !
Je sais enfin, monsieur, et mon cœur s'en irrite, Qu'on prise plus un sot qu'un homme de mérite, S'il traîne sa sottise en carrosse doré ; Que des femmes un fat est souvent adoré, Et qu'à la ville il n'est que ridicule ou vice.
Y vivre, l'habiter, me serait un supplice !
HENRI.
Pour moi, je suis encor d'un avis différent ; Ainsi que vous, je veux être sincère et franc.
Je conviens donc que j'aime et le monde et la ville.
De la vertu, parfois n'est-elle pas l'asile?
Si l'on y voit régner des vices insolens, N'y voit-on pas aussi briller tous les talens?
Source : Gallica

Ernest Perrot de Chezelles Vers d'un flâneur (1850)

HENRI.
À cette heure un tel lit vaut un lit de duvet; Qu'importe, quand la mort est assise au chevet, D'être dans un palais ou dans une mansarde, Qu'ainsi que notre corps les ans, le temps lézarde ?
Et d'ailleurs, le trépas est doux aux malheureux, Il finit leurs tourmens et leur ouvre les cieux !
La mort nous affranchit de la douleur cruelle, Dieu n'est-il pas clément et notre âme immortelle ?
LOUIS.
Ce que tu dis n'est bon que pour des songe-creux ; Nous vivons sur la terre avant de vivre aux cieux !
J'accorde que la vie est un pèlerinage, Mais faisons le bonheur compagnon du voyage.
Source : Gallica

Ernest Perrot de Chezelles Vers d'un flâneur (1850)

C'est ainsi qu'en entrant eu obscur voyageur Au chemin de la vie, Le jeune homme est saisi d'une vague terreur; A son cœur qui s'émeut l'espérance est ravie !
Il n'était point, hier, par ce doute attristé ; Non ! c'est en se heurtant à la réalité, Que cette âme songeuse, Qui pour son nom rêvait à l'immortalité, Se réveille moins folle et moins ambitieuse !
Interrogeant l'espace et l'horizon lointain, Inquiet, il veut lire au livre du destin, Mesurer la carrière Qu'il fournira dans l'ombre, et triste pèlerin, Avant d'être couché dans un cercueil vulgaire.
Source : Gallica

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