Résumé

G. Tarde Revue des Deux Mondes

Tout ce qui est génial est individuel, même en fait de crime. Ce n’est jamais une foule criminelle, ni une association de malfaiteurs, qui invente un nouveau procédé d’assassinat ou de vol ; c’est une suite d’assassins ou de voleurs de génie qui ont élevé l’art de tuer ou de piller le prochain à son point de perfection actuel.
À quoi tient le contraste signalé ? Pourquoi le grand déploiement de l’intelligence est-il refusé aux groupes sociaux, tandis que le grand et puissant déploiement de la volonté, de la vertu même, leur est accessible ?
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G. Tarde Revue des Deux Mondes

Le plus grand crime, au moyen âge, était la sodomie ; le brigandage n’était rien auprès de cet acte honteux, à coup sûr moins préjudiciable à autrui, mais des plus opposés à l’esprit chrétien et à son apothéose de la chasteté. La criminalité d’un acte ne se proportionne donc pas, dans un lieu et un temps donnés, au préjudice social qui s’ensuit, pas même au préjudice supposé et imaginaire, comme dans le cas de la sorcellerie; car les sociétés, comme les individus, se font honneur de s’interdire des actes qu’elles jugent déshonorans, tout en reconnaissant leur innocuité.
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G. Tarde Revue des Deux Mondes

Cette raison est bien simple : d’une part, une foule tend à se reproduire à la première occasion, à se reproduire à intervalles de moins en moins irréguliers, et, en s’épurant chaque fois, à s’organiser corporativement en une sorte de secte ou de parti ; un club commence par être ouvert et public, puis, peu à peu, il se clôt et se resserre ; d’autre part, les meneurs d’une foule sont le plus souvent non des individus isolés, mais des sectaires. Les sectes sont les fermens des foules. Tout ce qu’une foule accomplit de sérieux, de grave, en bien comme en mal, lui est inspiré par une corporation.
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