Gabriel d’Annunzio

Résumé

Gabriel d’Annunzio Revue des Deux Mondes

J’aime Hippolyte ; je l’aime avec une passion que je jugerais indestructible, si je ne savais pas que tout amour humain doit finir. Je l’aime, et je n’imagine pas de voluptés plus profondes que celles qu’elle me donne. Plus d’une fois pourtant, à la vue d’une femme qui passait, j’ai été assailli d’un désir subit ; plus d’une fois deux yeux féminins, entrevus quelque part à la dérobée, m’ont laissé dans l’âme comme un vague sillage de mélancolie ; plus d’une fois j’ai rêvé à une femme rencontrée, à une femme aperçue dans un salon, à la maîtresse d’un ami. — Quelle peut être sa façon d’aimer ?
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Gabriel d’Annunzio Revue des Deux Mondes

Le soir est d’opale, d’or et d’ambre. L’horizon est gemmé comme une longue rangée de trônes.
Puis cette richesse se voile et se refroidit. Le ciel et la lagune sont deux suavités glacées.
S’il y a une douceur qui blesse, c’est bien celle-ci...
Je rentre. Je vois emporter les couronnes. Les matelots sont en train de vider la chambre funèbre.
Par terre, auprès du lit, j’aperçois le cercueil ouvert. Le couvercle est appuyé au mur, verticalement.
Le cœur me tremble si fort que je m’appuie à l’épaule de Louis Bresciani ; mais il me semble que lui aussi aurait besoin d’être soutenu.
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Gabriel d’Annunzio Revue des Deux Mondes

C’est dans mon œil malade qu’est le spectre de l’étoile.
Je demande : « Peut-on voir d’ici la lune nouvelle ? »
Elle se lève. Sa figure se découpe sur la vitre. Elle me semble grandie par un soupir réprimé.
— Je ne l’aperçois pas, répond-elle. Veux-tu que j’aille dans le jardin pour tâcher de la découvrir ?
Je lui donne mon anxiété. Mon anxiété lui donne une aile qui remplit l’ombre de la chambre.
Elle descend. L’ombre s’épaissit. Le ciel est cendré. Il devient opaque et inerte.
La Sirenetta reparait. J’entends sa légèreté dans l’escalier comme une mélodie montante.
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